A propos du dernier roman de Stéphanie Hochet

Posté dans: Général | Par Alain Mabanckou  | le 08 Avr 2009 à 8h15 | Lu 1279 fois

Marie, le narrateur de Combat de l’amour et de la faim, n’a pas connu son père biologique. Il a passé son adolescence à Baton Rouge (Nouvelle Orléans) avec sa mère Lula qui « collectionnait » les hommes. Il y a eu, parmi ces hommes de passage, Ernst Riddle et ses bonnes manières ; le violent Daniel Micebull, médecin, politicien. Lula épousera cependant un pasteur très rigide, veuf et déjà père de deux enfants : le hargneux Tombery et la mystérieuse Heather. Lorsque cette dernière tombe enceinte, tout laisse à croire que Marie est le « coupable » de ce péché. Comment prouverait-il son innocence ? Pouvait-il d’ailleurs rétablir la réalité des faits alors que sa propre mère avait pris parti pour le pasteur ? C’est donc une tempête qui s’abat dans ce foyer du début du XXème siècle. Marie n’a plus d’autre choix que de prendre la poudre d’escampette.

Commence ainsi une longue période d’errance. Pour survivre notre narrateur devient tour à tour plongeur, aide-plombier, télégraphiste, puis rédacteur dans une revue d’agriculture à Cottonport. John Clemens, le directeur de la revue, apprécie son travail, l’invite à diner. Marie épousera May, la fille de son patron. L’aisance, le confort sont alors au rendez-vous.
La grande vie ? Certainement. Mais pas pour longtemps. Voici notre héros qui découvre les charmes de l’alcool, mais devient la marionnette de ce beau-père encombrant qui rêve d’avoir un petit-fils. Or le temps a fini par éroder ce mariage, d’autant que pour Marie il ne s’agissait que d’un « plaisir de la chair ». Du coup, lorsqu’un train passe, Marie songe à sa liberté. Pour lui les nuits ne sont plus que des instants de monotonie jusqu’au jour où, résolu, il subtilise une forte somme d’argent du compte de son épouse et disparaît sans laisser de traces. Le voilà libre et riche.

Accroc au jeu, il entame alors une existence de gigolo qui tient à se raccrocher à la grande vie, son combat de l’amour et de la faim. « Quand une femme vous nourrit pourquoi sortir de chez soi ? » Vie tumultueuse qui se poursuivra jusqu’au Wyoming. Au fond le destin de Marie n’est-il pas d’être rattrapé par les démons de son passé ? Peut-il rouler infiniment la gent féminine, laisser derrière lui un nombre aussi impressionnant de victimes ?

Avec une écriture à la fois fluide et ciselée, Stéphanie Hochet dépeint une certaine Amérique, celle où tous les coups sont permis. On sort bouleversé de cette histoire, une histoire qui ne pouvait se passer qu’au Sud des Etats-Unis, sur ces «terres puritaines hantées par l’idée du péché », nous précise l’auteur. Fascinant.

Stéphanie Hochet, Combat de l’amour et de la faim, Fayard, 182p, 16euros

A. Mabanckou (texte paru dans le magazine LIRE de ce mois d’avril)

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