Hommage (2). Aimé Césaire : Le volcan s’est éteint. Un texte d’ACHILLE MBEMBE
Posté dans: Événements | Par Alain Mabanckou | le 21 Avr 2008 à 21h28 | Lu 4540 fois
Le glas ayant sonné, Césaire est donc parti. Désormais allongé, étendu seul, il est là, ici, partout et nulle part, fiché horizontalement, à la manière de ce qui plus jamais ne se relèvera.
Passé au pays du grand sommeil, le veilleur s’est finalement délivré de soi. Et ayant rejoint le revers du temps, celui-qui-guettait-la-nuit s’est frayé un chemin solitaire dans la nuit, la grande nuit de l’innommé. Mais l’entretien entamé en 1935 en Dalmatie (Croatie), au moment de l’invasion et de l’occupation de l’Éthiopie par les troupes italiennes, au zénith de l’impérialisme européen, de la montée du fascisme, de l’hitlérisme et du racisme, lorsqu’il entreprit d’écrire le Cahier d’un retour au pays natal – cet entretien sera toujours, par essence, infini.
Et c’est donc à le reprendre, chaque fois en des termes nouveaux, sans jamais donner à ses affirmations un sens trop facile, trop frivole, que la présence nue de sa mort désormais nous convie.
Le sort de « l’homme noir » dans le monde
Toute sa vie, Césaire aura lutté avec force et tranchant, énergie et lucidité, mixte de clarté et d’obscurité, avec les armes miraculeuses de la poésie et celles non moins honorables de la politique, les yeux fixés tantôt sur l’impérissable, tantôt sur l’éphémère, ce qui passe et s’en retourne à la poussière.
Il aura obstinément cherché à ménager un lieu de permanence à partir duquel le mensonge puisse être éventé, la vérité ressuscitée et l’indestructible se manifester. C’est la raison pour laquelle sa pensée, volcanique, aura été à la fois celle de l’interruption, du soulèvement, de l’espérance et de la déclosion.
Le socle de cette pensée de la lutte et du soulèvement aura été d’une part l’affirmation de l’irréductible pluralité du monde ou, comme il aimait à le dire, « des civilisations »; et de l’autre la conviction selon laquelle « l’homme où qu’il se trouve a des droits en tant qu’homme ».
Ce dont cette pensée aura porté témoignage, c’est l’espérance d’un rapport humain avec la différence – rapport inconditionnel d’humanité rendu d’autant plus impératif à l’évidence du visage sans nom auxquels on se heurte, et de l’inexorable moment de violence qui nous pousse à dénuder ce visage, à violer ce nom et à en effacer la sonorité.
Ce qu’elle aura mis en procès, c’est le racisme et le colonialisme, deux formes modernes de ce viol et de cet acte d’effacement, deux figures de l’animalité dans l’homme, de l’union de l’humain et de la Bête contre laquelle la république elle-même n’est pas immunisée et de laquelle notre monde est loin d’être entièrement sorti.
Enfin, la terreur qui l’aura habité, c’est celle d’un sommeil sans réveil, d’un sommeil sans jour nouveau, sans soleil ni lendemain.
Et, puisque l’on y est, l’obsession de Césaire, ce ne fut pas seulement les Antilles, ce pays qu’il avait coutume d’appeler non pas « français », mais « caribéen ».
Ce ne fut pas seulement la France qu’il servit avec amour et dévouement et dont il disait de la Révolution qu’elle avait - événement tout à fait inaugural dans son esprit - fait l’impasse sur « le problème colonial », c’est-à-dire la possibilité d’une société sans races.
Ce fut aussi Haïti (une terre qui, disait-il, « avait prétendument conquis sa liberté », mais qui était plus misérable qu’une colonie).
Ce fut le Congo de Lumumba et, à travers lui, l’Afrique (où l’indépendance avait débouché sur « un conflit entre nous-mêmes »).
Ce fut l’Amérique noire (à l’égard de laquelle il n’avait cesse de rappeler et de proclamer la « dette de reconnaissance »).
Ce fut, comme il ne cessa de le répéter lui-même, « le sort de l’homme noir dans le monde moderne ».
Pluralité du monde et partage des singularités
Or, au moment où Césaire s’en va, il nous faut prendre au sérieux ce souci déclaré pour ce qu’il appelle « l’homme noir ».
Il nous faut éviter de neutraliser la charge polémique que portent ce souci et l’inconnu auquel il se rapporte tout en acceptant que tout cela puisse nous déconcerter.
Il nous faut embrasser ce souci non pour enfermer Césaire dans une conception carcérale de l’identité, encore moins pour reléguer sa pensée à une forme de tribalisme racial, mais pour que justement, dans le vacarme des éloges officiels et les tentatives nationalistes de récupération et d’instrumentalisation, nul ne puisse se dérober face aux difficiles questions qu’il fit siennes, qu’il ne cessa de poser à tous, et qui aujourd’hui encore restent, pour l’essentiel, sans réponse, à commencer par la question du colonialisme, de la race et du racisme.
Ne disait-il pas encore, récemment, que « ce qui fait question, c’est le racisme ; c’est la recrudescence du racisme dans le monde entier ; ce sont les foyers de racisme qui, ça et là, se rallument. C’est cela qui fait question. C’est cela qui doit nous préoccuper. Alors, est-ce bien le moment, pour nous, de baisser la garde et de nous désarmer nous-mêmes ? » (Discours sur la négritude, 1987)
Que veut donc dire Césaire lorsqu’il proclame son souci pour le sort fait à « l’homme noir » dans le monde moderne ? Qu’entend-il par « homme noir » ? Pourquoi ne pas dire l’humain tout court ?
Soulignons d’abord qu’en faisant de la race le point de départ de sa critique du politique, de la modernité et de l’idée même de l’universel, Césaire s’inscrit en droite ligne d’une tradition critique intellectuelle noire que l’on retrouve aussi bien chez les Afro-Américains que chez nombre d’autres penseurs caribéens anglophones, voire Africains.
Chez Césaire cependant, la critique de la race ne débouche pas sur la sécession du monde, mais sur l’affirmation de sa pluralité et la nécessité de sa déclosion.
Affirmer que le monde est pluriel, militer pour sa déclosion, c’est dire que l’Europe n’est pas le monde, mais seulement une partie de celui-ci.
C’est donc faire contrepoids à ce que Césaire appelle « le réductionnisme européen » - par quoi il entend « ce système de pensée ou plutôt l’instinctive tendance d’une civilisation éminente et prestigieuse à abuser de son prestige même pour faire le vide autour d’elle en ramenant abusivement la notion d’universel à ses propres dimensions, autrement dit à penser l’universel à partir de ses seuls postulats et à travers ses catégories propres ». Et d’indiquer les conséquences que cela entraine : « couper l’homme de l’humain, et l’isoler, en définitive, dans un orgueil suicidaire sinon dans une forme rationnelle et scientifique de la barbarie ».
D’autre part, affirmer que le monde ne se réduit pas à l’Europe, c’est réhabiliter la singularité et la différence. En cela, et quoi que l’on ait dit, Césaire est très proche de Senghor.
Tous les deux récusent les visions abstraites de l’universel. Ils font valoir que l’universel se décline toujours dans le registre de la singularité. À leurs yeux, l’universel est précisément le lieu d’une multiplicité de singularités dont chacune n’est que ce qu’elle est, c’est-à-dire dans ce qui la relie et la sépare d’autres singularités. Chez l’un comme chez l’autre, il n’y a donc pas d’universel absolu. Il n’y a d’universel qu’en tant que communauté des singularités et des différences, partage qui est à la fois mise en commun et séparation.
On le voit. Ici, la critique de la race n’a de sens que parce qu’elle ouvre la voie à une autre imagination de l’idée humaine et de la communauté universelle.
En cet âge de la guerre sans fin et des multiples retours du colonialisme, une telle critique est loin d’être terminée. Elle est encore indispensable dans les conditions contemporaines, qu’il s’agisse de questions liées à la citoyenneté, à la présence des étrangers et des minorités parmi nous, aux figures non-européennes du devenir humain, au conflit des monothéismes ou encore à la globalisation.
Retours du colonialisme
Sur un autre plan, la critique de la race chez Césaire a toujours été inséparable de la critique du colonialisme et de la pensée qui le portait.
Qu’est-ce en son principe la colonisation, se demande-t-il dans son Discours sur le colonialisme (1955).
Elle n’est, « ni évangélisation, ni entreprise philanthropique, ni volonté de reculer les frontières de l’ignorance, de la maladie, de la tyrannie, ni élargissement de Dieu, ni extension du droit ». Équation malhonnête, elle est fille de l’appétit, des cupidités et de la force – les mensonges, les traités violés, les expéditions punitives, le poison instillé dans les veines de l’Europe, l’ensauvagement, tout ce par quoi le colonisateur se décivilise, plonge dans l’abrutissement, apprend à réveiller les instincts enfouis, la convoitise, la violence, la haine raciale et le relativisme moral.
D’où le fait que « nul ne colonise innocemment, que nul non plus ne colonise impunément ; qu’une nation qui colonise, qu’une civilisation qui justifie la colonisation est déjà une civilisation malade, une civilisation moralement atteinte, qui, irrésistiblement, de conséquence en conséquence, de reniement en reniement, appelle son Hitler ».
Et d’ajouter : « Le colonisateur, qui, pour se donner bonne conscience, s’habitue à voir dans l’autre la bête, s’entraine à le traiter en bete, tend objectivement à se transformer lui-même en bete ».
Prendre au sérieux Césaire, c’est continuer de traquer dans la vie d’aujourd’hui les signes qui indiquent ces retours du colonialisme ou sa reproduction et sa répétition dans les pratiques contemporaines – qu’il s’agisse des pratiques de guerre, des formes de minorisation et de stigmatisation des différences ou, plus directement, des formes de révisionnismes qui, s’appuyant sur l’échec des régimes indépendants, cherchent à justifier ex post ce qui fut avant tout un gouvernement grossier, vénal et arbitraire.
Un testament d’espérance
Finalement, il importe de continuer de s’interroger sur les sens du terme « nègre » que Senghor et Césaire réhabilitèrent au plus fort du racisme impérial. Il est d’ailleurs significatif qu’au soir de sa vie, Césaire s’estime obligé de rappeler récemment à Françoise Vergès : « Nègre je suis et nègre je resterai » (Nègre je suis, & nègre je resterai. Entretiens avec Françoise Vergès, 2004).
La prise de conscience de son être-nègre date du début des années 1930 quand il fait, à Paris, la rencontre de Léopold Sédar Senghor et des écrivains afro-américains Langston Hughes, Claude McKay, Countee Cullen, Sterling Brown et plus tard Richard Wright et bien d’autres.
Cette prise de conscience est provoquée par l’interrogation pressante, angoissante, que se posent, dans l’entre-deux-guerres, une génération de penseurs noirs. Cette question porte sur la condition noire d’une part et les possibilités du temps de l’autre. Césaire la résume de la manière suivante : « Qui sommes-nous dans ce monde blanc ? Que nous est-il permis d’espérer et que devons-nous faire ? ».
À la question « Qui sommes-nous dans ce monde blanc ? », Césaire apporte une réponse dépourvue d’ambigüité : « Nègres nous sommes ». En affirmant de façon aussi péremptoire sa « négritude », il affirme une différence que rien ne doit simplifier, qu’il ne faut pas chercher à réduire et de laquelle il ne faut pas se détourner en la déclarant indicible.
Mais qu’entend-il par « nègre », ce renvoi ou encore ce nom dont Fanon dit, dans Peau noire, masque blancs, qu’il n’est qu’une fiction ? Et que nous faut-il entendre par ce mot aujourd’hui ?
Pour lui, ce nom renvoie non pas à une réalité biologique ou à une couleur de peau, mais à « l’une des formes historiques de la condition faite à l’homme ». Mais ce mot est également synonyme de « lutte opiniâtre pour la liberté et d’indomptable espérance ».
Chez Césaire, le terme « nègre » signifie donc quelque chose d’essentiel, qui ne relève absolument pas du racisme noir ou de l’idolâtrie de race. Parce qu’il est chargé de tant d’épreuves (que Césaire tient absolument à ne jamais oublier) et parce qu’il constitue la métaphore par excellence de la « mise à part », ce nom exprime le mieux, et a contrario, la quête de ce qu’il appelle une « plus large fraternité », ou encore un « humanisme à la mesure du monde ».
Ceci dit, cet humanisme à la mesure du monde, on ne saurait en parler que dans le langage de l’à-venir, de ce qui toujours se situera au-devant de nous et qui, comme tel, sera toujours privé de nom et de mémoire, mais non point de raison – ce qui, comme tel, toujours échappera à la répétition parce que toujours radicalement différent.
Du coup, l’universalité du nom « nègre », il faut la chercher non du coté de la répétition, mais de celui de la différence radicale sans laquelle la déclosion du monde est impossible. C’est au nom de cette différence radicale qu’il faut réimaginer « le nègre » comme la figure de celui qui est en route, qui est prêt à se mettre en route, qui fait l’expérience de l’arrachement et de l’étrangeté.
Mais pour que cette expérience du parcours et de l’exode ait un sens, il faut qu’elle fasse une part essentielle à l’Afrique. Il faut qu’elle nous ramène à l’Afrique, ou du moins qu’elle fasse un détour par l’Afrique, ce double du monde dont nous savons que le temps viendra.
Césaire savait que le temps de l’Afrique viendrait, qu’il nous fallait l’anticiper et nous y préparer. C’est cette réinscription de l’Afrique dans le registre du voisinage et de l’extrême lointain, de la présence autre, de ce qui interdit toute demeure et toute possibilité de résidence autre qu’onirique - c’est cette manière d’habitation de l’Afrique qui lui permit de résister aux sirènes de l’insularité.
Finalement, c’est peut-être l’Afrique qui, lui ayant permis de comprendre qu’il y a des forces profondes en l’homme qui excèdent l’interdit, octroya à sa pensée son caractère volcanique.
Achille MBEMBE
Photo : L’ecrivain franco-djiboutien A. WABERI chez Cesaire en Martinique.





(79) Commentaires
Alain où est la photo de Wabéri ? Interresant le papier d’Achille, mais j’aurais aimé entendre le point de vue de Peter Guberina, grand linguistique, qui fit découvrir la Croatie au Nègre fondamental. C’est de chez lui qu’est parti l’idée du Cahier d’un retour au pays natal. Walaï-faforo les lamentins vont boire à la source !
Cher B-K, tu as ete tres rapide a reagir ! J’etais en train de mettre en ligne le texte d’Achile… Il y a en effet une photo de Cesaire avec Waberi, mais nous n’arrivons pas a la “formater” pour le Blog. Nous essayerons ulterieurement.
Bien a toi
Achille MBEMBE ... grand Dieu, quel talent!!! Désormais, je ne veux discuter qu’avec cet homme-là, penseur émérite. Lui seul est à la mesure des espérances que nous fondons, lui seul! Depuis plusieurs jours que pleuvent, et coulent à torrent, de prétendus hommages à Césaire - hommages-casquettes, hommages-bouffons, hommages-prétextes, hommages-lâches, hommages-faciles, hommages-gratuits -, Mbembe seul comprend, ose postuler en pointillés, que tresser sagement son hommage à Césaire est assez vain. Et que ce qui seul importe, c’est comprendre Césaire. Continuer Césaire. Incarner son combat - non pas forcément combat d’armes, mais combat moral. La bataille de Césaire, fut une lutte pour la reconquête du supplément d’humanité dont une partie du monde avait été diminuée. Et ce combat n’a jamais été gagné. Et on comprend bien que l’hommage à Césaire n’est pas hommage, s’il fait peu de cas de cette lutte-là. Même si ce n’est pas le but premier de ce petit texte, Achille Mbembe a le mérite d’aider ici, par l’analyse, à dissiper les brumes fumeuses de la vaste singerie des hommages proclamatoires.
Ce faisant d’ailleurs, Mbembe, ou plutôt une partie de ses travaux antérieurs, n’est pas lui-même à l’abri d’une critique qui illustrerait une prise en compte insuffisante, des postulats du combat césairien - combat du nègre, le nègre comme condition particulière de l’humain; et donc combat du pauvre, combat de l’autre-néantisé, combat de l’humanité niée. Ce combat-là ne se gagne pas seulement par une reconquête extérieure de l’estime perdue, érodée, mais tout à la fois, par une reconstruction interne de ce qui est propre à fonder comme un rétablissement intrinsèque. Mais alors de cela, nous ne discourrons qu’avec Mbembe lui-même. Puisque finalement, lui seul sait se révéler à la hauteur de nobles ambitions orphelines.
“Indeed44”
cé sympa a lire il etait inspiré le gars ! ...
”Du coup, l’universalité du nom « nègre », il faut la chercher non du coté de la répétition, mais de celui de la différence radicale sans laquelle la déclosion du monde est impossible. C’est au nom de cette différence radicale qu’il faut réimaginer « le nègre » comme la figure de celui qui est en route, qui est prêt à se mettre en route, qui fait l’expérience de l’arrachement et de l’étrangeté.
Mais pour que cette expérience du parcours et de l’exode ait un sens, il faut qu’elle fasse une part essentielle à l’Afrique. Il faut qu’elle nous ramène à l’Afrique, ou du moins qu’elle fasse un détour par l’Afrique, ce double du monde dont nous savons que le temps viendra. ”
cé pas de l Africasionisme ca ?? on croiraient qu on parle du Peuple de Juif ... y a juste a remplacé le mot Negre par Juif et Afrique par Israel et revoila la pensée essentialiste qui est de retour , une couleur une douleur une terre !!
a croire que vous refuser de briser un continuum ! vous refuser cette brisure qui a semé des noirs un peu partout sur la terre et voulez absolument que toute ces fleurs exilé a jamais aient quand meme une racine commune ! un lieu d attache figé !! na cé fini trop tard et tant mieux !! ...
il faut vous soigenz zete malade avec ce mot Noir accolé a l Afrique , vive les créole une nouvelle culture est né !! des vrai nietzscheen les créole !! zon meme inventé leur langue chapo !!! ...
dans 10 000 ans vous verrez sur cette terre tous le monde parlera une sorte de créole universel !! l afrique sera plus a la meme place ni l europe d ailleur ce sera le meme continent , d ou ce role precurseur des immigré qui au final anticipe brillament la tectonik des plak !!
Du coup, l’universalité du nom « nègre », il faut la chercher non du coté de la répétition, mais de celui de la différence radicale sans laquelle la déclosion du monde est impossible.
... heu ca par contre ..
Parano ?
ceci est un hommage vrai.Formulé dans une langue qui plairait au grand Césaire.
Un hommage qui prend son temps! Bravo à A. Mbembe pour la profondeur et la finesse de ces vues. Il est en effet important de prendre le temps de revisiter cet héritage qui désormais se chargera de parler pour l’homme à jamais absent.
Toutefois…
Chez Césaire, le terme « nègre » signifie donc quelque chose d’essentiel, qui ne relève absolument pas du racisme noir ou de l’idolâtrie de race. Parce qu’il est chargé de tant d’épreuves (que Césaire tient absolument à ne jamais oublier) et parce qu’il constitue la métaphore par excellence de la « mise à part », ce nom exprime le mieux, et a contrario, la quête de ce qu’il appelle une « plus large fraternité », ou encore un « humanisme à la mesure du monde ».
A mon humble avis, c’est ici (et sans mauvais jeu de mot) le talon d’Achille du positionnement qu’est celui de la négritude. S’il est absolument indispensable de savoir d’où l’on vient, de ne pas détourner le regard des épreuves qui ont jalonné le chemin de notre advenir (le chemin de ces ancêtres qui, comme dirait Borges, affluent en nous), c’est néanmoins une grave lacune de revendiquer la “mise à part’’ dont on a été victime. La reconnaître certes mais non la placer au coeur même de son identité, car cela reviendrait à situer son origine dans le crime même qu’il s’agit de dénoncer. Il me semble qu’il faut plutôt placer cette “mise à part” au centre d’une tension qui lui donne sa véritable mesure, la tension qui affirme d’une part la préséance de l’homme noire vis-à-vis des crimes qui ont marqué son histoire et, d’autre part, la quête d’une chemin d’avenir qui ne soit pas imposé par la civilisation dominante, laquelle, comme chacun sait, n’a pas beaucoup à gagner dans l’accession de l’homme noire à la véritable indépendance . Mais une fois que j’ai dit cela, je n’ai encore rien dit car la question reste entière, celle du comment.
S’il est absolument indispensable de savoir d’où l’on vient, de ne pas détourner le regard des épreuves qui ont jalonné le chemin de notre advenir (le chemin de ces ancêtres qui, comme dirait Borges, affluent en nous),
c est faux il faut mettre fin a cet esprit historique qui puise dans le passé le premier mouvement , le chemin de ces ancetre afflue en nous parcque la nature a horreur du vide et borges est une refuge littéraire en cas de crise grave de cécité !! vous errez toujours sur le meme chemin les afrikosiniste , imaginez un aujoud hui qui glisse sur les mots sans ce soucier le moins du monde des modes et des ancetres des os de de la poésie ecrite avec des gants , songez a l exessive volupté d un changement de cap par le simple pouvoir des mots !! comment trouvez alors un nouveau chemin ! ?
D.O.W.,
Faute de temps, je ne pourrai m’étendre.
C’est toujours un plaisir de te lire, de te (re)lire, de te relire.
« Ce combat-là ne se gagne pas seulement par une reconquête extérieure de l’estime perdue, érodée, mais tout à la fois, par une reconstruction interne de ce qui est propre à fonder comme un rétablissement intrinsèque. » Totalement en phase avec toi. Tu me plagies en fait (lol !)
« Mais alors de cela, nous ne discourrons qu’avec Mbembe lui-même. Puisque finalement, lui seul sait se révéler à la hauteur de nobles ambitions orphelines. » Je trouve ton propos exagéré et nous divergeons sur l’appréciation que tu as du bonhomme.
Mais le temps fait défaut pour approfondir la chose.
Bon vent, frère.
J’espère que tu as eu le temps d’apprécier les ¼ de finale et la ½ finale aller de la C1. Je suis très pessimiste quant à la possibilité de voir 2 de mes clubs chéris, le Barça et Liverpool F.C. se croiser à Moscou. Ainsi va la vie aussi, il faut savoir perdre !
@+, M82
Chers villageois
Pour les personnes qui seraient intéressées, vous pouvez trouver sur le site Dailymotion des documentaires vidéos interessants mais d’inégales qualités sur Aimé Césaire.
Pour les “technopathes” (ceux qui sont allergiques à la technologie), Il suffit de retrouver le site Dailymotion via le moteur de google ou Copernic. Ensuite, sur la rubrique “recherche” de Dailymotion, on saisit “Aimé Césaire”. Vous n’aurez plus qu’à choisir par la suite les documentaires que vous souhaitez regarder parmi la cinquantaine qui vous est proposée…
Certains sont interessants par les images d’archives qu’ils proposent.
Je n’ai pas tout regardé mais j’ai pu retenir:
- Césaire, nègre fondamental.
- Biographie d’Aimé Césaire 1 et 2.
- Définition du mot égalité selon Aimé Césaire.
- Aimé Césaire, l’égalité est ou n’est pas.
- Césaire, le béké et les colonnies.
- Colonisation.
- Béké en Martinique.
- Lumières noires.
- Noirs 1 et 2 etc…
Chers villageois,
Je ne résiste pas à l’envie de revenir vous parler des images vidéos de Dailymotion où même Le Pen s’y est mis en avouant son admiration pour le poête disparu et en lisant même quelques passages d’un de ses poèmes.
Lors de la campagne présidentielle, à une émission télévisée, chaque invité devait présenter à la fin son coup de coeur. Le Pen avait présenté Césaire comme son coup de coeur, avait lu un extrait de l’un de ses poèmes et avait dit que c’était une honte que la France ne lui fasse pas plus de place que ça dans son héritage culturel. s’il y a un chez qui on ne peut parler de récupération, c’est Le Pen, car, avant que tout le monde ne se mette à aimer Césaire, il parlait de lui avec admiration. A moins qu’on me dise que rien de ce qui vient de Le Pen à l’égard d’un noir ne saurait être sincère.
je dirais pas sincere mais calculer !! car comme tu le rappellle a la suite de dieudonner , le pen a rendu hommage a césaire , ce fut en période electoral , et les promesse en cette période sont bien souvent lettre morte !!
soyons sérieux , le FN est un partis extrémiste et non nationaliste !! fou ta cagoule !!!
action22
on peut emettre des hypothese sur l electorat du FN mais certainement pas sur ses idéologue , d ailleur je vous conseil le Film . .Whithe Terror !! .. Blood and honnors and co !!
en réalité ce qui refuse de briser leur continum historik cé les européens , nous veulent plus nous les bougnoul les manouche les kerlouche tout les gens louche comme il disent au 113 ! ils veulent leur nation blanche dans la peai ou dans l esprit !!! ... pour moi césaire c est du chocolat , cé livre cé une tablettre de Cote d or , cé délicieux ca se dévore avec passion mais hélas ca nourrit pas !! ...
les noirs cé plus synonyme d afrique cé fini les amis sortez vos mouchoir et dite aurevoir a jamais a ce mythe en toc !! fo etre ;limite pour revendiquer une identité noir !! fo avoir les croc a un point , zete des crevard , des mendiants !!
En effet ce serait tres interessant de connaitre le point de vue de Petar Guberina. Malheureusement l’eminent linguiste est decede en 2005. Pourtant dans un long entretien avec Mirko Galić (ce texte est disponible sur le net, mais malheureusement seulement en croate !) Gubarina affirme, entre autres: “On peut dire que Cesaire et Senghor sont les deux plus grands poetes noirs” ("Moze se reci da su najveci crnacki pjesnici Cesaire i Senghor.") Il faut souligner que Gubarina etait amis aussi avec Senghor et fut invite a la ceremonie de la proclamation de l’independance du Senegal. Gubarina dit meme que ce fut “la plus grande experience de sa vie” ! Il etait sans aucun doute un grand amoureux de l’Afrique.
Quant au texte d’Achille Mbembe, je dirai seulement que c’est toujours une immense joie de lire ses ecrits.
Pour ceux qui ont la chance de maitriser le croate, l’entretien avec Gubarina se trouve ici: L’entretien avec Gubarina
Naturellement je dois m’excuser d’avoir deforme plusieurs fois le nom du grand ami croate de Cesaire et Senghor, Petar Guberina. Quoique cette erreur soit assez frequente, sa frequence n’est aucune excuse !
Chere Joanna,
Merci pour le conseil de ces images que je viens de voir. Plusieurs points meritent d’etre souligner :
1. Il y a une sequence dans laquelle Le Pen vouait une admiration pour Cesaire avant sa mort. Toutefois cette admirationmontre les poncifs, les prejuges tres raciaux qui cantonnent Cesaire au monde noir. Le Pen - qui a du mal a eviter ce discours tres qui tangue entre le paternalisme et le colonialisme - dit “ C’est un des grands ecrivains noirs francais”. Pourquoi “noir” ???
S’il avait lu au moins - meme paresseusement - la celebre postface d’Andre Breton dans Le Cahier d’un retour au pays natal de Cesaire, il aurait compris que ce grand poete “blanc” francais hissait Cesaire au-dela de cette question raciale.
Par ailleurs Le Pen a du mal a expliquer l’interet litteraire qui l’anime pour Cesaire - alors il balbutie, tente de decortiquer le mot “laminaire”, le courant de la Negritude - dont il donne d’ailleurs uniquement la paternite a Cesaire ! Tout ceci n’est donc a mon avis qu’une operation de seduction…
2. L’ami Croate de Cesaire, Guberina, dont tu parles : il y a un double DVD de plusieurs heures sur Cesaire - un document vraiment riche et complet que je montre souvent a mes etudiants lorsque j’enseigne les textes de ce poete. Et Guberina parle dans ce DVD - il parle en francais, nous explique l’origine du Cahier qui est ne dans une ile de la Croatie qu’on appelle MARTINICA… Cesaire se livre integralement, et c’est plus qu’un regal.
Bien a toi,
Un grand Homme vient de nous quitter, il va rejoindre Martin Luther King, Leopold Sédar Senghor, Bob Marley et autres Noirs qui toute leur vie ont lutté pour la cause Nègre. Domage que cet Homme illuminé n’ait pas été suivi dans ses antilles natales, aujourd’hui la plupart des antillais se sentent outragés quand ils sont désignés comme Africains, contrairement à leurs frères et soeurs anglo-américains qui proclament haut et fort leur appartenance au monde afro. Un peuple qui renie son histoire, est un peuple sans avenir. NDEKO
Les mots me manquent pour saluer comme il se doit la mémoire de ce grand Monsieur… Il s’en est allé, retrouver Senghor, Damas et bien d’autres. La Négritude est en deuil, le Nègre est en deuil.
Le flambeau passera-t-il?
Et qui le portera? Dans ce monde où l’essentiel, bien souvent relégué au second plan, devient le parent pauvre; et où la cause ne semble déjà plus commune mais bien individuelle.
Où seuls les apparences, la bling-bling attitude, l’opportunisme et le chacun-sa-pomme se disputent âprement le devant de la scène.
”Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme.”
”Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir.”
NDEKO wrote: Domage que cet Homme illuminé n’ait pas été suivi dans ses antilles natales
- Eh oui, c’est bien connu depuis le Christ que nul n’est prophète en son pays…
aujourd’hui la plupart des antillais se sentent outragés quand ils sont désignés comme Africains
- pour dire le complexe ambigu qu’ils manifestent volontiers envers nous… Moi ça m’a toujours amusé ces originaires des Antilles qui snobent l’Africain et se croient un cran au-dessus…
Merci MINGA, je me demande comment ai-je pu oublié DAMAS dans mon précedent post; DAMAS le plus virulent des pères de la Négritude, auteur de “PIGMENT”, qui a vu ses oeuvres censurées voire brulées parce que jugées subversives pour l’Etat Français. Cependant, je me suis toujours demandé pourquoi ne parle t-on pas assez de DAMAS comme co-géniteur de la Négritude, autant que de CESAIRE et SENGHORE? Est ce parce qu’il était métisse?
NDEKO
je pense qu’on en parle pas assez parce qu’il est mort plus tôt (1978) et, il n’a pas occupé des fonctions politiques qui lui auraient permis de se faire connaitre auprès de ceux qui sont fâchés avec la littérature.
Et puis qui n’en parle pas assez; je pense que tout est relatif moi j’ai toujours su que Damas est l’un des cofondateurs de la Négritude et, je pense que tout ceux qui ont fait leurs études au congo le savent aussi.Si on veut que Damas ne soit plus oublié, il ne tiens qu’à nous d’en parlé!
non relu
KN
Le volcan s’est éteint, un Stromboli qui aura repandu sa belle encre noire non pas pour nous figer...mais nous inviter à nous libérer de nos chaines. Puissent un instant celles qui me tiennent proscrite de ce site, me laisser au moims un peu de leste pour saluer d’un au revoir, ce grand frère en humanitude et depuis Rome où je me trouve actuellement,"rendre à Césaire ce qui est à Césaire”. Ici,aujourd’hui fete de la libèration du joug fasciste…
Mirko Galić .. mmm ca me dit quelque chose !! ... ha oui l amitité francococroate !!
Danko Druzijanic et Goran Rotim auss non ?
la Croatie ou le renversement de l histoire , un coup avec les nazie contre les serbet et un autre avec l otan .. contre les serbe bien sur , il en pensait quoi césaire de ses serbe qui se décline a l infini ??
quelqu un a une analyse de césaire sur le conflit en ex yougoslavie ?
et si on faisait un concours d epitaphe pour changer de ces hommage pour fin gourmet dont les mots appris par coeur en finissent par donné la nausée?? non ca vous dit pas ?
preum’s
Ci Git Césaire au larme amer
sur son bout de terre
sinon j ai deja la mienne c est une Anonyme donc libre de droit //
“Ci-gît, sous ce petit arbre,
Un poètesse sans grand renom.
Nul ne se souvient de son nom,
Pas même le graveur sur marbre! “
Hoho belle epitaphe !
Clame la belle, et pi taffe.
Quand la vie se dégrafe
Tractés nous sommes par une funèbre gaffe.
space94
Très cher frangin Mayombe,
c’est toujours un plaisir de me lire dis-tu? Mais c’est bien normal, puisque je suis une très grosse pointure! (rires)
Non blague mise à part, tu sais que cela est réciproque, et que j’aime bien également ici, me délecter de tes avis...qui ressemblent souvent aux miens. Et j’aime bien toutes ces fois où tu m’accuses de plagiat à tes dépens ;o) Je connais ce sentiment-là, où on se sent à ce point en harmonie avec un fragment de pensée, qu’on imagine même, que l’on aurait formulé la chose presque avec les mêmes mots. Bref, nous nous sommes souvent plagiés toi et moi :o)
Mais alors, tu vois, il suffit de dire cela, pour découvrir qu’un gros point nous sépare: l’appréciation portée sur Mbembe et son travail. Tu me connais: toujours ouvert à la discussion, mais là je te préviens, n’espère même pas me convaincre: Mbembe c’est pour moi, de loin, de très loin, le plus grand!!! Et d’ailleurs là, c’est plutôt moi qui tenterai de t’en convaincre ;o))
Bon alors, ouvrons le chapitre foot: puisque nous avons “laissé le pays” depuis quelques années déjà, et puisque tous nos brillants footballeurs du continent s’exilent, parlons non pas de notre football, mais des championnats que nous connaissons le mieux. J’ai zyeuté en effet les 1/4 de la C1, et une seule des 1/2 (retenu très tard au boulot pour Liverpool/Chelsea). Tu t’interroges sur la possibilité de voir se croiser les Reds et les Blau Grana en finale. Moi mon drame, c’est que les deux équipes pour lesquelles j’ai le plus de ferveur depuis un petit paquet d’années maintenant, Barcelonne et Manchester United, et dont on attendait un match d’anthologie (opposant accessoirement ceux qu’on donne comme les 2 meilleurs joueurs du monde, Ronaldo et Messi), eh bien à trop fermer le jeux, les acteurs de ce soir-là nous ont produit un non-match (même si on a pu voir monter en puissance, un Yaya Touré de classe mondiale). Faut dire que quand on laisse sur le banc des magiciens comme Titi Henry ou Ryan Giggs, forcément....
Bref, vivement le retour! Et toi et moi on attendra au moins le Barça en commun à Moscou ;o)
Hasta la proxima compadre! Et bon week-end!
Que Mabanckou et les autres ne nous en veuillent pas d’utiliser cet espace pour deviser de nos choses. Ils n’ont qu’à aimmer le foot comme tout le monde! (rires).
Ouais, il faut bien au moins deux “m” pour dire “aimmer le foot”!!! mdr
belle epitathe cat !!!
tin nan clike sur celle la !!!! spa la bon lien au dessus
LA BONNE VERSION !!!
serious67
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