Basketball et boxe : le monde et l’hégémonie américaine

Posté dans: Général | Par Alain Mabanckou  | le 02 Mai 2009 à 1h13 | Lu 1474 fois

Les mois d’avril, mai et juin sont les mois des finales de basketball aux Etats-Unis. Je regarde tout cela de très près – au point même d’oublier de manger. Je m’enferme chez moi, je décroche le téléphone pendant les matches et je grignote quelques carottes – c’est maintenant mon petit péché, au moins ça ne fait pas grossir m’a dit ma voisine. Ces joueurs de basket sont des géants, je vous dis. Ils sont presque des dieux, sauf qu’à la différence de dieu que les hommes rémunèrent en prières, nos dieux du basket, eux, se font payer des sommes faramineuses pour une activité que certains réduiraient trop vite au lancer d’un ballon dans un panier troué et perché. Moi j’y vois de l’art, du rêve, de l’endurance, de la tragédie, du sens collectif. Quand on regarde deux équipes américaines jouer, on se dit qu’il n’y a que des Noirs. Tout comme la boxe, le foot américain etc. – le basket serait aussi un truc pour les nègres parce qu’ils sont censés l’avoir dans la peau ?

Vivant à Los Angeles, dois-je naturellement soutenir notre équipe les Los Angeles-Lakers ?  En fait je suis toujours derrière l’équipe qui court après le score, l’équipe qui franchit pour la première fois une étape de ces finales. Elle tranche avec les autres qui ont de la bouteille et qui alignent des vedettes capricieuses et mégalomanes. Comment un entraineur peut engueuler un tel joueur à qui l’on paye par mois le salaire de presque une vie d’un salarié ordinaire ? Et puis j’ai horreur des joueurs presque imbus de leur talent comme ce Kobe Bryant des Lakers. J’aime l’équipe de Chicago parce qu’il y a l’enfant de l’ancien tennisman Yannick Noah qui y joue (Joakim Noah, ici en photo avec le maillot des “Chicago Bulls”, son équipe actuelle). C’est incroyable comme le père et le fils ont les mêmes tics et cette rage de vaincre ! Le gamin a hérité de la gouaille du père, cette gouaille qui l’avait fait gagner Roland Garros il y a quelques décennies. J’aime l’équipe de Philadelphie parce qu’elle a un joueur qui s’appelle Dalembert – et je crois qu’il doit y avoir un lien entre lui et mon ami écrivain Louis-Philippe Dalembert qui vient de publier un livre mignifique que je vous recommande : Le roman de Cuba (éd. du Rocher). Ils ont aussi la même tronche…
Bon, je fantasme sans doute, je vois des Dalembert partout, des Haïtiens à chaque coin de la terre !

Au fond le sport que j’aime le plus, c’est la boxe. Je ne rate aucun matche sur HBO – et c’est surtout pour cette discipline que j’ai pris le câble. La boxe et moi c’est une longue histoire.  En 1974 j’ai regardé pour la première fois la télé, et c’était un combat qui opposait Mohammed Ali à George Foreman. Ils combattaient au Zaïre. C’était encore le bon temps où les combats se déroulaient dans le monde entier, la boxe disait le monde. Songez par exemple que George Foreman et Joe Frazier ont combattu dans les années 70 à Kingstone (Jamaique) ou encore le meme George Foreman qui à mis KO son adversaire à Caracas (Venezuela). Comment ne pas oublier l’un des combats les plus légendaires de la boxe : l’affrontement d’Ali et Frazier… à Manille (Philippines). La boxe utlisait alors la géographie, la connaissance des peuples, l’expansion du bel art…

De nos jours j’ai le sentiment que ces combats de boxe – en tout cas les plus importants – ne se font plus qu’aux Etats-Unis, dans un périmètre très dirigé : à Las Vegas, en Californie, au Madison Square Garden à New York etc. Le boxeur américain devient souvent champion du monde sans aller chercher son titre dans le monde, hors de son pays. Si tu es un champion d’ailleurs (d’’Europe ou d’Afrique par exemple), on te regarde de haut, on a l’impression que tu n’es qu’un amateur. Le sport c’est aussi ça, l’Amérique qui veut tout dicter, tout dominer.

Bon, je dois vous quitter. Le basket commence à la télé dans quelques minutes : l’équipe du Michigan (Les Pistons) joue contre celle de L’Ohio ( Les Cavaliers)…

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