“Bêtes sans patrie”

Posté dans: Événements | Par Alain Mabanckou  | le 15 Jul 2008 à 1h46 | Lu 1717 fois

Je m’envole ce jour pour quelques semaines au Rwanda, “Le Crédit a voyagé” reste bien entendu grandement ouvert – et vous pouvez d’ailleurs consommer sans modération ! C’est l’occasion aussi de vous signaler la parution le mois prochain en France du roman exceptionnel du jeune prodige nigérian Uzodinma Iweala (Beasts of no nation - titre que l’auteur doit au musicien Fela), écrit à 23 ans. Salué sur le plan international et par les auteurs anglophones les plus éminents (Salman Rushdie, Toni Morrison...), couronné des prix les plus prestigieux aux Etats-Unis, ce premier roman est à mon avis le plus puissant, le plus “furieux” et le plus inventif des fictions parues à ce jour sur les « enfants soldats » en Afrique. L’auteur, né aux Etats-Unis, est considéré aujourd’hui parmi “les dix écrivains les plus prometteurs des Lettres américaines"…

Ici ce n’est plus la violence gratuite qui l’emporte, ce n’est plus l’inventaire insipide des viols et des massacres, mais l’ivresse d’une écriture qui gicle, qui eclabousse tout à son passage. On m’avancerait certainement que je ne suis pas le plus habilité pour en faire l’éloge parce que j’ai traduit ce livre de l’anglais au français ! C’est justement parce que ce roman m’avait ébloui et continue à m’éblouir que j’ai accepté la demande des Editions de L’Olivier de le « faire entendre » dans la langue française et de mettre entre parenthèses l’écriture de mon propre roman qui devait paraître au Seuil en septembre…

Cette expérience de la traduction m’a permis par ailleurs de comprendre les mécanismes du passage d’une langue à une autre. Mieux encore, le pari est très délicat lorsqu’il s’agit d’un écrivain qui traduit un autre. Notre jeune prodige – il a 25 ans aujourd’hui - est un admirateur de son aîné et compatriote Amos Tutuola - auteur de L’Ivrogne dans la brousse ( traduction de Raymond Queneau). Cela se ressent aussi bien dans l’exagération, la recomposition du monde, la quête d’une philosophie de la nature, le questionnement des origines, bref le sens de notre existence dans un monde où le réel, en se décomposant, nous dénude - et c’est sans doute à cet instant que nous découvrons qu’en réalité nous ne sommes que des « bêtes sans patrie »…

Bêtes sans patrie d’Uzodinma Iweala (notre traduction), aux Editions de L’Olivier, en librairie à partir du 21 août

Lire les extraits du livre : http://www.lamartinieregroupe.com/assets/OLI/visuals//bulletin.pdf

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