Dany Laferrière remporte le prix Médicis 2009
Posté dans: Événements | Par Alain Mabanckou | le 04 Nov 2009 à 13h20 | Lu 1946 fois
Dany Laferrière a été couronné par le prix Médicis à ma plus grande joie – et, je suppose, celle des nos amis qui fréquentent ce village. Un grand écrivain vient d’être salué…
Je me souviens encore de ces instants où, dans son appartement, à Montréal, Dany me lisait quelques passages de L’Enigme du retour (Ed.Grasset, en France, et Ed. Boréal au Québec). Je ne pouvais plus l’arrêter. Il considérait presque ce livre comme celui qui était né de la somme des précédents. Il l’écrivait par bribes, sur des bouts de papier, à la main. Je l’ai surpris ainsi à Port-au-Prince, à Saint-Malo, dans un café à Paris. Une frénésie que je comprenais bien car il ouvrait des pages jaunies de sa jeunesse. On ne sort jamais “indemne” lorsqu’on entre dans le vestiaire de son enfance. La forme tentaculaire et éclatée du livre est à la mesure de cet objet littéraire non identifié. A Montréal le livre est dans les dix meilleures ventes. La France devrait normalement suivre dans les jours à venir.
Au début du mois de septembre, dans une chronique publiée dans les colonnes du Figaro Littéraire, j’expliquais combien ce livre était une grande entreprise littéraire : (http://www.lefigaro.fr/livres/2009/09/10/03005-20090910ARTFIG00405-retour-d-exil-.php)
En pensant aux distinctions littéraires à venir je me disais : « Bouder un roman aussi fort, aussi dense, aussi original et au-dessus de la production littéraire de cette rentrée 2009 serait une des plus graves infractions commises contre la littérature ». L’infraction n’a pas été commise…
La crainte était alors qu’on interprétât mon admiration très ouverte comme « une solidarité amicale » - Laferrière étant mon ami le plus proche. Pourquoi nourrir des scrupules devant un texte exceptionnel, de surcroit écrit par un ami ?
Alors, à Dany qui lit ces lignes je dis : « Ne bouge pas de Paris, je prends l’avion ce soir pour fêter cet événement dans notre coin habituel – le champagne est garanti ! »…
Photo ( avec Laferrière dans le TGV, en 2007)






(24) Commentaires
Bravo à Dany et savourez bien le champagne en pensant à moi.......dans votre coin habituel; il faut absolumment que je le lise mais il faut quelques faire durer le plaisir
Bravo l’artiste !
Bravo à Dany, je suis vraiment content pour lui.
O.G.
Moi aussi je veux etre de la pattie,deguster ce champagne savoureux. Mais de Manille ou j’effectue un voyage d’affaire, il me sera extremement difficile d’honorer de ma presence. Salut l’artiste et bon vent, je savais que cette annee serait la bonne. Nous allons sans doute nous rencontrer a Montreal dans la celebre St catherine.Par ailleurs, le Goncours de cette annee m’interese. Quelle poigne cette franco-senegalaise?
C’est une excellente nouvelle pour nous autres en Haiti! On croisait le doigt pour lui. Et voilà! Félicitations Dany!
Je suis passé du rires aux larmes avec ce roman qui je l’avoue etait le premier que je lisais de cet auteur..j’en lirai d’autres...chapeau bas Mr Laferrière!
Je suis content pour Dany; il le merite. Bravo !
J’ai hâte de lire ce prix Médicis 2009. Je viens de terminer Je suis un écrivain japonnais.
Bravo à Dany. Ce prix est amplement mérité, pour un des meilleurs livres de ce merveilleux auteur. Je suis par ailleurs très heureuse de savoir que 2 de mes auteurs favoris sont amis. Vous ne devez pas vous ennuyez ensemble !!! C’est là que j’aimerais me transformer en petite souris…
Dany, on t’attend au pays ! J’en ai marre que les gens disent que tu es Canadien ! C’est quel Canadien qui peut écrire des choses comme celles que tu écris pour la première République noire ? Vive ce prix qui est à nous. Zot la ka palé trop !
elle sort d ou cette pub sur ce blog ??
”un truc ventre plat : ....
perdre 1 kilo de ventre par semaine grace a un vieux truc bizarre .”
keske ca sous entend ?? kesk un vieux truc bizarre ?
walaï faforo !
Mabanckou-là! Lèche la terre ! Tu es écrivain ou sapeur ou écrivain-sapeur.
Canal plus consacre une émission aux ambianceurs Congolais. Alain y est invité !
« Sublimation du pittoresque chez Laferrière dont la poésie rappelle Max Jacob et René-Guy Cadou:
“ C’est le chant des lavandières qu’on entend
depuis la maisonnette de cet homme
qui se nourrit de soupe d’escargots et
assiste indistinctement à toutes les funérailles.” »
Alain pour le champ tu aurais pu associer les potes du village tout de même, hein !
Walaï-faforo ! Dis a Dany que si je l’attrape lui et son prix Médicis-là je luis lave les pieds avec un cru de mon coin de Gaulle de son année de naissance quand il veut. Tu peux venir avec lui et les potes du village qui le veulent.
J’organise la tournée et je réserve les chambres.
Avis à la populationne !
Je suis super contente qu’il ait remporté ce prix.... Il dépeint Haîti et les haitiens comme personne...!
Félicitations à Dany Laferrière !!!
Quel bonheur quand le talent est récompensé !
Donnez nous encore des romans de cet acabit !
Monsieur laferrière, et nous serons heureux longtemps !
oui, c’est un grand !
je me souviens, moi aussi, du jour où j’avais lu pour la première fois “comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer”, j’avais déjà senti qu’il avait une écriture des grands. moi aussi, je suis vos traces à vous deux, toi ya alain et lui ya dany. vous êtes des “yaya”, tant sur le plan de l’age que sur le plan de l’œuvre accomplie, pour moi qui suis encore petit et qui fais encore mes premiers pas dans ce chemin de la littérature....
moi aussi, je serai grand !
mwa nadin, le petit nadin !
oué bon ben a ^part ca ? comment va le monde ? je viens de me faire serrer par la bac , est ce que j ai une tete de coffreuse ? nan serieux cé abuser ..Dev chez moi en plus !!
Etudiants, Robert Castel nous donnait à lire « Les Fondements Culturels de la Personnalité » de Ralph Linton.
Dany Laferrière avec L’énigme du retour, et le ciel d’Haïti, éclaire ce vieux livre, me faisant mieux comprendre que jamais, comment nos différents rôles valident notre statut identitaire..
Alors qu’on nous rabat les oreilles avec le statut de l’identité nationale, Dany Laferrière valide son statut de citoyen du monde avec un beau roman et une poule noire sous le bras. Rôle d’écrivain, rôle de fils dans le village natal du père, rôle de canadien des grands froids… Tous ces rôles valident son statut de citoyen du monde, le seul qui compte à mes yeux. Rôles qui se superposent, puisqu’il faut trois mois à Dany « pour sortir de l’intensité urbaine » de son rôle d’homme du froid.
A cause de la poule noire dans ses bras on le confond avec LEGBA, « dieu qui se tient à la frontière du visible et de l’invisible »
La poule noire sous le bras, il enterre son père.
Il a laissé le cadavre à Brooklyn.
Première à Barradères, le village natal de son père,
aujourd’hui, on inhume sans corps.
C’est aussi ça, l’énigme du retour.
Identité multiforme de Dany, pluralité des rôles :
celui d’affronteur des neiges
celui de protégé des dieux.
Ses dieux, ramenés avec lui, des moins vingt-huit degrés de son Québec
Ses dieux ne l’ont jamais quitté
« Si tu ne connais pas le vaudou, le vaudou te connaît »
C’est ce qu’il se dit, à Ville-Bonheur, au-delà de Port-au-Prince
Avec deux rôles religieux dans cette cîté
« où règnent deux vierges.
Celle de la chrétienté
S’appelle Marie Immaculée.
Et sa jumelle qui trône dans le parthénon vaudou,
c’est Erzulie Freda Dahomey.
Des vierges assoiffées.
L’une de sang.
L’autre de sperme. » (page243)
Complexité et mystère du statut identitaire de Laferrière. Le mystère fait partie de la condition humaine, et aussi du vaudou. Mais pourquoi prendre Dany pour Legba ? Pour amadouer Ogou, dieu colérique et jaloux, capable de gâcher à tout instant une cérémonie de funérailles ou de fiancailles.
Ce père de famille le sait, en poussant sa fille, dans les bras de Dany, par respect pour LEGBA. Et Dany de préciser, à la page 269 de son livre qu’on entend même « des hommes et des femmes chanter la gloire d’Erzulie Freda Dahomey, la déesse à qui aucun homme ne peu résister »
Dany Laferrière, comme Maurice Barrès peaufine son statut d’homme dans le culte des morts :
Dany Laferrière :
« Les enfants traversent le cimetière
Pour se rendre à l’école.
En passant ils frôlent de leur paume
La tombe de leurs ancêtres.
Une façon de garder un contact quotidien
Avec ce monde. » (page 293)
Maurice Barrès :
« Je n’ai rien près de moi que mes morts, des êtres enrichis par mes songeries » (Mes Mémoires) »
Je pensais trouver ici un article sur Marie Ndiaye et Eric Raoult. Apparemmen, l’auteur du blog préfère parler autres choses…
Dommage.
Mon cher Yves,
Tu te laisses manipuler mon grand.
vous saviez qu alexandre de medicis dit le maure etait le fils , enfin a l epok il disait le batard entre un prince de medicis et une esclave arabes .. .?
la vie de cette femme serait passionnante a ecrire .. passion dans le sens christik evidemment .
quand je vois un africain recevoir le prix medicis j ai l impression de voir un maitre recompenser son esclave pour avoir bien appris la lecons
Ajouter un commentaire