Existe-t-il une “pensée noire” ?

Posté dans: Événements | Par Alain Mabanckou  | le 21 Mai 2009 à 0h46 | Lu 3525 fois

L’hebdomadaire “Le Point” consacre un hors-serie intitulé “La Pensée noire” que vous pouvez trouver en kiosque actuellement. Plusieurs intellectuels du monde noir ont jeté un regard sur l’état actuel de cette “pensée” et ses “textes fondamentaux” - en gros ce qu’il faut savoir pour comprendre l’évolution actuelle du peuple noir. J’ai évoqué la place de James Baldwin et l’importance de son chef-d’oeuvre “La prochaine fois, le feu” dans l’émancipation des Noirs d’Amérique. Plusieurs analyses touchent des domaines aussi variés que le rap, l’immigration, l’antisémitisme, l’élection de Barack Obama ou la colonisation. Une interview d’Edouard Glissant donne à l’ensemble une vue très ouverte vers le futur. Une bibliographie permet d’aller plus loin et de saisir l’état de la recherche sur la question. Un document utile à avoir dans sa bibliothèque.

Voici l’introduction de cet hors-série faite par Catherine Golliau, rédactrice en chef des hors-séries au Point :

Un hors-série du Point sur la pensée noire ? Certains s’en étonnent. Pourquoi ? Parce que la pensée noire n’existe pas ? Il est vrai que les textes (une trentaine), présentés dans ce vingt-deuxième numéro de la collection Les Textes fondamentaux , n’ont rien à voir avec un traité de Spinoza : ce sont des récits autobiographiques d’anciens esclaves, des discours politiques contre l’esclavage, le racisme, la ségrégation ou la colonisation, des essais sociologiques, des romans, des poèmes… Ce sont des cris de douleur ou de rage, des appels au pardon et des réflexions sur le problème racial, des textes qui parlent avec les tripes plus que des traités métaphysiques. C’est que la pensée noire, c’est d’abord se penser noir, et affronter le regard du Blanc. Mais penser en couleur, n’est-ce pas nécessairement penser de manière raciste ? Non, même si certains auteurs noirs soutiennent des thèses dignes des programmes de l’extrême droite. Pas question, ici, de faire de l’angélisme : le racisme n’est pas seulement de couleur blanche, et M. Le Pen n’aurait pas osé prononcer les discours de Farrakhan, chef du mouvement Nation of Islam.

Impossible pourtant de mettre tout le monde dans le même sac. Ce hors-série aurait pu en effet tout aussi bien s’intituler “Pensées noires”, tant les prises de position sont plurielles, des écrits de Du Bois ou de Césaire à ceux de Fanon et de Malcolm X. Tous, pourtant, ont tenté de répondre à la même question : comment se penser homme quand on vous a voulu objet ? Bien sûr, c’était hier, face à l’esclavage, à la colonisation et à la ségrégation. Et aujourd’hui ? Des piquets de grève de Guadeloupe aux conflits interethniques africains, du racisme de monsieur Tout-le-Monde à l’antisémitisme d’un Dieudonné, le monde noir n’est pas guéri de la blessure de l’esclavage, même chez les plus jeunes. Pourtant, il faut aller au-delà, comme l’a prôné Barack Obama le 18 mars 2008, à Philadelphie, et comme le soulignent dans ce hors-série des personnalités aussi importantes que le poète martiniquais Édouard Glissant ou le sociologue britannique Paul Gilroy. Après la pensée noire, la pensée métisse ? Pourquoi pas ? Ce serait une bonne idée pour un hors-série du Point .

Catherine Golliau

Le Point hors-série, La Pensée noire - Les textes fondamentaux, 132 pages, 6,50 euros, en kiosque actuellement.

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