Laferrière et Beigbeder font leur rentrée chez Grasset

Posté dans: Événements | Par Alain Mabanckou  | le 01 Jul 2009 à 16h06 | Lu 1264 fois

Paris. Café « Le Bonaparte »…
J’ai rendez-vous avec un producteur de cinéma, son assistante, le réalisateur et Joelle qui s’occupe des droits cinématographiques aux éditions du Seuil. Il fait très chaud, la chaleur semble provenir du macadam. Les embouteillages n’arragent pas les choses. Il vaut mieux marcher que de s’emprisonner dans une automobile. Prendre place sur la terrasse c’est un peu accepter d’aller en enfer. Nous choisissons de nous attabler à l’intérieur.  Pendant que je passe entre les tables, je remarque un type aux longs cheveux, la barbe de séducteur. C’est lui, Frédéric Beigbeder (photo). Je le reconnais. Nous nous saluons. Je sais qu’il se passe quelque chose. De grave ? N’exagérons pas. Rien de grave ne se passe au Bonaparte. C’est un lieu pour élaborer des stratégies. Une dame est assise en face de Beigbeder et prend des notes. Il me la présente comme une journaliste des Echos. Tout d’un coup je me rends compte que la rentrée littéraire commence déjà quelques mois avant la sortie de tous ces livres qui viendront livrer une guerre sans merci sur les tables libraires. On le sait : on ne parlera en gros que d’une vingtaine de livres. Une dizaine d’entre eux se tailleront la plus grande place. Cinq d’entre eux seront couronnés par les prix littéraires les plus importants d’automne. Beigbeder est déjà sur le terrain. Je l’appelle souvent le « saltimbanque des lettres françaises ». Il en rigole toujours - la journaliste note la blague. Ses chroniques dans Lire sont d’une intelligence rare. C’est lui qui a inventé la formule de “la critique apothicaire”. Cette critique qui ne s’occupe que du classement des ventes, de ce que l’écrivain gagne ou va gagner et non de l’importance du livre dans le paysage littéraire…

Beigbeder va publier son roman en aout. Avec un titre qui est tout un programme à lui seul : Un roman français. Il y a quelque chose de Jean-Paul Dubois dans ce titre, lui qui écrivit Une vie française, roman couronné par le Fémina. Le livre de Beigbeder je l’ai reçu il y a quelques jours. L’auteur est étonné. Je lui dit que deux grands livres vont se démarquer. Que les deux sont publiés chez Grasset. Son roman et celui de Dany Laferrière, le très étrange Enigme du retour auquel je vais consacrer un article dans les pages littéraires du Figaro à la rentrée. Beigbeder acquiesce. Il l’a lu. Il est tombé sous le charme de cette écriture inventive et originale. De cette forme hardie. Beigbeder et Laferrière ont presque regardé dans la meme direction : la quête de leur être.  Avec l’humour qui est le sien, Beigbeder dit que son livre c’est l’histoire d’un pays qui a réussi à perdre deux guerres en faisant croire qu’il les avait gagnées, et ensuite à perdre son empire colonial en faisant comme si cela ne changeait rien à son importance. Ce pays c’est la France. Mais il y a son enfance, son passé – ce qu’on n’avait jamais lu jusqu’alors. Du moins de façon très prononcée comme dans Un roman français. Il y a le père. Il y a le frère. Il y a la nostalgie. Comme chez Laferrière. Deux « fausses » autofictions. Parce qu’en lisant ces livres on est contaminé par leur élan. Les itinéraires échappent aux auteurs et deviennent notre univers. Deux grands livres chez un même éditeur, cela promet du remue-ménage. Les paris sont ouverts. Pour notre bonheur, nous les lecteurs…

Un roman français, de Frédéric Beigbeder, Grasset, parution, aout 2009

L’Enigme du retour, de Dany Laferrière, Grasset, parution, aout 2009

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