L’enigme du retour, Dany Laferrière, Pauline Kengué et l’écrivain algérien

Posté dans: Général | Par Alain Mabanckou  | le 18 Jun 2009 à 17h12 | Lu 2496 fois

Je suis arrivé à Montréal depuis quelques jours. Depuis l’hôtel Le Delta – 475 rue du Président Kennedy – j’écris quelques lignes d’un roman qui brasse mon enfance et dont j’ignore encore les grandes lignes. Je ne sais jamais ce qui peut se passer d’une page à une autre. J’écris comme certaines bêtes picorent. Je gratte la terre, je trouve des graines, et j’avale celle qui peut aisément passer à travers ma gorge…

Il y a des travaux dans la rue. Cela n’arrange pas les choses. Alors je regarde par la fenêtre. Au loin j’aperçois le quartier de mon éternel frère, Dany Laferrière. Que fait-il ? Hier nous avons discuté toute la nuit. Il m’a lu des passages de son prochain roman L’Enigme du retour – qui sort en France en fin aout aux Editions Grasset à Paris et aux Editions Boréal à Montréal. J’ai reçu le livre que je ne quitte plus. C’est le livre le plus apaisé et le plus tendre de mon ami. Je suis plus que bouleversé. C’est un autre Laferrière. Dans le fond et dans la forme. C’est un roman qui va forcément se démarquer de la production littéraire de la rentrée prochaine. C’est le roman d’un très grand écrivain. Je le sais. Je le sens. Un roman qui mêle haïkus et récits. Un roman qui se déplace, qui explose, qui tend ses tentacules à travers le monde. L’enigme c’est le retour. J’ai vu Laferrière écrire ce livre à Petionville (Haiti), à Paris, à Brives, en Guadeloupe. Un roman dans lequel ma propre mère Pauline Kengué est présente. Je n’aurais jamais bâti une telle demeure à celle qui occupe mes textes. On n’entre pas dans mes livres sans passer par Pauline Kengué. Laferrière m’avait caché cela. Parce qu’il l’écrivait. On pouvait parler de tout. Sauf de ce passage qui me concernait – ou plutôt qui concernait cette femme. Laferrière ne m’avait pas dit que cette femme, morte au Congo en 1995, ressusciterait en Haïti…

Hier dans une émission télé de Radio-Canada-Télé ( http://www.radio-canada.ca/emissions/bons_baisers_de_france/2009/chronique.asp?idChronique=82821 ) on a voulu que je parle du hockey. C’est le sport national au Canada. J’ai dit que je ne comprenais rien à ça. Que lorsque je regardais des matches de hockey à la télé je me demandais toujours ce que les joueurs recherchaient en patinant comme des démons avec leurs vêtements de zouaves.  Non, je ne comprends rien à ce sport. Alors je retourne à ma lecture. La lecture de L’Enigme du retour

Demain je reprends l’avion pour Marseille. Je dois présenter une conférence. Ceux qui vont m’entendre ne savent pas encore que je vais déclarer que je suis un écrivain algérien. De l’Algérie noire, bien entendu. Je n’aurai même pas à le démontrer puisque cela saute aux yeux. Je suis devenu plus que jamais un écrivain algérien depuis qu’on a failli m’interdire le séjour dans ce pays-là. Tout écrivain devrait donc opter pour la citoyenneté d’un pays qui lui ferme ses frontières…

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