Obama, Clinton, McCain, Sassou, Bongo, Tchak et “la litterature constipée”

Posté dans: Général | Par Alain Mabanckou  | le 01 Avr 2008 à 21h47 | Lu 3007 fois

Retour aux Etats-Unis où je retrouve l’éternel duel Clinton-Obama tandis que John McCain s’ennuie tellement de courir seul qu’il lance des campagnes à la telé qui rappellent qu’il est un bon patriote, que depuis tout petit il était un combattant. Certains Démocrates demandent à Hillary Clinton de déposer les armes, mais son mari monte au créneau et lance à ces détracteurs : « Chill out ! » (Détendez-vous !), et tout laisse à penser que nous sommes bien partis pour une longue course…

Parallèlement, dans l’avion, j’ai beaucoup ri en apprenant que finalement ce sont les présidents africains qui composent les gouverments français. En effet Bongo et Sassou – qui sont parents par alliance – ont fait virer le Ministre français de la coopération qui avait eu l’inélégance de déclarer la fin de la françafrique et celle des dessous de tables et autres monopoles. Quel crime ! Les menaces des ces deux Africains ?  Bongo a menacé de livrer les secrets cabalistiques des relations de la France avec son pays tandis que notre Sassou a agité discrètement le spectre de l’annulation des contrats que Bolloré – l’homme d’affaires proche de Sarkozy – tente de signer au Congo, plus précisément à Pointe-Noire (le port maritime est l’objet de toutes les convoitises).

Beaucoup de livres sortent depuis janvier. Que lire ? Apres Laferriere, je vous signalerai surtout Filles de Mexico du Togolais Sami Tchak . De livre en livre, il s’est installé désormais comme une des voix importantes de notre génération. Il est vrai que j’ai pendant longtemps hissé son roman Place des fêtes au sommet de toute sa production romanesque, mais c’est mal appréhender l’univers aussi tentaculaire de cet auteur – et même plus, de ce grand lecteur – lui qui survole les continents, vous parle des auteurs du monde avec l’aisance et la précision d’un entomologiste. Si Tchak nous embarque cette fois-ci à Mexico, dans le bruit et la fureur des quartiers populaires, ce n’est pas par cabotinage ou pour une promotion des plages de l’Amérique latine. Il a bénéficié de la fameuse Bourse Stendhal du Centre National des Lettres et a vécu sur place – on le ressent dans cette écriture qui laisse les personnages mener la trame eux-mêmes – ce qui n’est pas le cas de certains romans qui nous agacent ces derniers temps à cause de la tendance des auteurs à aligner des phrases ampoulées, le plus souvent poussiéreuses et soporifiques – suivez mon regard – ces auteurs qui parlent à la place de leurs protagonistes et nous livrent en fait des crottes de moineaux diarrhéiques à notre plus grande déception. C’est ce qu’il faudra maintenant qualifier de « littérature constipée », cette magnifique expression est de Tchak…
Nous reviendrons longuement sur son roman dans les prochains posts.

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