Où sont les intellectuels d’Afrique et des diasporas ? Texte de Christian EBOULE, journaliste, TV5
Posté dans: Général | Par Alain Mabanckou | le 29 Avr 2008 à 23h56 | Lu 3306 fois
La nouvelle était attendue. Cette fois-ci, depuis son hospitalisation à l’hôpital de Fort-de-France, l’issue fatale ne semblait plus être qu’une question de jours. Aimé Césaire s’est donc éteint le 17 avril dernier dans sa Martinique natale, cette île chère à son cœur, et qui lui avait inspiré l’une de ses œuvres majeures : « Cahier d’un retour au pays natal ». Avec cette disparition, le monde perd un homme au souffle intellectuel et spirituel immense, un homme politique véritablement au service du peuple et surtout, un phare pour tous les peuples opprimés. Après Mongo Beti en 2001, c’est l’une des dernières grandes figures intellectuelles noires qui disparaît à son tour ; rendant encore un peu plus orphelins, tous ceux qui au sein des diasporas, en Afrique, aux Etats-Unis et un peu partout ailleurs, s’enrichissent de ces nourritures de l’âme et de l’esprit, et ont besoin de repaires, voire de référents de la stature d’Aimé Césaire, de Franz Fanon, de Mongo Beti ou encore de Cheikh Anta Diop. D’ailleurs, outre leur envergure, l’une des principales caractéristiques de ces intellectuels était leur engagement. Aujourd’hui, si l’époque est moins fournie sous tous les cieux en intellectuels démiurges, l’Afrique et ses diasporas semblent les plus mal loties.
Pourtant, en Afrique, dans la Caraïbe, aux Etats-Unis…, il n’y a jamais eu autant d’universitaires, d’écrivains, d’auteurs, d’artistes, bref, d’hommes et de femmes dotés de savoirs très pointus et de culture. Certes, quelques figures comme celles du Nigérian Wole Soyinka ou de l’Américaine Toni Morisson sont mondialement connues et respectées. L’on ne peut cependant pas dire que leur influence et leur aura soient exactement à la hauteur de celles d’un Césaire ou d’un Mongo Beti. Pourquoi donc un tel « vide » ?
Alors que paraît ces jours-ci, dans la très controversée collection Continents noirs des éditions Gallimard, le troisième et dernier tome d’une trilogie consacrée à la vie Mongo Beti et intitulé « Le rebelle III », l’on est tenté de se demander où sont les rebelles de notre temps ?
A l’heure où, en Afrique et ailleurs, les peuples sont confrontés aux pires difficultés politiques, sociales et économiques, il y a lieu de s’interroger sur le rôle des intellectuels, dans leurs espaces nationaux et bien sûr au-delà de ces derniers. Pourtant, régulièrement, notamment lorsque l’actualité du continent l’exige, des voix s’élèvent en Afrique et ailleurs. Ce fut le cas avant, pendant et après le génocide rwandais – malgré les effets nuls ou presque - , et ce fut encore le cas plus récemment, après le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar, sous l’impulsion de l’historienne malienne Adame Ba Konaré, qui est aussi l’épouse de l’ancien président malien Alpha Oumar Konaré. Dans le même ordre d’idée il y a eu aussi, le manifeste pour une littérature-monde, dont la publication dans le journal Le Monde, a abouti à un livre éponyme paru chez Galimard, avec des auteurs comme Edoiuard Glissant, Maryse Condé, Alain Mabanckou, Danny Laferrière, Boualem Sansal, Lyonel Trouillot…
Pourquoi malgré tout, ce sentiment diffus qu’en dehors d’une figure mythique comme celle de Nelson Mandela, dont la stature est aujourd’hui plus proche d’une divinité que d’un humain, l’Afrique et ses différentes diasporas ne disposent plus de figures tutélaires. Certes, il n’y a pas que la notoriété, fut-ce-t-elle mondiale, qui peut faire d’un homme ou d’une femme un être d’exception. D’ailleurs à cet égard, il y a certainement un peu partout dans le monde, des « anonymes » qui sont des modèles de vertu. Mais, l’on ne peut s’empêcher de se demander où sont les phares d’aujourd’hui, surtout dans les régions du monde où les combats pour les droits les plus élémentaires sont encore nombreux.
Evidemment, nul ne peut nier la présence sur les territoires nationaux de personnalités importantes, qui mènent des luttes courageuses actuellement, parfois au péril de leur vie, pour faire triompher les causes les plus diverses. Ce fut notamment le cas pour l’écrivain nigérian Ken Saro-Wiwa, assassiné par le gouvernement du dictateur Sani Abacha en 1995 ; ce fut encore le cas pour le camerounais Célestin Monga, embastillé par les autorités de Paul Biya au début de la décénnie 1990, et qui a été exilé depuis à la banque Mondiale à Washington.
On pourrait ainsi multiplier les exemples. Mais le constat reste le même : toutes ces personnalités sont très loin des sommets auxquels se sont hissés certains de leurs aînés. Des sommets auxquels certains comme Wole soyinka se sont parfois très violemment attaqués, dans une volonté sinon d’abattre des icônes, du moins de passer à autre chose.
En affirmant, en référence au concept fondateur de négritude, que le tigre ne revendique pas sa tigritude, Wole Soyinka a fait croire à beaucoup – ce qui est encore parfois vrai à l’heure actuelle - que la négritude était un archaïsme. Or, ceux qui adhèrent à cette vision, qui n’est d’ailleurs pas tout à fait celle de Wole Soyinka, s’attachent à l’évidence à la dimension strictement « raciale » de la négritude, en oubliant le fond qui réside dans l’être profond.
On touche là à la dimension spirituelle et donc universelle de la négritude, qui est moins la fierté de l’homme noir, que la nécessité pour chacun, quel qu’il soit, de renouer avec son être profond. Autre polémique, celle menée par les promoteurs de la créolité comme Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant, dont l’objectif à l’origine était de la substituer à la négritude. Pour les tenants de la créolité, présentée comme une critique « radicale » de la négritude, il s’agissait pour le spécialiste de la grammaire créole Jean Barnabé de « remplir les promesses et le programme de la négritude mieux que ne l’avait fait la négritude elle-même ». Si ces controverses s’inscrivent dans le cycle « normal » des générations qui se succèdent, elles révèlent aussi la difficulté pour certains de se hisser au niveau de leur prédécesseurs, afin d’aller encore plus loin, encore plus haut.
Il y a trois ans se tenait à Dakar, la première Conférence des Intellectuels d’Afrique et de la Diaspora, sur le thème suivant : « L’Afrique au 21ème siècle : intégration et renaissance ». Presque un demi siècle après le fameux Congrès des écrivains et artistes noirs, qui se tint à la Sorbonne en septembre 1956, - notamment à l’initiative du Sénégalais Alioune Diop, fondateur de la revue Présence africaine en 1946 et de la maison d’édition du même nom quelques années plus tard -, un événement d’envergure internationale rassemblait à nouveau les intellectuels d’Afrique et de la diaspora.
Dans les deux cas, un dénominateur commun : la mise en exergue et les interrogations sur le rôle des intellectuels. A l’instar des combats contre le colonialisme, ou encore des luttes contre les régimes autoritaires des années 1960 et 1970, les mutations démocratiques du début des années 1990 ont cristallisé les interrogations sur le rôle des intellectuels africains. Mais ce sont là des circonstances historiques particulières. Or hier comme aujourd’hui, les questions sur le rôle des intellectuels sont quotidiennes. D’où cette impression diffuse, mais réelle, que les intellectuels africains sont aujourd’hui plus inaudibles que jamais, voire absents de l’espace public international. Pis, certains raillent de plus en plus l’absence d’engagement chez nombre d’intellectuels, leur facilité à céder aux attraits du pouvoir et de l’argent, leur conformisme…
Rappelons toutefois qu’en Afrique comme ailleurs, les intellectuels ne forment pas un ensemble homogène. D’autant plus qu’il ne s’agit pas ici de restreindre le statut de l’intellectuel à la fréquentation d’une université et à la production de savoirs. Car, dans un monde de plus en plus mondialisé, la production des savoirs s’est atomisée et les capacités d’analyse critique de l’ordre politique, économique ou social se trouvent aussi en dehors des structures institutionnelles.
De plus, comme l’a souligné Raymond Aron dans « L’opium des intellectuels », la qualité d’intellectuel varie dans le temps et l’espace. Alors que l’engagement politique fut pendant longtemps au centre de l’activité des intellectuels africains, la génération actuelle ne s’inscrit pas tout à fait dans la même démarche. En effet, pour les intellectuels de la période d’avant les indépendances, jusque dans les années 1970, la lutte contre la colonisation, tout comme l’affirmation et la reconnaissance de l’identité africaine étaient au cœur de leur engagement. Outre les circonstances historiques particulières de cette époque, l’une des raisons du grand écho rencontré par ces intellectuels réside dans ce combat commun qu’ils menaient contre la domination. D’où l’émergence d’une immense solidarité fondée certes sur l’idée d’une identité africaine conçue comme « monolithique » et sacrée, alors qu’il est admis aujourd’hui que comme toutes les identités collectives, cette identité africaine s’inscrit dans des dynamiques complexes, qui la rendent très diverse, voire éclatée.
D’une certaine manière, les combats contre la colonisation et les luttes politiques de la période qui a immédiatement succédé aux indépendances étaient beaucoup plus fédératrices et mobilisatrices. Les grandes figures intellectuelles de cette époque – Cheikh Anta Diop, Léopold Sédar Senghor, Alioune Diop, Mongo Beti… - avaient en effet un rayonnement et une audience considérables. Force est de constater que la situation a beaucoup évolué de nos jours.
En matière littéraire par exemple, l’on constate que la littérature de combat de l’époque coloniale a « débouché » sur un immense désenchantement, dès le milieu des années 1960. Dès cette époque, dans « Le devoir de violence », le malien Yambo Ouologuem remet en cause les indépendances et la critique anticoloniale. D’autres comme les Nigérians Chinua Achebe et Wole Soyinka, les Kenyans Tabah Lo Lyong et N’gugi Wa Thiongo, ou encore le Somalien Nurruddin Farah écrivent aussi sur cette désillusion. D’où le sentiment d’une littérature qui se déclinait à l’intérieur d’un tryptique constitué par la colonisation, les indépendances et le désenchantement. La jeune génération qui a émergé dans les années 1980-1990 se caractérise d’abord par son cosmopolitisme et son individualisme. Même si l’on peut noter ici ou là des dénominateurs communs, tels que la critique des dictatures et des régimes antidémocratiques, l’on constate surtout une multiplication et une atomisation des voix. Par ailleurs, nombre de ces écrivains revendiquent des identités métisses.
Mais comme l’affirme Mongo Beti, dans le tome II de la collection posthume intitulée « Le rebelle », le combat social est l’une des premières missions de l’écrivain, mais ce n’est pas la seule. « La littérature doit pouvoir satisfaire ce besoin d’émotion comme tous les arts, car le propre de l’art est de nous émouvoir, pas seulement de nous envoyer des messages ou des idées » précise-t-il. De là à penser que les écrivains en particulier et les intellectuels en général ont totalement déserté le terrain des idées et des grandes causes il n’y a qu’un pas.
Prenons par exemple les controverses autour du discours du président Nicolas Sarkozy à Dakar. Certains ont eu l’impression que c’était le prétexte pour les intellectuels de donner de la voix dans l’espace public international et de sortir d’une léthargie mortifiante. Alors que des personnalités comme Boubacar Boris Diop ou encore Achille Mbembe s’employaient à démontrer que ce discours était historiquement daté, d’autres comme le Camerounais Célestin Monga estimaient qu’il y avait mieux à faire que de se pencher sur ce qu’ils considèrent plutôt comme « un épiphénomène ». D’autres encore comme le Togolais Sami Tchak s’interrogent sur la légitimité et la crédibilité de certains intellectuels qui critiquent ce discours, alors même qu’ils sont financés directement ou indirectement par le gouvernement français.
Cependant, cette controverse n’est-elle pas l’arbre qui cache la forêt ? Car à côté de la plus ou moins grande vigueur des milieux intellectuels sur le continent, et ce parfois au péril de leur vie, l’on peut s’interroger sur l’atonie des intellectuels africains sur la scène internationale. Une situation que connaissent aussi les milieux intellectuels de la diaspora. Certes, la notoriété et la présence médiatique ne sont pas une fin en soi, ni même un objectif premier. Mais, face aux maux qui minent le continent, l’on constate en plus comme le souligne le sociologue sénégalais Babacar Sall dans sa préface à l’ouvrage de son compatriote Abdoulaye Gueye « Les intellectuels africains en France », un affaiblissement de l’engagement militant, l’absence de cadres organisationnels chez les intellectuels africains… Et à cet égard, la Conférence de Dakar n’a pas tenu ses promesses. Mais depuis le tournant du début des années 1990, certains intellectuels qui sont restés sur le continent ont choisi de résister. A cet égard, nous pouvons citer le Congolais Dieudonné Tsokini, le Burkinabé Shérif Sy, le Gabonais Guy Rossatanga Rignault, le cardinal Christian Tumi au Cameroun, et certains de ses compatriotes comme Abel Eyinga ou Fabien Eboussi Boulaga.
Ces résistants ont d’autant plus de mérite, qu’aujourd’hui plus qu’hier, l’exigence du passage des discours aux actes est plus forte, avec comme conséquence bien souvent, la dévalorisation du travail intellectuel, au bénéfice de la condition matérielle considérée comme le meilleur moyen d’exister socialement.
Toutefois, à l’extérieur du continent, quelques « frémissements » sont à signaler. C’est le cas avec la parution récente de l’ouvrage collectif intitulé « Intellectuels africains face à la mondialisation », malgré un contenu à la qualité très inégale. Dans le même ordre d’idée, il y a également l’appel lancé par un groupe d’écrivains africains et européens – Wole Soyinka, Chimamanda Ngozi Adichier, Nadine Gordimer, Günter Grass, Vaclav Havel…- à l’occasion du sommet Union européeenne-Afrique, pour « critiquer l’absence de courage politique » face au drame du Darfour et à la tragédie que vit une grande partie du peuple zimbabwéen. Il ne reste plus qu’à espérer que de véritables dynamiques collectives essaimeront ça et là. Les jeunesses d’Afrique et d’ailleurs en ont besoin.
Christian Eboulé





(89) Commentaires
Monsieur Mabanckou,
je vous prie de bien vouloir me dire si vous n´avez pas envie de publier mon texte intitulé “BONNET NEGRE, NOIR BONNET ET NORME CUTANEE” sur votre site internetais.
Une réponse d´une ligne me suffit.Je ne vous contrains pas à le publier; le site vous appartient.
Je me rappelle cependant que vous avez écrit une fois que vous étiez prEt à publier tous les textes. J´ai l´impression que mon texte “marche sur vos plates-bandes”. Ayez le courage et la liberté d´exprimer vos sentiments; je suis très tolérant.
Bien à vous et bonne journée
Mathias Victorien Ntep
Francfort/Main, Allemagne
Bonjour très cher Alain,
Je pense que tu as voulu écrire “et ont besoin de repères, voire de référents de la stature d’Aimé Césaire,” et non repaire non?
Porte toi bien.
Ou plutôt Christian. Désolé.
Merci Christian et aussi Alain pour ce très bel article. Et les réfenrences citées tout au long de ton texte me permettrons de découvrir autant que faire ce peut la plupart de ces intellectuels africains je ne connaissais pas (à part deux ou trois). Ces références montre aussi que Christian est un journaliste très instruit.
Dès ce soir je chercherais “Le devoir de violence”, de Yambo Ouologuem.
Bon Premier Mai à tous.
Questions posees...reponses donnees, bravo Christian
Je ne vais pas rallier, je le crains, beaucoup de monde à mon avis (quoiqu’on ne sache jamais !), mais je le donne quand même. Christian Eboulé cite Mongo Beti :
Mais comme l’affirme Mongo Beti, dans le tome II de la collection posthume intitulée « Le rebelle », le combat social est l’une des premières missions de l’écrivain, mais ce n’est pas la seule. « La littérature doit pouvoir satisfaire ce besoin d’émotion comme tous les arts, car le propre de l’art est de nous émouvoir, pas seulement de nous envoyer des messages ou des idées » précise-t-il. De là à penser que les écrivains en particulier et les intellectuels en général ont totalement déserté le terrain des idées et des grandes causes il n’y a qu’un pas.
Je ne suis pas écrivain et j ne prévois pas de l’être bientôt mais l’idée d’un écrivain investi d’une “mission” me semble obsolète. Peut-être que M. Mabackou nous donnera son avis là-dessus, mais franchement l’écriture littéraire naît-elle dela conscience d’une mission? C’est comme si un écrivain percevait, parvenant d’on ne sait quelle légitime autorité, un appel et un envoi à aller changer la société, voire le monde ! Mais n’est-ce pas là un contresens? Que l’écrivain puisse, grâce à ses textes, avoir quelque influence sur ces lecteurs ou même contribuer à donner former à une certaine conscience collective, c’est indéniable. Mais cela est le résultat et non pas la cause de son écriture. La plupart des témoignages d’écrivains écvoquent un éveil progressif et précoc à la chose littéraire, avant même toute prise de conscience d’une quelconque urgence sociale. Il faudrait peut-être donner tout son sens à ce phénomène et reconnaître que l’écriture et l’art en général est avant tout une quête personnelle, une quête qui est d’autant plus universell qu’elle est personnelle.
L’idée de l’écrivain engagé, popularisée par les Hugo visionnaires et les Rimbaud voyant est facilement viciée si elle laisse dans l’ombre l’impuissance radicale de tout homme et de tout écrivain. Pour moi si la littérature devait avoir quelue utilité, elle consisterait d’abord en cela :le dévoilement de l’impuissance humaine, qui met l’homme en mouvement et à la recherche d’un plus-être. Seule la prise de conscience de cette conscience fait la force des collectivités. Mais cela n’est pas une mission, c’est simplement le corollaire d’un regard lucide posé sur les hommes.
Si la littérature estsi haïe dans les salons des dictateurs, ce n’est pas seulement parqu’elle dénonce leurs méfaits c’est aussi et surtout qu’elle déchir le masque trompeur de leur force et de leur invulnérabilité, qu’elle les remet à leur place parmis les hommes, les montrant ainsi à la portée des vulnéabilités mêmes qui servaient leur terreur.
Pourquoi donc un tel « vide »? Très peu d’auteurs sont lus sur le continent. La pensée ne traverse pas les frontières. Les Centres Culturels français donnent souvent un aperçu de la production intellectuelle africaine.
A force de ne citer que les auteurs d’un autre âge ,on finit bien pas croire que rien n’est plus fait sur le continent. L’absence de grosse pointure comme “Hachette” ou Gallimard est sans doute pour quelque chose. Sans tapage médiatique on meurt parfois.
Paul Motazé a sorti récemment un livre sur la sécurité sociale en Afrique. Je crois qu’il y a plusieurs comme lui un peu partout sur le continent.
Mon cher Tango, vous rappelez à juste titre la citation de Mongo Beti, mais la suite de votre argumentaire semble ignorer le sens même de ses propos. Ne dit-on pas qu’il faut parfois se méfier des mots ? Et vous semblez ne pas laisser les mots résonner en vous. L’idée de mission employée ici a plus à voir avec la métaphore. Car chez les artistes en général, les processus de création dans leur essence, ne répondent pas à une rationalité. Autrement dit, la raison n’a jamais été en mesure de nous dévoiler les ressorts de l’intuition, qui est au fondement de l’acte créatif. De la même manière, l’on porte en soi le potentiel de création, qui peut trouver ou pas à s’exprimer, selon les individus, avec leur trajectoire, leur histoire… Les raisons pour lesquelles les uns et les autres répondent à cet « appel » à créer sont aussi diverses qu’il y a de créateurs. Ensuite, il est possible de trouver des dénominateurs communs, voire des constantes. Et très souvent, c’est dans le rapport à l’autre, ou plus globalement dans l’échange, lorsqu’il existe, que le créateur sinon prend conscience, du moins, prend la mesure de ce qui « sort de lui ». D’ailleurs, beaucoup ont besoin de ce face à face, ou plutôt de vivre cette altérité pour se nourrir, pour avancer…bref, pour poursuivre leur œuvre de création. Et lorsque cette dernière porte en elle un souffle, une force, une puissance… elle ne peut qu’avoir de l’influence, à une échelle plus ou moins grande. Bien entendu, l’effet produit par un créateur sur ceux qui s’approprient son travail peut être considéré comme un résultat ; mais rien ne permet de dire qu’en retour, cette interaction n’a aucun effet sur le créateur. Mais au fond là n’est pas l’essentiel – les histoires d’œuf et de poule ne mènent qu’à des impasses - ; le plus important c’est la conscience que nous acquerrons au fur et à mesure, des richesses que nous trouvons chez les uns et les autres – par exemple l’auteur chez son lecteur et vice versa – pour poursuivre notre cheminement dans cette vie, avec ce que nous sommes et avec ce que nous avons. C’est d’ailleurs pourquoi je vous rejoins lorsque vous parlez de quête individuelle chez ceux qui créent. Car en effet, je suis de ceux qui sont convaincus que plus nous descendons au fond de nous, mieux nous pouvons espérer un minimum d’authenticité, et donc éventuellement, une création porteuse de sens. Du reste, tous ceux qui s’engagent sur cette voie ardue, exigente, presque ascétique, savent que l’horizon est souvent marqué par des vertus ô combien rares, que sont par exemple l’humilité, qui permet notamment de mesurer à quel point nous sommes « des petites choses fragiles ». Et c’est cette conscience de soi qui bien souvent nous donne la force et l’énergie.
La preuve que la littérature a de multiples fins nous est donnée par l’hommage d’Alain à Aimé Césaire. Ce texte montre que les écrits servent peut-être d’abord à émouvoir, par différents canaux (esthétiques c’est-à-dire du point de vue du style, de la langue…, mais aussi dans le fond, à savoir par le message qui les sous-tend lorsqu’il y en a un…). L’on ne peut donc pas cantonner la littérature ou les arts en général dans des enjeux collectifs ou individuels ; car c’est tout ceci à la fois, et même un peu plus, lorsqu’on touche à la dimension spirituelle. Quant à l’idée selon laquelle, la littérature et les arts en général sont d’abord une quête personnelle, elle ne semble pas contradictoire avec leur impact direct ou indirect sur le plus grand nombre. Et même si il n’y a qu’une personne qui est influencée par une œuvre artistique, c’est déjà très bien. Si l’idée d’une mission est entendue ici au sens basique du terme, alors en effet, personne ne reçoit un ordre de mission, et mieux, je ne crois pas personnellement aux sauveurs de l’Humanité. D’ailleurs, tous ceux qui dans quelque domaine que ce soit produisent une œuvre qui a un impact populaire et profond, font souvent preuve d’une humilité qui n’a d’égale que la puissance et le pouvoir qu’ils mobilisent. Les prophètes auto-proclamés sont bien souvent et sauf exception, des imposteurs.
Dans les deux cas, un dénominateur commun : la mise en exergue et les interrogations sur le rôle des intellectuels. Les journalistes font des intellectuels et les intellectuels font des journalistes.
Pourtant, régulièrement, notamment lorsque l’actualité du continent (génocide rwandais ,discours de Nicolas Sarkozy)l’exige, des voix s’élèvent en Afrique et ailleurs. Je n’entend pas assez de voix qui réagir quand un “africain” étranger doit s’engager à ne pas checher du travail au Burkina ou Sénégal lors de l’obtention du visa!
On peut parfois avoir l’impression que tout a été écrit, a été déjà vu tant les conditons de l’heure présente ressemble à celle d’auparavent sur le continent. Les reponses semblent toutes faites. Pourquoi les congolais croupissent dans la misère? la réponse est… Difficile de lire 300 pages pour aboutir à cette conclusion. A bè kélé! C’est la même chose! It is the same thing!
On peut se demander si la Tunisie n’est pas l’exemple à suivre! A Tunis on la ferme et mange, à Dakar on crie et s’affame. Démocratie ou dictature “éclairée”?
Il est plus difficile d’entrer, de travailler, d’investir dans un pays de la zone UA. Il faut s’attaquer à ça qui n’est pas plus facile que taper sur le vieux Mugabé!
L’africain reste étranger en Afrique!
Cher Christian Eboulé,
Merci pour cette réponse détaillée et attentive à ma réaction à votre article. Elle me permet de mieux constater que nos vues sur la place des hommes de lettres dans nos sociétés ne sont pas très éloignées. J’ai réagi sur cette notion de “mission” -employée certes métaphoriquement- à cause précisément du caractère un peu “messianique” qu’elle peut parfois conférer aux écrivains. Mais votre réponse replace les choses dans ce qui me semble être leur juste perspective.
J’en profite pour vous remercier (vous et A. Mabanckou) d’avoir partagé avec nous votre pensée sur ces sujets. C’est un texte clair, fin et rigoureux que vous nous offrez là. Et qui donne à réfléchir.
Bien à vous.
Cher Mathey,
En reponse a ton post ( le numero 1 des commentaires ci-dessus), j’ai le regret de te dire que je n’ai jamais recu un texte de ta part. Ici tout le monde peut envoyer son texte. S’il n’est pas publie, c’est certainement pour d’autres raisons (excitation a la haine, diffamation ou simplement une question de “plume” car on ne peut pas tout publier). Envoie ton texte, je le lirai avec plaisir et nos Villageoises et Villageois le liront aussi.
Bien a toi
Alain,ne t’excite pas, voyons… Excitation ou incitation? LOL!
Un p’tit coucouc en passant avec ce looooooooooong week-end très chargé!
D.O.W., je reviendrai vers toi asap…
@+, M82
Catharsis la faim va t-elle précipiter la fin de ce monde? Il y a du grabuge un peu partout dans les pays en voie de développement.
D.O.W. la France a décidé de regarder en face son passé en Algérie. La grogne des africains est-elle pour quelque chose?
Substituer le pétrole par le mais peut avoir des conséquences désastreuses. C’est fou ce que le concept de souveraineté nationale cache mal l’interdépendance des nations.
Les chinois ne veulent pas se calmer, ils en veulent à la France! On peut dire qu’ils savent montrer le mécontentement.
l’on constate en plus comme le souligne le sociologue sénégalais Babacar Sall dans sa préface à l’ouvrage de son compatriote Abdoulaye Gueye « Les intellectuels africains en France », un affaiblissement de l’engagement militant,
On ne scie pas la branche sur laquelle on est assis disait un vieux sage.
Mon très cher Tango,
Du fond du coeur, merci pour votre lecture attentive; Mais surtout, mille merci pour cet échange très riche; sachez que pour moi, c’est notamment grâce à l’échange, au partage… que nous apprenons à mieux cheminer. J’espère justement que nous poursuivrons ces échanges.
Bonne fête et à bientôt.
Que l’on me permette d’abord de tirer mon chapeau à Christian Eboulé. C’est un très bel article, soigné dans la forme, mais surtout sur le fond, il agite une des questions les plus cruciales autour de la possibilité d’un destin pour ce continent nôtre. Moi aussi, j’ai souvent parlé autour de moi (pour m’en étonner) de cette atonie généralisée que l’on observe dans l’intelligentsia, et à mon goût, également dans la jeunesse africaine. Et c’est pour moi, un des aspects les plus alarmants, quand on considère la question du futur. La pauvreté matérielle, logistique et financière n’est rien à côté de la pauvreté en ambition, la pauvreté en révolte morale, la pauvreté de vision. S’il y a une chose qui risque bien de tuer définitivement l’Afrique, c’est le silence de tous et de chacun. Notre continent subit une telle saignée dans ses populations, qui s’exilent dans des flots incessants, emportant vers des ailleurs lointains, souvent les plus brillants. Mais une fois ces ailleurs lointains atteints, alors qu’elles y jouissent de toutes les conditions matérielles, académiques, de toutes les libertés expressives dont elles auraient pu rêver auparavant, nos élites se taisent. Incompréhensiblement. Toutes ne sont pas en cause évidemment. Mais comment ne pas s’étonner du peu de voix que l’on entend, alors que la situation de notre continent donne si vivement matière à inquiétude? Comment fait-on, pour ne pas se sentir concerné? Je suis étonné que Mabanckou publie ce texte, parce qu’il est au nombre de ceux (il n’est pas le seul) qui répondent généralement en une pirouette, que leur blog n’est pas une tribune politique. Il ne s’agit pourtant pas de cela. Seulement de comprendre que ce continent-là, c’est nous! Que chacun d’entre nous devrait interpeller les consciences. Et qu’il ne peut nous suffire d’avoir chacun le confort individuel que lui permet l’ailleurs, sans jamais se demander: ”et quid de chez nous?”. Faut-il manquer de fierté à ce point-là, pour ne vivre, comme beaucoup de nos soi-disant porte-parole, que des plaisirs des nuits parisiennes, londoniennes ou de Santa Monica? “Construire son pays” aurait donc un sens dans toutes les langues du monde à l’exception des nôtres?
Vous avez raison Tango: aucun écrivain n’a à être investi d’aucune mission. Mais moi, je vous le dis simplement: les écrivains comme Mongo Béti, qui au sein et en dehors de leur art, se sont auto-investis des missions les plus nobles pour l’âme humaine - défendre la dignité de l’autre, du pauvre et de l’analphabète, défendre au péril de sa vie la dignité d’un pays et la fierté d’une civilisation -, ces écrivains-là, à qui le confort douillet d’une existence paisible n’a pas suffi, ces penseurs, qui ne se sont pas satisfaits du champagne des boîtes de nuit parisiennes, eh bien voyez-vous, moi j’ai tendance à leur trouver un rien de supérieur. Un je ne sais quoi qui les placera toujours au-dessus des autres.
Et j’en profite pour saluer partout dans le monde, tous les jeunes Africains qui ont une conscience du destin de leur continent. Tous ceux qui ne se taieront pas. Tous ceux qui ne dormiront jamais tranquille tant que l’Afrique sera raillée ça ou là dans le monde. Tous ces jeunes qui agissent. Ou qui réfléchissent. J’en ai rencontré quelques-uns, y compris ici-même (je te salue notamment Brimoss), et qui m’ont rempli de fierté.
Où sont les intellectuels d’Afrique et des diasporas? Une telle interrogation laisse lire une grande déception de la part de son auteur, de l’amertume et de la tristesse; c’est comme si, en comparaison d’hier, les vrais intellectuels africains venaient tous de disparaître.Avec la disparition d’Aimé Césaire et de Senghor, le monde noir s’est privé de grands baobabs, deux légendes vivantes! Quand j’essaie de comparer les travaux ou d’écouter parler les intellectuels d’aujourd’hui par rapport à ceux d’hier, cher Alain, surtout au pays- Cameroun, Côte-d’Ivoire-Sénégal-Gabon, j’ai envie de pouffer de rire! Quels idiots!
Je m’étonne. Je m’étonne toujours, que quand on parle d’intellectuels africains, on ne cite pas Théophile Obenga. Est-ce le silence entendu des journalistes qui impose que son nom soit “banni” de la liste des Grands ?
stage37 - oui, le monde est une scène à laquelle beaucoup donnent la dimension qu’ils souhaitent…
Cher D.O.W.
Comme c’est souvent le cas des échanges humains, vous me permettrez de réagir sur un point de désaccord (alors même que je partage l’essentiel de l’avis que vous exprimez ici). Je prends ensemble deux de vos remarques. D’une part vous vous étonnez qu’à A. Mabanckou ait accepté de publier ce texte alors que, d’après vous, il est de ceux ‘’qui répondent généralement en une pirouette, que leur blog n’est pas une tribune politique‘’. D’autre part, vous estimez qu’un écrivain engagé, un peu comme l’a été Mongo Beti, a quelque chose de supérieur par rapport aux autres.
Pour commencer, je ne voudrais pas me poser en défenseur d’A. Mabanckou, car je risque de faire fort mal ce que, par ailleurs, il ne m’a pas demandé de faire. Je remarque tout simplement que ce que vous lui reprochez mérite au contraire d’être salué. J’ignore (et je doute) s’il refuse tout engagement, mais si c’était le cas, la publication du texte de C. Eboulé serait un signe d’ouverture d’esprit ainsi que d’écoute. Mais, plus important encore, je crois qu’il ne faut pas limiter l’engagement à son aspect directement politique et social. Pour ma part du moins, je considère que la qualité des réflexions qui nous sont proposées sur ce blog est une forme d’engagement de type culturel (je ne me prononce pas sur l’allure de certains commentaires...). L’écriture en est aussi une autre. Les romans de Mabanckou ou ses réflexions telles que cette Lettre à Jimmy que je trouve très stimulante ne sont (du moins je l’espère) perdus pour les intelligences africaines. Et comme je ne connais pas personnellement Mabanckou je ne sais pas s’il se consacre également à d’autre formes d’engagement, mais je trouve que l’on a là de quoi être fier. De manière générale, il n’est pas impossible de se tenir auprès de son pays (ou son continent) de manière discrète, sans faire beaucoup de bruit.
Pour ce qui est de la supériorité des écrivains engagés, je note que c’est votre conviction légitime et respectable. Pour ma part, j’ai tendance à privilégier la qualité et la profondeur littéraire qui fait qu’un texte a parfois une force imprévisible. Bien sûr une telle qualité n’est pas incompatible avec le fait de s’engager, mais je considère que l’engagement relève de l’usage de sa notoriété et je respecte la manière dont chacun gère (ou dépense !) sa célébrité. Pour tout dire, ça pèse peu dans le jugement que je porte sur un écrivain. C’est mon point de vue, je n’aurai pas la prétention d’en faire un principe valable pour tous.
Pour le reste (mais ceci n’est pas une réaction au post de D.O.W.), je crois qu’il n’est pas facile de juger sa propre génération. Il se peut que le vide déploré ici soit en partie (mais en partie seulement) dû un manque de recul vis-à-vis de notre époque.
Un mot pour Christian Eboulé : j’ai également beaucoup apprécié cet échange. J’espère que nous pourrons vous revoir souvent dans ce village où jamais votre crédit n’aura voyagé (c’est en tout cas mon souhait). Mais peut-être que vous êtes déjà parmi nous depuis longtemps, derrière un de ces pseudos si familiers !
Engagement… bof
Senghor et Césaire l’avaient compris : la conscience d’être nègre sans action n’est que ru
ine de la Négritude. D’où leur engagement politique et des actions culturelles menées pour montrer « ce que l’homme noir apporte au monde » (texte de Senghor). Ecrivain engagé ou pas, tout est question de sensibilité littéraire, d’époque et de contexte. Peut-on véritablement s’attendre à ce que des œuvres (celles d’aujourd’hui) s’adressant à un public occidental, et assujetties aux lois du marché puissent influer sur le cours de l’histoire ou des existences africaines ? Toutes les utopies sont belles. Je veux bien le croire. Dans le monde francophone, il me semble que la notoriété littéraire, et non l’œuvre en elle-même, a toujours donné la voix pour être « écouté » et agir. Sans doute est-ce le sens que devrait recouvrer l’engagement chez ceux des écrivains diasporiques qui représentent déjà des voix audibles. Mais comment un mouvement crédible, comparable à la Négritude, est-il envisageable lorsque ces «fameuses » voix communiquent essentiellement par l’Internet et se trouvent éparpillées dans le monde, avec des statuts professionnels et administratifs plus ou moins instables. Senghor, Césaire et les autres avaient ancré l’action de la Négritude à Paris avant de la transporter vers le reste du monde. La synergie dont on rêve aujourd’hui, qui répliquerait le dynamisme de la Négritude, me semble illusoire en raison de cet éparpillement. Nous sommes devenus une diaspora virtuelle. A Paris, elle était réelle et ne posait pas de revendication en s’abritant derrière des pseudonymes.
Richard Wright fut l’écrivain le plus engagé du monde noir. Son roman naturaliste Native Son en est un modèle artistique abouti. Mais le fait de vouloir introduire systématiquement du « politique » dans son œuvre a plus ou moins ruiné son art. Il reste que le choc que Un enfant du pays a provoqué aux Etats-Unis a irrémédiablement changé le regard qu’on portait sur l’Afro-Américain. Ce qui fait qu’une œuvre puisse avoir un impact, ce sont les réseaux par lesquels elle parvient au public. Césaire fut presque découvert par Breton.
Nous sommes dépendants de l’Occident et nous voulons avoir de la voix. On ne la donne guère aux subalternes. Il faut créer lentement et sérieusement des réseaux de réflexion et d’échange. Des lieux de rencontre, etc. Ensuite, les courageux se lanceront dans l’action.
Le lecteur que je suis crève d’ennui en lisant la littérature francophone d’Afrique d’aujourd’hui. Celle qui est écrite d’Afrique me paraît médiocre même s’il y a un certain souffle social, celle de la diaspora est plus proche du jeu du Bebop de Charlie Parker, elle est toute vouée à la recherche de la virtuosité. Quant à la substance, elle vient au second plan
Que ressentent les sans-papiers… les étudiants expulsés… les immigrés carbonisés dans des hôtels insalubres… les peuples ruinés d’Afrique… ceux qui fuient l’Afrique sur des embarcations de fortune ?.... autant de problèmes sociaux, politiques et existentiels qui peuvent faire le lit d’une épopée africaine moderne. De mon point de vue, la diaspora postcoloniale d’Afrique francophone attend toujours son grand écrivain.
Un bémol cependant à la critique, Fatou Dioum du Ventre de l’Atlantique a créé de l’espoir. Nous attendons la suite.
A yayo!!!!!!! Yandi zola ku bouka mabanckou tango niosso. Bon ya ba colère vé, Tuini ata yandi ké kudia na kati ya diboko na ngué, yandi ké lemba vé na ku sala makélélé na souka samu na ku vumbula gué. Beto, zola makélélé ya ba ndéké.
On dirait que quand ce D.O.W vient ici c’est pour attaquer Mabanckou !!! Il est qui, lui, le DOW ? Mabanckou a mis en ligne un texte de ce D.O.W ici, il faut dire merci parce que les autres blogs c’est la pagaille, et vous n’aimez que le Blog de Mabanckou ! Ce blog c’est vraiment un aimant ( un amant aussi). A la fin c’est qui le plus grand ? Eh bien, c’est Mabanckou ! Il est silencieux aux attaques, et il publie ceux qui ne l’aiment pas, QUELLE CLASSE !!!
Mon cher Tango,
pardonnez-moi si je vous réponds sans chausser de gants. L’Afrique est un sujet qui me tient trop à coeur, et dont je ne parle jamais en circonvolutions stylistiques, mais seulement de façon franche et directe. Alors, sur Mabanckou, je vous propose qu’on le laisse bien tranquille. Je n’ai pas très envie de lui faire porter à lui, ce qui est une responsabilité collective, ou lui faire incarner à lui tout seul, une attitude qui est bien celle de nombre de ses collègues et confrères. Et puisque vous écrivez: ”J’ignore (et je doute) s’il refuse tout engagement”, la seule chose à dire, avant de formuler une réponse générale à vos propos, c’est que ce dont j’ai fait état ici, concernant Mabanckou, ressortit de ce que lui-même m’a répondu personnellement sur ce blog. Nulle rumeur, ni a priori donc. Et pour tout à fait terminer sur lui, citant des fragments de son oeuvre, vous dites: ”je trouve que l’on a là de quoi être fier”. Mais je vous assure que je n’ai attendu personne, pour faire la part des mérites de Mabanckou. Je dis souvent autour de moi, que c’est peut-être le premier écrivain populaire de la modernité africaine, de ceux avec qui, hors même des circuits éducatifs, toute une génération apprend à lire. J’ai aussi fait remarquer, que même si je ne le tiens certainement pas pour une de nos meilleures plumes, toutefois, depuis que je vis en France et observe la télévision de ce pays, il est celui qui aura définitivement ouvert les médias d’ici à une littérature qui leur était invisible - la nôtre. Et je crois que l’histoire retiendra cela. Ce qui me différencie donc de vous, c’est que je ne vois pas seulement les raisons d’être fier. J’ai assez de libre-arbitre et, je pense, d’objectivité, pour voir également des raisons de ne pas être fier.
Et venons-y donc, sans faire nommément cas de Mabanckou. Vous dites: ”je crois qu’il ne faut pas limiter l’engagement à son aspect directement politique et social”, et vous parlez plus loin d’engagement culturel. Pardon de vous le dire, mais on a souvent entendu cet argument-là, qui sert bien des fois de couverture, et d’habile prétexte à tous ceux qui manquent de courage. Parce que reconnaissez, n’est-ce pas, que l’engagement social et politique réclame souvent de payer un peu plus de sa personne que ce que vous nommez “engagement culturel”. Beaucoup font comme une religion à Nelson Mandela, qu’ils tiennent pour un héros, quasiment un demi-dieu. Mais croyez-vous qu’ils auront le courage de reconnaître que Mandela n’est ce qu’il est, que parce qu’il n’aura pas craint une forme d’engagement qui demande de payer de sa personne? Le reconnaîtront-ils, cela? Mandela se serait limité à je ne sais quel engagement culturel, l’Afrique du Sud en serait encore à parquer des hommes dans des sous-conditions. C’est bien pour cela que récemment ici, j’expliquais qu’il y a des hommages faciles, gratuits. C’est bien d’admirer Mandela, Césaire. Mais admirer l’un et l’autre, c’est autre chose que le dire dans de beaux discours formels. Les admirer vraiment, c’est adhérer également à leur moyens d’actions, concrets ou moraux.
Vous prétendez par ailleurs, qu’”il n’est pas impossible de se tenir auprès de son pays (ou son continent) de manière discrète, sans faire beaucoup de bruit”. Mais n’est-ce pas bien dommage, cher ami, lorsque l’on est l’heureux hôte et propriétaire d’un lieu virtuel (je ne parle de personne en particulier), d’y partager tout, sauf précisément l’engagement pour son continent? Un blog ce serait bon pour l’engagement culturel, pour les liens promotionnels, les photos privées (on en trouve ailleurs, je vous assure), mais plus du tout pour “d’autres formes d’engagement”?
Je vous cite encore: ”Pour le reste (mais ceci n’est pas une réaction au post de D.O.W.), je crois qu’il n’est pas facile de juger sa propre génération. Il se peut que le vide déploré ici soit en partie (mais en partie seulement) dû un manque de recul vis-à-vis de notre époque”. Heureusement que vous vous empressez de dire “mais en partie seulement”. Parce que c’était parti pour ressembler encore très fort à un argument-prétexte tout ça. Mais enfin, chacun ses opinions.
Un mot pour finir, sur la “supériorité des écrivains engagés”. Vous dites: ”je considère que l’engagement relève de l’usage de sa notoriété et je respecte la manière dont chacun gère (ou dépense !) sa célébrité”. Un tel avis me surprend énormément. Si tant est que l’on s’accorde sur ce qu’est un écrivain engagé, alors il me semble que l’engagement ne relève que d’un choix philosophique, que beaucoup d’écrivains ne subordonnent pas à la notoriété. Il y a une forme d’engagement moral, dans le premier et seul roman de Yambo Ouologuem (à ce propos, j’ai oublié de faire remarquer à C. Eboulé que Yambo Ouologuem ne ”remet [pas] en cause les indépendances et la critique anticoloniale”. Il déplore ce que nous en avons fait, ce n’est pas pareil). Il y a incontestablement de l’engagement dans le premier roman d’Abdourahman Waberi. Si ce sont des premiers romans, aucune notoriété donc, ne les précède. Mongo Béti non plus, n’a pas attendu d’être célèbre pour s’engager, ce serait même plutôt son engagement qui aurait construit sa notoriété. Et il y en a d’autres.
Et pour le reste, je vous concède en effet, sur ce chapitre, que quand je juge un écrivain, je juge comme vous surtout ses qualités littéraires. Quand je parlais de supériorité, j’évoquais un jugement sur l’homme. Et l’écrivain n’est pas qu’écrivain, il est aussi citoyen de son temps. Et j’ajouterais que fort heureusement, les écrivains dont j’admire l’engagement, ont bien souvent aussi, un talent à la mesure de leur noblesse. C’est Calixte Beyala qui une fois, sur un stand de je ne sais quel salon du livre, et alors que je venais de l’apostropher sur ce thème, s’essayait à m’expliquer les vertus de “l’art pour l’art”. L’art pour l’art si vous voulez, mais l’art de Beyala (si une telle chose existe!), n’approchera jamais le talent de Mongo Béti.
A Camembert: ”Il est qui, lui, le DOW ?” Il n’est personne, et il n’ambitionne pas, pour lui-même, d’être autre chose que cela. Mabanckou n’aimera probablement pas certains des commentaires que je fais. Il n’aimera pas certains des reproches que je lui adresse. Mais au fond de lui, il sait que je suis intellectuellement honnête. Je ne suis pas de ceux qui viennent ici régler des comptes avec lui. Je ne le connais ni d’eve ni d’adam. Si je lui fait reproche de ceci ou de cela, c’est simplement parce qu’il est une de nos figures publiques, un des possibles porte-parole d’une génération et d’un continent. Ce qui est étonnant, c’est qu’on voit bien que depuis le temps que je fréquente ce lieu, j’ai émis d’autres critiques, à l’encontre d’Achille Mbembe par exemple, de Waberi, de Raharimanana, ou d’autres. Mais il n’y a jamais eu personne ou presque, pour prendre leur défense. Seulement, quand il s’agit de l’hôte des lieux.... Et de là alors, à ce que l’on parle de lèche-bottes...Mais ne soyons pas mauvaise langue.
Pourquoi Mabanckou devrait se sentir offensé et blessé parce que je hasarde une critique à visée intellectuelle sur un personnage public? N’est-ce pas exactement ce que fait Christian Eboulé dans cet article? Chacun d’entre vous ne se livre-t-il pas de temps à autre, à une critique circonstanciée de tel ou tel de nos personnages publics? Et lequel donc d’entre vous a été conduit au poteau pour cela? Je ne fais pas autre chose que C. Eboulé plus haut, si ce n’est citer en appui de mon discours, une réponse que m’avait faite A. Mabanckou. C’aurait pu être un autre. Et puis souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps, Mabanckou lui-même, évoquant quelque confrère, parlait de ”crottes de moineaux diarrhéiques” et de ”littérature constipée” (citant ici Tchak). Mabanckou n’a ce jour-là tué personne! Il a simplement dit ce qu’il pensait, sans méchanceté, mais avec sincérité et franchise. Et il a eu raison!
En tout cas, j’ai dit un jour à Alain Mabanckou qu’il ne fallait pas trop compter sur moi pour ne lui faire ici que des compliments. J’écris ce que je pense, et qui m’est dicté par le seul intérêt pour l’Afrique. Je l’écris librement et avec honnêteté. Libre à lui d’en faire ce qu’il veut. Il m’a déjà censuré, il peut encore le faire à loisir. L’espace est à lui. Et du reste j’ai déjà reconnu très explicitement, qu’effectivement ce blog a une meilleure notoriété, et une certaine tenue que n’ont pas les autres, et que cela explique très largement pourquoi j’y reviens souvent. Mais rassurez-vous, c’est sûr, je n’y reviendrai plus jamais, dès lors que l’on m’obligera à n’y faire que des révérences.
Cher Alain,
je vous remercie d´ avoir pris le temps de rEpondre A mon courriel. J´ aimerais cependant souligner que j´ ai envoyE mon texte au courriel suivant:
Puisque vous dites que vous ne l´ avez pas reCu - c´ est quand meme curieux, non? - , alors je vous renvoie au site “afriquechos.ch”. Mon texte y a EtE publiE il y a quelques jours; il a pour titre:
BONNET NEGRE, NOIR BONNET ET NORME CUTANEE
Vous pouvez le copier et le soumettre au crible de la raison critique, constructive et objective des Villageois.
Je suis ouvert a la discussion - au sens socratique du terme.
Encore une fois merci et au plaisir
Mathey
Mathias Victorien Ntep
Francfort/Main, Allemagne
L’attitude de D.O.W me semble être une attitude honnête qui mérite non seulement qu’on la respecte mais surtout qu’on y médite là dessus. Je ne dis pas que je partage toutes les idées de D.O.W, mais à la vérité il faut reconnaître qu’en Afrique à force de vouloir à tout prix uniformiser les idées et les modes de pensée, nous avons bloqué les mouvements nécessaires qui puissent permettre à une société de trouver une certaine mobilité dans le temps et dans l’espace. Quand on parle, par exemple de Senghor et Césaire qui ont eu le génie formidable de susciter la Négritude et la mettre en marche, il ne suffit pas de les admirer de manière assez béate comme de cabris éméchés. Au contraire, pour être dignes des œuvres qu’ils ont accompli, il faut au delà de toute considération réfléchir et approfondire leurs réflexions en essayant de placer leur engagements dans le contexte historique de leur époque, mais aussi en trouvant dans la mobilité du temps une autre approche de leur philosophie qui cadre avec les préoccupations de notre époque. Tant qu’on sera dans cette logique de Fan Club, au lieu d’avoir une vision prospective, nous allons toujours stagner et répéter les mêmes choses : litanies de mots ! Que peux, par exemple la Négritude, dans ce monde actuel où les enjeux ont changé, où les défis sont immenses, et où particulièrement en Afrique nous avons une économie à bâtir, un destin commun à forger, des Etats à redresser, des structures sociales à refonder, des mentalités à reformater ? On ne peut continuer toujours à nous adresser à l’autre, les larmes dans les yeux, pour revendiquer notre part d’humanité, pour exiger une place dans ce monde ? A force de nous comparer, parfois assez naïvement à l’autre, nous avons fini par oublier que le travail n’est pas forcement à l’extérieur de nous, il est plutôt en nous et exige surtout qu’on affronte nos réalités. La culture, s’il est vrai qu’elle représente la part de l’homme dans cet univers de diversité, il faut admettre qu’elle ne se revendique pas. Elle se montre, elle doit forcement se faire découvrir. Elle doit se manifester grâce à la production, au génie de l’homme, à sa capacité à ne pas seulement être simple passager sur terre mais plutôt à son opiniâtreté à marquer de ses traces une portion de l’existence humaine. Nous avons en Afrique de jeunes gens qui créent, de jeunes gens qui inventent, de jeunes gens qui se battent et qui créent leur voies dans tous les domaines d’expression de l’homme, à savoir la science, la littérature, la sculpture, la peinture, le sport…C’est cela pour moi la vraie humanité du noir : elle n’est pas dans le revendication, mais dans sa forme la plus expression à savoir la production du savoir, de l’art, de la science. Peut être que cela se fait ici ou là de manière assez timide, peut être que cela n’est pas encore mieux perçu par le monde, peut être aussi que nous avons du mal à nous faire accepter, à nous faire voir et porter la voix de nos peuples, mais je crois qu’il est de notre devoir de persévérer sur cette voie, de continuer à tracer les sillons, à ouvrir des sentiers….Et surtout, même dans les moments les plus difficiles, nous devons malgré cette absence de visibilité nous approprier à nos héros, nos icônes, nos porte paroles. Et malheureusement c’est cela notre malheur : en Afrique les artistes et les intellectuels sont si peu entendu. Voilà pourquoi il y en a qui se désengagent d’elle. Quant à ceux qui fustigent le manque d’engagement de Mabanckou qu’ils s’évertuent à lire du Verre Cassé, des Petits Fils Nègres de Vercingétorix. ..Ils trouveront, dans une forme discrète et pourtant bien aboutie, une Afrique que nous fait vivre Alain avec sa manière à lui de nous faire rire pour gagner non seulement nos cœurs, mais aussi, trouver dans la mobilité de l’espace, d’autres cœurs venant d’ ailleurs. Et ce n’est pas là l’art pour l’art, c’est un élargissement de la conscience, un approfondissement de soi qui va au delà de soi pour toucher et réunir ceux d’ici et ceux d’ailleurs. Je crois pour ma part que la place de l’écrivain doit être là, au milieu, pour mieux capter les appels venant de toute part.
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