Réponse à ce que Tierno Monénembo m’écrivait en 2006…

Posté dans: Général | Par Alain Mabanckou  | le 11 Nov 2008 à 6h37 | Lu 2278 fois

Le 17 novembre 2006 - une dizaine de jours après le prix Renaudot qui me fut attribué -, Tierno Monénembo, avec la verve et l’humour qui le distinguent, m’écrivait alors les lignes qui suivent pour me féliciter :

Mon cher “Congo...lois” (ainsi se désignait notre bon vieux Thicaya U’ Tamsi),

J’ai attendu exprès que l’évènement refroidisse et que la tonalité des applaudissements baisse afin que ma voix te parvienne, claire et distincte ! FE- LI- CI- TA- TI- ONS ! C’est du bon boulot, c’est une récompense méritée ! C’est une excellente chose et pas seulement pour toi ! Le succès est pour nous tous !

Après Yambo Ouologuem et Ahmadou Kourouma, tu viens mais alors sacrément d’honorer la tribu ; de doper aussi, j’en suis sûr, la jeune faune à plume de “chez- nous- pays- là” qui en a bien besoin !

“ Allah n’est pas obligé” a sorti la littérature africaine du rayon des curiosités exotiques. “ Mémoires de porc- épic” l’aidera, j’en suis sûr à jouer dans la cour des grands.
Tu jouis dorénavant d’un rare privilège : la consécration à un âge où la plupart des “écrivants” peaufinent leur premier manuscrit.
Allez, un an de minettes, de champagne et de ndombolo ! Et ensuite, tu auras le loisir de penser à une oeuvre forte et durable : c’est- à- dire originale ( elle l’est déjà), profonde et sans concession. Loin des flonflons et du cruel coude-à- coude parisien ! C’est tout le mal que je te souhaite, fiston.

Tierno Monénembo

PS : Je comprends enfin pourquoi le Congo est si prédisposé à irriguer notre littérature : il est le coeur du continent et pas seulement pour de vulgaires raisons de géographie.

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Cher Tierno, Cher Aîné,

Je me permets à mon tour de te féliciter pour cette distinction qui couronne une œuvre injustement méconnue du grand public français – ne dit-on pas d’ailleurs que le prix Renaudot, à la différence du Goncourt, est un prix qui « répare », qui « rétablit » les choses ?

A l’heure où la France va enfin découvrir ton oeuvre qui court sur trois décennies, je t’imagine en train de suivre les événements avec un regard désabusé. Tu penses à tes amis qui ne sont plus là : Sony Labou Tansi, Tchicaya U’Tamsi – mais aussi à tes compatriotes Williams Sassine et Camara Laye qui a bercé notre jeunesse avec son magistral Enfant noir

Tu penses à la Guinée, ta terre natale. Mais ta voix n’est plus une voix nationale, elle traverse les frontières, résonne au-delà de l’horizon, prolonge la symphonie universelle de cette littérature ouverte au monde que nous ne cessons d’appeler de nos vœux… Et lorsque j’entends monter l’écho de cette tonalité peule, moi que tu as souvent surnommé « Le Bantou errant », je fredonne un air de mon enfance, un air de ma mère, et je me rends compte que nous avons en commun la terre rouge, la mobilité, et surtout l’incertitude de ce dont demain sera fait. C’est peut-être là que réside le fondement de notre démarche de créateurs.

Allez, un peu de vin de palme et un peu d’attiéké pour célébrer cette “histoire-là” !

Alain Mabanckou (Le Bantou errant !).

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