Rwanda, ce génocide qui nous mine la conscience
Posté dans: Événements | Par Alain Mabanckou | le 01 Aoû 2008 à 7h49 | Lu 2160 fois
Extraits de l’Allocution que nous avons prononcée le 25 juillet à Kigali lors de la clôture du colloque ”Génocide des Tutsi au Rwanda et la reconstruction des savoirs”
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Je suis venu au monde après les indépendances. Je pouvais jadis en vouloir à mes parents. Je pouvais blâmer les complicités des miens avec les colons. Je pouvais houspiller les dirigeants africains installés au pouvoir par les puissances étrangères. Je pouvais crier haro sur les dictateurs et autres présidents à vie qui réduisaient leurs populations en marionnettes des champs de maïs. Je pouvais… Je pouvais… Je pouvais…
Mais voilà que mon sort est désormais lié à celui d’une génération d’écrivains dont la plume a vu le jour avec le génocide des Tutsi au Rwanda. En 1994, mon problème n’était pas alors de savoir comment écrire après ce génocide mais comment écrire pendant cette barbarie qui endeuillait le pays des Milles Collines pratiquement quelques mois avant la publication de mon premier livre, Au jour le jour, un recueil de poèmes qui ne fut lu que par quelques uns de mes amis…
Au fond, je pourrais cesser d’écrire, mais je ne pourrais cesser d’être un être humain. L’action de l’écrivain est vaine lorsqu’elle se réduit aux déclarations incantatoires dans ses livres. On ne nous juge pas par l’enthousiasme de notre indignation mais par la réalité de nos actes.
En ce sens, il y a donc eu la faillite des écrivains. De tous les écrivains. Nous essayons de réduire autant que faire se peut les conséquences de ce redressement judiciaire moral, non pas avec les juges d’ici-bas – parce que nous ne croyons plus en leur justice - , mais avec la justice impitoyable de ces yeux qui nous regardent dans l’ombre, de ces cris qui s’élèvent depuis les crêtes des collines de Bisesero où des Résistants tutsi répoussèrent avec bravoure les bourreaux malgré leur infériorité numérique. Le comble de l’histoire c’est qu’ils sont aujourd’hui abandonnés à leur sort, et il faut de l’endurance et de la détermination pour arriver jusqu’à ce lieu saint enclavé…
Les écrivains ont été leurrés par les « mensonges » et les « pestilences » de l’Europe qui a orchestré bien longtemps ce génocide – outre l’idéologie de la suprématie inculquée aux autochtones par l’Occident, la Belgique institua au Rwanda « la carte d’identité » avec mention obligatoire de l’ethnie tandis que la France assura un entrainement militaire aux hommes du régime hutu d’Habyarimana, ceux-là qui allaient massacrer les tutsi devant l’indifférence totale de la communauté internationale…
Que peut l’écriture ? Les rescapés d’un génocide préfèrent un livre avec des pages blanches parce qu’ils savent que ce qu’ils ont subi ne pourrait se traduire par les mots des tiers. Ils savent aussi que c’est par une “certaine littérature” que les génocides se préparent. Ils savent enfin que ce sont les tiers qui travestissent l’ampleur du désastre lorsqu’ils recueillent leurs propos – parfois à coup d’insistance – pour le plaisir d’un certain lectorat friand de suspens et des descriptions les plus funestes. Beaucoup de ces tiers ont “eu un nom” d’écrivain, voire un succès, ils sont connus pendant que les rescapés vivent dans l’ombre et les victimes regroupées en un chiffre réalisé en un temps record : plus d’un million de morts… en 90 jours !
Quatorze années après ce génocide des Tutsi au Rwanda, l’écrivain d’Afrique noire francophone n’est donc certainement pas encore en mesure de cerner ce que les sociétés africaines attendent de lui.
En réalité nous assistons à une recomposition du statut de l’écrivain et de sa perception dans nos sociétés. Cet écrivain sait désormais que son rôle dans la reconstruction des savoirs, dans la pérennité de la mémoire est plus que jamais murmuré sur toutes les lèvres.
On lui demande donc de s’exprimer, de dénoncer. C’est une commande sociale. Et s’il ne l’exécute pas – ou si l’on croit qu’il ne l’a pas exécutée, c’est sa création qui se trouve mise en cause.
Des livres de recherches s’écrivent de plus en plus sur le sujet. Les partisans du “double génocide” travaillent afin de nous démontrer qu’il ne s’agissait pas d’un génocide, mais d’une guerre ethnique ou qu’il s’agissait d’un génocide de part et d’autre… Tout laisse à penser que la fiction empruntera ces sentes fangeuses. Il se développera alors une littérature “fictionnelle” . L’intention est bonne, louable et respectable. Par recoupements des témoignages des rescapés ou par l’observation des conséquences du génocide par l’écrivain, celui-ci mettra en place un univers. Il fera parler des personnages. Il nous les présentera dans leur intimité, dans leurs secrets, tout cela avec le pouvoir de son art…
Une oeuvre de fiction véhicule un discours, et ce discours est l’image que se fait l’auteur du monde, l’image qu’il voudrait projeter aux yeux du lecteur. Il n’y a pas de littérature neutre… Chaque écrivain est par voie de conséquence un engagé – voire un enragé. En célébrant la vie il s’engage dans son époque. En remuant la passé il s’engage dans son époque. En écoutant le murmure de l’autre monde, il s’engage dans son époque.
C’est aux chercheurs de démêler ce discours, de le déconstruire, de voir dans quelle mesure nous fournissons – parfois inconsciemment – des ingrédients aux négationnistes, aux partisans de la réécriture de l’Histoire. Ils attendent de telles fictions. Et ils applaudiront longuement si “l’auteur négationniste” est Rwandais…
Il faudra ainsi s’attendre à la naissance de ce que James Baldwin appellait à son époque « la littérature de protestation », une littérature qui banalisera l’horreur, alignera les « bonnes intentions », ces intentions affectées qui sont aussi nocives que la haine du bourreau lorsqu’il lève sa machette, les yeux grandement ouverts, pour couper le souffle à son semblable. Ces œuvres installeront une normalité de l’extermination, elles nous annonceront que le bourreau n’est pas un monstre et que le rescapé exagère toujours la réalité des faits…
Ces romans de “protestation” seront alors perçus par beaucoup comme un apport des écrivains, dans leur globalité, à la reconstruction des savoirs alors même que leur but est de brouiller les cartes, d’agiter les nuages afin de recouvrir d’un voile opaque la clarté de la Vérité…
Heureusement qu’il restera aux rescapés tutsi ces paroles intemporelles du Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire :
Que de sang dans ma mémoire !
Dans ma mémoire sont des lagunes. Elles sont couvertes de têtes de morts. Elles ne sont pas couvertes de nénuphars.
Dans ma mémoire sont des lagunes.
Sur leurs rives ne sont pas étendus des pagnes de femmes.
Ma mémoire est entourée de sang. Ma mémoire a sa ceinture de cadavres !
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Photo ci-dessus : Avec les rescapés tutsi de Bisesero, le lieu de la Résistance des tutsi. (image de Charlotte Lacoste)

(59) Commentaires
Bonjour Alain,
Merci de nous transmettre ce texte très intéressant.
De nombreuses oeuvres de fiction ont déjà vu le jour sur le thème de ce génocide dans l’espace littéraire de l’Afrique noire francophone par le biais de résidence d’auteurs (sous l’impulsion de Nocky Djedanoum animateur du salon du livre africain Fest’Africa de Lille). Les rwandais s’investissent de plus en plus dans ce travail de mémoire où l’engouement des auteurs africains semblent s’estomper ces dernières. J’espère être contredit.
Mais, il me semble que tu as toujours clamé une certaine liberté de ton pour l’écrivain que tu es. Vu sous cet angle, n’as-tu pas l’impression de te sentir prisonnier d’un tel sujet? Enfin j’ai toujours cru comprendre que l’idée d’être porte-parole d’une quelconque cause ou engagement politique te gênait…
@+
Cher Gangoueus,
Merci pour ton mot.
La liberté de ton c’est aussi de traiter de tous les sujets, mais sans qu’on nous force de les traiter. Rassure-toi, j’ai horreur des porte-paroles. Chacun doit donner sa vision du monde.
Bien à toi,
A
Bonjour,
Bravo pour votre initiative. Le génocide des Tutsi doit être raconté, et raconté encore.
Kagatama
http://kagatama.blogspot.com/
Je m’étonne. Je m’étonne d’entendre dans mon entourage l’insistance pour employer le terme de génocide rwandais et de lire ici génocide tutsi. Peut-on ainsi sortir des meurtrissures pour aller de l’avant ? La paix à construire dans cette région est si difficile et subtile…
Et quoi ? Ce sorcier d’anti-spam m’affirme money13 !…
Mère Evé,
Les négationistes utilisent beaucoup le terme ”génocide rwandais” afin d’insinuer l’idée d’un “double génocide” - les Rwandais se seraient livrés à une guerre ethnique dans laquelle tout le monde aurait tué tout le monde…
La formule ”génocide des Tutsi” rétablit la réalité des faits : le gouvernement d’Habyarimana et les hutus extrémistes avaient planifié, institutionnalisé, orchestré l’extermination pure et simple d’un groupe de population, les Tutsi.
C’est dans le but de rétablir cette vérité qu’au Rwanda on parle clairement de génocide des Tutsi et non de “génocide rwandais”. Cette dernière formulation ne veut rien dire, sinon banaliser les faits et dissiper les responsabilités.
Bien à toi
Mon Alain MABANCKOU,
Je suis un lecteur assidu de votre blog que j’apprécie particulièrement et c’est ici l’occasion pour moi de vous rendre hommages pour tout ce que vous partagez avec nous dessus.
Mais si je vous écris aujourd’hui, c’est uniquement pour vous demander: Pourquoi l’article sur le livre “DU RACISME FRANCAIS” de Odile TOBNER (veuve de Mongo Beti) publié par vous la semaine dernière sur votre blog n’y est resté que l’espace de quelques heures ou un jour tout au plus et puis a soudainement, discrètement disparu le lendemain? Quelles sont les raisons qui ont conduit à ce brusque et brutal retrait de cet important article? Dois-je comprendre par cette coupure que LA CENSURE vous aurait à votre tour rattrapé pour ainsi subtilement s’incruster sur votre blog? S’il vous plaît, Monsieur MABANCKOU, veuillez nous remetre cet article tel que vous l’aviez rédigé. Merci.
Bien à vous
J’ai écrit “Mon Alain MABANCKOU” à la place de “Monsieur Alain MABANCKOU”.
Veuillez m’excuser de cette erreur d’inattention. Merci
Chère Liberté d’Expression,
Je ne vois pas de quoi vous parlez ! L’article en question se trouve sur le Blog dans la rubrique “Notes populaires”, à droite de votre écran, et c’est l’article le plus populaire de ce Blog. Il n’a pas été publié hier ou avant-hier, il est là depuis des mois !!!
Bien à vous
Ah non, Alain, ce n’est pas de cette acception de “tout le monde a tué tout le monde” ou de négationnisme que j’entends “génocide rwandais”, mais dans le fait que ce ne sont pas que les Tutsi qui ont été massacrés, n’oublions pas des Hutu modérés qui s’opposaient au crime. Employer la distinction ethnique me semble au contraire discriminant alors qu’aujour’hui la guerre des Grands Lacs a fait autant de morts et que ça continue. On ne parle pas des 5 millions de disparus en RDC, des Rwandais qui pillent le diamant et autres ressources.
Justement, ne pas banaliser, ne pas oublier, surtout, ne pas avoir une mémoire sélective !
et le sorcier d’anti-spam, dont je ne doute plus des pouvoirs, déclare : number26
Cher Alain MABANCKOU,
Merci pour votre mise au point, j’ai retrouvé l’article.
Toutes les bonnes choses à vous!
A bientôt.
Alain,
Il est difficile de réagir devant un sujet aussi grave. Si le génocide tutsi est une évidence, il me semble que c’est aussi faire offence à la mémoire des hutus qui au péril de leur vie sauvèrent des tutsis dans la nuit de cristale rwandaise. Il faut aussi rendre justice à tous les hutus morts pour avoir refusé de légitimer cette ponction organisée. Ils méritent d’être cités pour que notre humanité tire les leçons pour demain à l’interstice de cette plaie supurante.
Je n’ai pas l’ensemble de ton propos, mais vu d’ici, à travers cet extrait, tout peut paraît manichéen et relever d’un parti pris délibéré. Les tutsis d’un côté, les génocidaires de l’autre.
Bien sûr il ne s’agit pas de nier le génocide, il s’agit plutôt d’en souligner la gravité tout en restant assez lucide devant le brin de Lumière découlant de la manière indéfectible de camper leur humanité par ces hutus qui sauvèrent des tutsis. Il en existe !
Je me trompe peut-être.
Walaï-faforo ! Guenon-là, je ne sais pas si sa maman lui a fait baucoup de causeries ou pas, mais il ne sait pas respecter les mamans des autres, waï. Il recommence encore insulter nos mamans-là. Voici ce qu’il écrit sur le site du journal le monde : “L’homme africain est entré dans l’histoire et dans le monde, mais pas assez. Pourquoi le nier ?
Ce discours ne s’adressait pas aux élites installées, aux notables de l’Afrique. Mais à sa jeunesse qui s’apprête à féconder l’avenir. Et il lui dit : “Vous êtes les héritiers des plus vieilles traditions africaines et vous êtes les héritiers de tout ce que l’Occident a déposé dans le coeur et dans l’âme de l’Afrique”, la liberté, la justice, la démocratie, l’égalité vous appartiennent aussi.
L’Afrique n’est pas en dehors du monde. D’elle aussi, il dépend que le monde de demain soit meilleur. Mais l’engagement de l’Afrique dans le monde a besoin d’une volonté africaine, car “la réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes”. Cessons de ressasser le passé et tournons-nous ensemble vers l’avenir. Cet avenir a un nom : l’Eurafrique, et l’Union pour la Méditerranée en est la première étape. Voilà ce que le président de la République a dit en substance à Dakar.”
Il faut voir comme, il appelle au secour Mounnier, Braudel, Levi-Strauss,…
Tout y passe. Il veut sauver son discours de Dakar. Walaï-faforo ! le papa-là au lieu de dire qu’il s’est trompé, il persiste et signe.
Voici maintenant qu’il nous sort que le discours ne s’adressait pas aux élites africaines mais à la jeunesse. Walaï-faforo c’est pas fini palabre-là.
Bon, ce genocide a happé mon attention. Je ne sais pkoi. En 1994 je me souvient de vague images glanées fortuitement a la tele. Mais je fuyais toutes formes d’informations.
Plus tard, j’ai fuis ‘Une saison de machette’ que mon entourage a l’époque me mis devant les yeux. J’ai oublié l’auteur. J’ai retenu qu’il avait logé ds le passé pour y extraire les racines de ce genocide. Le pkoi du comment. C’est surement tres instructif. Peut etre me lancerais je un jour.
Mais là, j’avais tout simplement peur. Peur d’y lire, d’y retrouver la folie, la fureur de l’hom, mon frere, et de m’y engluer.
Puis bizarrement, le destin remis sur ma route ce genocide. Le film “Hotel rwanda”. La gifflasse com on dit chez moi.
Puis mu par la curiosité (morbide?) le desir de comprendre, j’ai lu “genocidé” d’un rescapé tutsi. RE la bonne gifflasse. Cà m’a carrement secoué, bien même. Correctement.
Ca ne fait pas d emoi un expert. oh ce labsus ! pas de moi un expert…
je ne pretend pas expliquer ce genocide…
C’est foutrement complexe. De ce que j’ai pu extraire, les racines du genocide remontent ds le passé. Plusieur evenements se sont succede au pays des milles collines, construisant cet echafaudage morbide. Un echafaud au final.
Une machinerie diabolique et meurtriere marchant au combustible le plus rependu sur terre, la folie humaine. Les tensions ethniques entre Utu et Tutsis, que l’on retrouve entre d’autre grpes ethniq(jusque là rien d’extraordinaire), hatisées par l’ingerence coloniale, se materialiserent en un brasier fratricide. L’accident d’helico ou attentat du president en 1994 mit le feu au poudre.
Tout les ingredients pour creer un genocide en regle, etaient presents.
Tensions inter ethniq, manipulations iniques et inetressées exterieures, lavage de cerveau des masses par les media (une radio a l’epoq), le combustible si fissiles qu’est la passion de l’âme humaine...Et à mon avis en premier ce peché capital de premiere importance, l’envie
mais com le releve l’article, ai je eu les bonnes infos ? Mefions nous de ces destructureurs de la verité. Pourvu qu’il y ait des historiens integres…
A defaut ce sera a chacun s’il le desire d’approcher la verité par dichotomie en ecoutant differentes versions. Pask à chaud , soi meme victime ou ayant perdu des proches au Rwanda, comment etre impartial, c’est impossible. Comment chercher les raisons, les circonstances attenuantes, aveuglés par la souffrance par la colère? Comment pardonner l’impardonable?
MOSCOU (AFP) - L’écrivain russe Alexandre Soljenitsyne, 89 ans, grande figure de la dissidence en URSS et auteur de romans monumentaux sur les camps soviétiques tels “L’Archipel du Goulag”, est décédé dans la nuit de dimanche à lundi à son domicile à Moscou.
Le prix Nobel de littérature est décédé “à la suite d’une insuffisance cardiaque aigue” dimanche à 23H45 heure de Moscou, a déclaré son fils Stepan, cité par l’agence de presse Itar-Tass.
L’écrivain, très affaibli depuis plusieurs années, n’apparaissait plus que rarement en public. Des images télévisées le montraient alors recevant des hôtes dans sa maison de Troïtse-Lykovo, au nord-ouest de Moscou, en fauteuil roulant.
Génocide des Tutsi au lieu de génocide rwandais j’adhère. Est-il exact que les termes hutu et tutsi sont l’oeuvre des belges?
BK Kadafou a encore frappé il demande des compensations financières pour la colonisation. Qui va suivre Gbagbo?
Il me semble que le génocide ne concernait que les Tutsi, en ce sens qu’ils étaient les seuls dont la disparition était programmée, qu’on devait éliminer parce qu’ils étaient des Tutsi. Beaucoup de Hutu ont été tués, mais les Hutus n’avaient pas programmé d’exterminer les Hutus. Pas plus qu’Hitler n’avait programmé d’exterminer les allemands aryens, même si au cours de la folie qu’il avait déclenchée, des millions d’Allemands ont été tués, dont beaucoup par les Nazis eux-mêmes, victimes de leurs positions modérées, de leurs efforts à protéger des Juifs. Les massacres n’ont pas concerné que les Tutsis (et il y a eu des Hutu tués par des Tutsi, ne serait-ce que par l’armée des rebelles qui était, elle, en guerre pour sauver les siens mais aussi pour prendre le pouvoir). Mais les Hutus n’ont pas été au coeur du désir d’extermination de qui que ce soit au cours de cette année-là. Dire génocide rwandais, ce serait franchement brouiller les cartes. Cela aurait eu un sens si les génocidaires avaient été des groupes extérieurs au Rwanda et qu’ils avaient tenté de tuer tous les Rwandais. Or c’est à l’intérieur du Rwandais que le pouvoir dominé par les Hutu avait programmé l’extermination des Tutsi. Nos pensées à toutes les victimes cependant, femmes, hommes, enfants hutus et tutsi.
Kadafou sait de quoi il parle. Walaï-faforo qu’il pousse la logique jusqu’au bout en demandant la réparation pour les ogonis, les biafrais, les congolais qui eurent la main coupé par les belges, les victimes du chemin de fer congo-océan,…
Qu’il accepte que le TPI arrête les délinquants séniles qui massacrent les populations africaines pour manger le caviar et boire le champagne.
Le manichéisme n’est pas à la mode de nos jours. Mais sans crainte de nager une fois de plus à contre-courant, je dirai qu’en cas de génocide, bien sûr qu’il y a lieu d’être manichéen, et que toute autre position est coupable. Ce qui n’empêche pas de rester clairvoyant et nuancé. Il ne s’agit pas d’opposer les « gentils » Tutsi aux « méchants » Hutu ; il s’agit simplement de dire qu’un génocide a eu lieu, et que les Tutsi, et eux seuls, en étaient la cible.
Vous avez tout à fait raison de rendre justice aux Hutu modérés qui ne soutenaient pas la politique du gouvernement génocidaire, voire qui s’y opposèrent. Et c’est vrai que malgré la difficulté que cela pouvait représenter de cacher un Tutsi, il s’est trouvé des Justes parmi les Hutu ; il y en eut même un certain nombre – beaucoup de rescapés Tutsi en témoignent. Lorsqu’ils étaient découverts, les généreux protecteurs ont souvent eu à le payer de leur vie.
Pour autant, comme le précise Yahoo avec justesse, il n’y a pas eu de génocide des Hutu, ni même des Hutu modérés, mais bien un génocide des seuls Tutsi. Beaucoup d’opposants politiques sont morts dans les camps de concentration nazis, mais ils n’ont pas été « génocidés » ; seuls les Juifs et les Tziganes ont été victimes de « génocide » de la part des nazis.
Il est également vrai que le FPR, pour mettre fin au génocide, a repris le pays par les armes. Non pour commettre un génocide toutefois, mais pour mener une guerre aux génocidaires. Un génocide est sans commune mesure avec une guerre. Personne n’irait dire que pendant la Seconde Guerre mondiale, les Alliés ont commis un « génocide » sur le peuple allemand, quel que soit le nombre de morts à Dresde et à Berlin.
Une précision d’importance : dire que seuls les Tutsi ont été victimes d’un génocide ne revient pas à entériner la distinction « Hutu »/« Tutsi », encore moins à vouloir la pérenniser. Aucun ethnologue vivant ne considère aujourd’hui que les catégories « Hutu », « Tutsi » et « Twa » ne correspondent à des « ethnies ». Cette division, d’origine essentiellement sociale, existait avant l’arrivée des colons, mais ceux-ci l’ont instrumentalisée politiquement en instaurant des cartes d’identité à ethnies en 1931. Un des problèmes actuels, c’est justement de passer outre cette distinction infondée qui s’est ancrée dans la mémoire des Rwandais pour avoir été viscéralement vécue pendant des décennies d’endoctrinement et de massacres. Ce qui n’empêche qu’elle est, et demeure, en tant que distinction « ethnique », une fantasmagorie.
Walaï-faforo ! Mabanckou-là je vais finir par aimer la littérature enragée ou énervée-là ! Façon toi tu parles-là c’est façon que moi j’aime walaï-faforo !
Je suis d’avis qu’il n’y a pas d’hésitation à avoir en cas de génocide, il faut “génocider” les génocidaires comme les alliers le firent avec les nazis. Mais va voir soigner cette plaie en enseignant aux enfants tutsi qu’il y eut des hutus courageux, des justes qui ont sauvé des vies humaines. La plaie est encore là, béante, bien saignante et la douleur sourd encore. Elle tire avec la même force que ce mal que les pygmées des côtes congolaises appelle “reveile toi on va causer”. C’est quelque chose comme le panari. Walaï-faforo, y a pas de riz dedans, ni d’atéké ! C’est tout en douleur profonde ! Avec le génocide tutsi,tous nous avons eu mal à notre humanité. La grosse question c’est comment être hutu après tout ça ?
Alain,
la rage dont tu parles, elle fut celle de Ken ou de Anikulapo Kuti. Qui se souvient encore des coups de gueule de Kuti contre le FMI ?
Je pense que cette littérature enragée pour qu’elle soit opérante, elle doit se traduire en actes qui changent le quotidien des populations africaines. J’en veux pour exemple, des procès qui seraient intentés contre les didacteurs africains, comme on l’a fait pour les génocidaires. J’ai été étonné de voir que dans certains procès qui engageaient l’avenir des africains aucune association africaine ne se soit constituée partie civile. Faut-il croire qu’il n’y a pas de blacks juristes, avocats chevronnés capabes de croiser le fer avec les papys flingueurs-là ou quoi ?
Cissako montre le chemin, qu’attendent les africains pour instruire le procès du génocide qui se produit hic et nunc en Afrique avec la spoliation des ressources naturelles. La disparition de l’eau potable, des écoles, des routes, de l’électrcité,… dans certains pays,
BK les sénagalais veulent 17 milliards pour juger Habré. C’est du vol légalisé! A ce prix mieux vaut demander à la justice tchadienne de le juger comme elle sait si bien le faire.
On aurait du le confier aux zambiens, ils semblent avoir moins d’état d’âme pour juger les ex président et les ex première dames.
BK tu voudrais pas quand même qu’ils demandent à lui seul à la France de payer pour les actes de barbarie commis au non de la civilisation. Je veux voir si son exemple va faire tâche d’huile au Sénégal. En tout cas l’Italie compte verser 3 milliards.
BK pour repondre à Sarko et son équipe, il fallait leur offir l’ouvrage Histoire générale de l’Afrique pour approfondir leur connaissance.
Je ne sais pas si sincèremet la littérature engagée interesse encore la jeunesse africaine. A force de vivre dans la pauvreté, la corruption, le clientélisme, et etc l’habitude s’est installée. Je ne vois personne lire ce qu’il sait déjà. Les gérontosaures ont gagné ils ont anesthésiés les peuples.
Ngnagna, walaï-faforo ce n’est pas assez cher. Combien a coûté Nuremberg ? Le Sénégal a un peuple très intelligent. Les Sénégalais ont compris que cette affaire pouvait rapporter gros, ils y vont tête baissée. S’ils pouvaient avoir d’autres dictateurs sous la main tu vois le pactole qu’ils se feraient ?
La France ne paie rien du tout. Elle fait payer les africains par l’intermédiaire d’Elf. As-tu déjà compté les beaftons que elf rapporte à la France ?
Qui t’a dit que la France a commis la barbarie, c’était une joyeuse colonie de vacances. Et puis soit gentil tu ne peux pas dire que la position du missionnaire qui a permis à nos parents de prendre leur pieds en nous donnant la vie était une mauvaise chose hein ! Enfin je te concède que cette position devient un peu monotone à la fin.
Moi je préfère gober l’huitre féminin. J’ai vérifié, ça n’existe pas dans le kamasutra. Walaï-faforo !
Désolé Ngnagna,
Pour l’huitre, il faut mettre du miel ou du citron selon! Avec le miel ça glisse bien. Elles disent que ça donne le frisson.
Walaï-faforo ! il faut juger les dictateurs peut importe ce que ça peut coûter à l’Afrique. Les pygmées-là, comme dirit papa Kourouma ont besoin qu’on leur lave la tête pour entrer dans l’histoire du primate fondamental de la rupture-là !
Ngnagna ,
si henri guenon-là remet ça c’est parce qu’il se sent en insécurité intellectuelle devant la riposte des intellectuels africains face à ses inepties, son plagiat et son racisme. Le fait qu’il insiste sur le racisme en allant chercher le soutien de Levi-Strauss, Cheik Anta, Braudel,… en dit long. C’est un homme malheureux et aux abois, prisonnier de son orgueil, imbu de lui-même, petitement humain et incapable de se remettre en cause. Il est trop amoureux de lui-même pour dire, je me suis trompé.
BK on dirait que tu es sur le point de réecrire le Kamasutra. Je veux voir les illustrations!
Qui t’a dit que la France a commis la barbarie, t’as raison en fait les colons ont plutôt traumatisés parce qu’ils ont été mal compris et déçus. As tu idée de la souffrance qu’ils ont pu enduré?
As-tu déjà compté les beaftons que elf rapporte à la France ? tu crois que ça passe ce qui est aspiré par le Paris Mutuel Urbain?
Merci Alain…
KIGALI (AFP), 5 AOUT 2008 -
Le Rwanda a une nouvelle fois accusé la France d’avoir activement “participé” à l’exécution du génocide de 1994, laissant entendre pour la première fois la possibilité de poursuites judiciaires contre d’anciens dirigeants politiques et responsables militaires français.
Le ministre de la Justice rwandais, Tharcisse Karugarama, a présenté à la presse mardi les conclusions du rapport de 500 pages de la commission d’enquête rwandaise sur le rôle supposé de la France dans le génocide, qui avait entamé ses travaux en avril 2006 et dont la France a depuis rejeté toute légitimité.
Selon ce rapport rédigé en français, la France était “au courant des préparatifs” du génocide, a “participé aux principales initiatives” de sa mise en place et “à sa mise en exécution”.
Environ 800.000 personnes, selon l’ONU, essentiellement parmi la minorité tutsie et les Hutus modérés, ont été tuées pendant le génocide d’avril à juillet 1994 au Rwanda, planifié et exécuté par les extrémistes hutus.
“La persistance, la détermination, le caractère massif du soutien français à la politique rwandaise des massacres (...) montrent la complicité des responsables politiques et militaires français dans la préparation et l’exécution du génocide des Tutsis de 1994”, indique le communiqué du ministère de la Justice reprenant les principales conclusions du rapport.
Au rang des 13 dirigeants français incriminés par le rapport, figurent notamment le président français à l’époque des faits François Mitterrand, le Premier ministre Edouard Balladur, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, son directeur de cabinet Dominique de Villepin ou encore le secrétaire général de l’Elysée Hubert Védrine.
La commission d’enquête porte également des accusations très lourdes contre des soldats français de l’opération militaro-humanitaire Turquoise (fin juin-fin août 1994).
“Des militaires français ont commis eux-mêmes directement des assassinats de Tutsis et de Hutus accusés de cacher des Tutsis (...) Des militaires français ont commis de nombreux viols sur des rescapées tutsies”, accuse le communiqué rwandais.
Les militaires français, selon le texte, “ont laissé en place les infrastructures du génocide, à savoir les barrières tenues par les Interahamwe (extrémistes hutus). Ils ont demandé de façon expresse que les Interahamwe continuent à contrôler ces barrières et à tuer les Tutsis qui tenteraient de circuler”.
“Vu la gravité des faits allégués, le gouvernement rwandais a enjoint les instances habilitées à entreprendre les actions requises afin d’amener les responsables politiques et militaires français incriminés à répondre de leurs actes devant la justice”, selon le document.
A Paris, le ministère de la Défense a renvoyé à sa position exprimée dès le 9 février 2007 dans un communiqué, déniant “impartialité” et “légitimité” à la commission d’enquête rwandaise.
“La France assume pleinement son action au Rwanda en 1994 et notamment celle de ses forces armées. Elle soutient sans réserve l’action de la justice pénale internationale et s’en remet à son appréciation conformément aux exigences légitimes de l’État de droit”, déclarait ce communiqué de la Défense française.
Lors de la présentation de ce rapport, diffusée par la télévision rwandaise, le ministre de la Justice a déclaré que “ce rapport n’est pas un dossier criminel (...) C’est une bonne base pour d’éventuelles procédures légales”.
Le 18 juin, Kigali avait fait savoir qu’il souhaitait recourir à la compétence universelle prévue dans ses textes de loi en vue de poursuivre devant ses juridictions des non-Rwandais accusés d’être impliqués dans le génocide.
Début juillet, le président rwandais Paul Kagame a menacé de faire inculper des ressortissants français pour le génocide de 1994 si les tribunaux européens n’annulaient pas les mandats d’arrêt émis contre des responsables rwandais.
Kigali a rompu fin novembre 2006 ses relations diplomatiques avec Paris après que le juge français Jean-Louis Bruguière eut réclamé des poursuites contre M. Kagame pour sa “participation présumée” à l’attentat contre l’avion de l’ex-président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, un des éléments déclencheurs du génocide.
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