VOYAGE EN INDE
Posté dans: Général | Par Alain Mabanckou | le 20 Mar 2008 à 14h14 | Lu 2792 fois
Depuis une dizaine de jours, invité par les Alliances Francaises pour des conférences et des rencontres, je sillonne l’Inde du nord au sud, de l’est à l’ouest. C’est ma première visite dans ce pays et cela brise toutes les images d’Epinal que j’ai eues jusqu’alors.
Je suis arrivé à Hyderabad, dans le sud, au début de ce mois en transitant par la ville de Bombay.
Le moins qu’on puisse dire est qu’Hyderabad peut à la fois enchanter et choquer. La ville essaye de développer un pôle de technologie extraordinaire au point qu’on la surnomme parfois Cyberabad. La nouvelle ville est située sur la rive du lac artificiel de Husain Sagar ; la vieille ville (Voir photo) est encore plus au sud après la rivière Musi et où j’ai aimé l’atmosphère très insolite – j’étais un véritable objet de curiosité lorsque certains indiens ne riaient pas aux éclats. Mais comment peut-on être Persan ?
LE KLAXON, L’OBJET LE PLUS POPULAIRE
Le choc c’est surtout ces coups de klaxons, ces bruits interminables du matin au jour suivant, des travaux dans toute la ville – et il paraît que l’Inde a toujours été en construction. Un type s’amusait d’ailleurs avec son marteau-piqueur à trois heures du matin en face de mon hôtel tandis que les klaxons à cette heure-là battaient leur plein.
Si vous avez une voiture, le moteur peut tomber en panne, ce n’est pas grave. Mais si votre klaxon ne marche pas, alors évitez de prendre la route. Les chauffeurs s’expriment en décibels dans un véritable nuage de pollution et une conduite dont la priorité est accordée au véhicule au klaxon le plus strident.
LE PAYS DES CONTRASTES
Le contraste est encore frappant lorsqu’on arrive à Trivandrum, toujours dans le sud, dans l’Etat du Kerala. Ici nous sommes dans un bastion communiste – et ne critiquons jamais très vite nos amis marxistes léninistes car ils ont une des villes les plus propres de l’Inde, une activité intellectuelle très intense. Les touristes étrangers abondent – parfois même trop.
A Calcutta, par contre, au Nord-Ouest, le cliché c’est d’imaginer Mère Teresa, la pauvreté, les enfants dans les rues. J’ai très bien aimé cette ville avec ses trottoirs – qui font défaut à Hyderabad au point que les rickshaws ("Vespas 3 roues” qui servent de moyens de transports) viennent slalomer entre les piétons. C’était un prélude au périple suivant, toujours au Nord, New Delhi. De grands boulevards, ville très administrative que je découvre ces jours avec plaisir…
UN RACISME INDIEN ?
A Hyderabad j’ai croisé deux Ivoiriens qui tous se plaignaient d’un certain racisme « indien ». A la fac où ils sont étudiants, ils sont, semble-t-il, exclus, regardés d’un mauvais œil. J’ai eu un témoignage identique à Calcutta : une Congolo-gabonaise est souvent victime de ces ricanements dans les rues. Le moins qu’on puisse dire c’est que l’Indien et l’Africain ne se connaissent pas encore. Peut-être que dans son « ignorance » l’Indien prend-t-il l’Africain pour membre d’une classe en dessous de celle des Intouchables ? N’extrapolons pas toutefois car certaines personnes de couleur blanche se plaignent de la « distance » indienne, de son réflexe à ne pas vouloir aller vers l’autre. Sans doute qu’il nous faudra percer ce mystère et voir si les « effets » des castes n’expliquent le comportement de celui que nous incriminons sans doute à tort. En revanche certains Indiens se ruent vers moi pour une séance de photos. Je n’ose pas croire que c’est pour aller rire entre compatriotes de même caste une fois que j’aurai pris mon avion pour le bercail. J’aime l’Inde et je veux la comprendre. Je ne m’arrêterai pas à cette idée. Ce pays sera la destination de mes prochaines vacances…

(77) Commentaires
Gandhi était peut être un rêveur selon toi NJ. C’est aussi rêver de croire à une homogénisation de la société indienne.
L’inde n’est plus il me semble à l’époque des Marajah, mais à celle du capitalisme sauvage où l’on vend les cheveux offerts à des dieux aux occidentales à un prix fou.
L’inde n’est plus il me semble à l’époque des Marajah, mais à celle du capitalisme sauvage où l’on vend les cheveux offerts à des dieux aux occidentales à un prix fou.
disons que si tu etait aussi divinement diabolik que moi tu aurais compris que les Marajah d antan n ont plus leur antique pouvoir politique mais toujours un pouvoir economik ce qui explique ce “capitalisme sauvage” si présent en inde ! .. capitalisme qui n a rien de sauvage au fait et est tres bien orchestrer par les Dit “maradjah” , et au final quand l argent fait loi le regne des maradjah est tjr d actualité ! .... l inde n a pas vraiment evoluer sauf dans l exode rural qui nous le savons tous est le signe d un croissance des bidonville urbain , c est pas toi un africain qui me dira le contraire ...
stan_dard56 ..
NJ bollywood c’est peut être la merde pour toi, c’est cependant une industrie qui fait vivre des indiens. Les indiens consomment ce qu’ils fabriquent, sont attachés à leur culture et malgré cela restent ouverts à la modernité.
”NJ bollywood c’est peut être la merde pour toi, c’est cependant une industrie qui fait vivre des indiens.”
bien sur tout comme l armement est une industrie qui fait vivre des millions de gens !! avec ce genre d autojustification sur le ventre on est pret a tout ! meme au pire et ca juste pour un morceau de pain !! ..
morning36 , comment ca mé bon jour ??!! y a des jours ou tout va mal et tout nous enerve et y a des jours ou c est tous les jours !!
son mimi les petits zanimo sanglant cat j adore
, tiens en retour ...
kado
Les indiens aiment leur cinéma, c’est un savant melange de bizness et de culture. Il ne vit pas des subventions étrangères, et est assez populaire. Tu peux ne pas aimer, je doute qu’il s’en soucie il y a là un problème de public cible.
Ce ne sont pas uniquement les fils de Marajah qui essaiment les USA et le Royaume Uni ou qui font fortune en Inde. Il y a des opportunités en Inde. Par exemple, des pauvres ont pu acquérir des richesses par le biais du cinéma.
La croissance et l’appétit des grandes compagnies indiennes s’expliquent par le vaste marché indien. Ce n’est pas en vendant uniquement à quelques personnes bien nées!
Le Brésil est un autre pays de contraste, et je pense qu’une bonne partie des pays en voie développement aussi. Le fossé entre pauvre et riche se creuse un peu partout cela va empirer, plus on travaille dur pour gagner sa vie, moins on est enclin à partager.
Le moins qu’on puisse dire c’est que l’Indien et l’Africain ne se connaissent pas encore. ils commencent à se connaitre en Afrique, où les indiens trouvent de nombreux cobayes comme les chinoix pour écouler leurs produits.
NJ je n’ose pas croire que l’immeuble derrière Alain te laisse indifférent. Il est beau et change des big building. Pour quelqu’un comme toi qui s’oppose à l’uniformisation ou l’américanisation du monde tu devrais te rejouir
Sacré Alain toujours entouré de femmes! il n’a pas été insensible au charme et à la beauté des indiennes. NJ tu devrais prendre des cours de fémininité en Inde. Peut être tu accepteras mieux ta condition de femmme.
Quelqu’un sait ce qu’on bouffe en Inde? c’est ma manière de connaitre en partie la culture d’autrui.
capitalisme qui n a rien de sauvage le prix à payer c’est la pollution de l’eau dans laquelle les gens vont se purifier.
l’Inde n a pas vraiment evoluerexplique toi très chère en faisant une comparaison des 1990 et 2005. Quand on est au fond d’un puit profond, tant qu’on a pas la tête dehors pour beaucoup on a rien fait. Cependant de jour en jour on monte!
sauf dans l exode rural qui nous le savons tous est le signe d un croissance des bidonville urbain Je dirais plutôt que l’exode rural a pour conséquence la croissance anarchique des villes. C’est le signe d’une mauvaise gestion des ressources humaines et matérielles, d’une mauvaise planification.
Mission accoplie les sages de l’UA ont défendu la démocratie. Prochaine étape la validation des élections au Zimbabwé comme au Togo. Le respect des aînés est une valeur africaine.
Souvenir souvenir i am a disco dancer Ca vous dit quelque chose!
Pékin il va y avoir du sport côté athlétisme. Asafa et Tyson sont chacun en méga forme. Asafa a déjà annoncé qu’il va falloir être se lever tôt pour le battre à Pékin. je me délecte de tous ces “derby” à venir. Mais le plus intéressant c’est ce qui s’est passé hier aux mondiaux en Ecosse. A l’exception du titre par équipes messieurs, les Ethiopiens ont pulvérisé leurs rivaux Kenyans partout ailleurs. Vivement les JO.
Pour ceux qui comme moi aiment courir juste pour le fun, le 25 mai 2008 on a les 5000 et 10000 mètres organisés pour les coureurs du dimanche dans la très proche banlieue parisienne. Pour plus d’info googler “les foulées arcueillaises”.
NB: c’est pas interdit aux mecs ventrus et aux nanas “pleines de grâce”. lol just a joke!
Les JO ? Amateurs de boxe, surveillez bien mon petit Badou Jack gambien-suédois, qui vient d’emporter la médaille d’or à Windhoek pour le drapeau gambien. Un garçon calme, discret, charmant et très assidu dans son sport. En Suède, ils étaient 2 potes de même niveau en compétition pour aller aux JO, il a laissé son ami combattre pour la Suède et s’est paré du drapeau gambien pour la compétition. Il ira très loin ce jeune champion, je suis fière de lui.
D’ailleurs : likely45
AU SECOURS ! HELP ! Save Our Soul !
j’allais lancer cet appel en craignant qu’il fut un peu hors sujet mais ce n’est pas le cas après un tel échange.
donc AU SECOURS ! HELP ! Save Our Soul !
… les écrivains ont besoin de lecteurs et les jeunes africains ont besoin de lire et d’entendre les écrivains qui leur parlent et parlent d’eux, de leur pays, des autres pays, de leur histoire, de leur avenir.
C’était au tout début sur ce blog … naissait un mouvement de soutien pour la réouverture d’une Bibliothèque publique à Brazza alors squattée par une Eglise évangélique.
Puis la Bibliothèque de Ouenzé - après avoir ouvert des Cercles de lecture dans 3 lycées - créait les RENCONTRES DU LIVRE VIVANT de Brazza en 2006 avec Alain et Boniface Mongo Mboussa.
On y décernait le 1er Prix LIRE EN AFRIQUE décerné au « meilleur lecteur ». C’était un début…
…continuons le combat ! Aujourd’hui il y a des Cercles de lecture dans 6 lycées et d’irréductibles et utopiques organisateurs bénévoles - peu nombreux - essaient d’organiser la 2ème édition des RENCONTRES du 7 au 12 juillet prochain avec Léonora MIANO et Wilfried NSONDE.
Mais les subventions et dotations ont diminué de moitié et – le comble ! – est qu’ils ne peuvent même pas acheter de nouveaux livres pour enrichir le fonds africain ouvert aux jeunes de là-bas.
Ils ne vont pas faire la quête mais ils cherchent à nouveau du soutien pour poursuivre leur campagne « POUR LIRE EN AFRIQUE ». Par exemple, ils vont en appeler à Michel Edouard LECLERC dont on sait qu’il soutient personnellement et activement la lecture et la diffusion du livre, n’est-ce pas Alain?
Ils vont en appeler également aux écrivains qui habitent les rayonnages de leur Bibliothèque à Ouenzé.
Ils vous appellent aussi en vous demandant de vous faire connaître par le canal du webmaster de ce blog.
Il s’agit seulement - mais c’est tellement important - de créer une chaîne de solidarité POUR LIRE EN AFRIQUE.
Et que naissent au Village une case Internet des RENCONTRES DU LIVRE VIVANT de BRAZZAVILLE – RELIV2008 où on se passe des livres et d’où on passe des livres aux lycéens de Brazza ! est-ce trop demander ? merci pour eux.
désolé! dernier § lire : que naisse au village
Ngnagna; la gastronomie ou l’astrologie de l’estomac est aussi pour moi un moyen d’approcher une culture. A propos, remettez moi un peu de ce delicieux tilapia braiséo, avec atieké aloco moit/moit. Merci
Mon cher Tekitoi, pardon mais je n’ai pas bien compris, concrètement alors, il faut faire quoi exactement? Et où est donc passé notre célèbre Blaise Kibonzi, qui nous remontait les bretelles ici? ,-) En tout cas moi, je donnerai bien volontiers des livres, où vous voulez et quand vous voulez.
Je n’affectionne pas particulièrement des actions de ce type, de nature un peu parcellaire, essentiellement parce que dans la conjoncture morale et politique actuelle en Afrique, elles sont malheureusement vouées à se diluer, sans avoir produit autant qu’on l’espère, leurs fruits (vous dites d’ailleurs que l’on ne parvient même pas à acheter de nousveaux livres pour entretenir le fonds. Mais connaissant l’Afrique, on imagine que c’est bien pire: on peut aisément parier que des livres de ce fonds sont probablement détournés).
Bref, j’ai tendance à privilégier les actions de déblaiement, visant à tracer au préalable les conditions de la pérennité (travail de longue haleine, qui relève presque de la chimère - mais travail indispensable). Quoi qu’il en soit, ne causons pas trop ce soir, ne nous lançons pas en polémiques incertaines. Des livres? Pour ces gamins dont on assassine impunément l’avenir? Très bien. Une seule question: où faut-il les destiner?
“Carried95”: there must be someone behind there…
@ Tekitoi, je découvre cette initiative très intéressante. Peut-on savoir le nombre de jeunes lecteurs participent à ce projet?
J’imagine que c’est le genre d’initiative que l’ADPF soutient.
“Et que naissent au Village une case Internet des RENCONTRES DU LIVRE VIVANT de BRAZZAVILLE – RELIV2008 où on se passe des livres et d’où on passe des livres aux lycéens de Brazza ! est-ce trop demander ? merci pour eux.”
Désolé, mais si tu pouvais éclaircir ton attente, ça pourrait aider les blogueurs à apporter une éventuelle contribution.
@ D.O.W,
Dans le champ d’action extrêmement restreint de certaines pays d’Afrique centrale, peux-tu préciser une action de déblaiement qui permettrait de tracer les conditions de la perennité de d’initiatives telles que celle mentionnée par Tekitoi?
@+
Ajouter un commentaire