Gary Victor, scribe de l’humanisme
Posté dans: Complicités littéraires | Par Alain Mabanckou | le 19 Nov 2007 à 6h07 | Lu 2166 fois
Lorsque je tiens un roman de Gary Victor, je m’attarde longtemps sur le titre, non sans une certaine admiration. Posez quelques uns de ses livres sur une table, vous écrirez, rien que par la magie de leur titre, les lignes qui suivent : « A l’angle des rues parallèles, empruntant La piste des sortilèges, je vis comme par enchantement, Le Diable dans un thé de citronnelle ! Pris de peur, pour le repousser, je lui lançai : Je sais quand Dieu vient se promener dans mon jardin… » Certes, ses compatriotes Dany Laferrière et Lionel Trouillot sont aussi des magiciens en la matière. Exception haïtienne ? Secret jalousement gardé par les auteurs issus de la première République noire ? Je n’ai jamais pu démêler ce mystère…
Lors de notre première rencontre au cours d’un salon du livre - il y a quelques années – même si j’étais un lecteur assidu des auteurs haïtiens de premier plan, même si L’Oiseau schizophone, L’Espace d’un cillement, Pays sans chapeau, Thérèse en mille morceaux furent des livres qui m’accompagnaient, je n’avais, hélas, rien lu de Gary Victor. Et pour cause, la plupart de ses livres avaient été publiés dans son pays natal…
Durant cette rencontre, je vis alors un homme à la haute stature, la coupe afro, un livre à la main. J’entendis cette voix cassée, ce rire contagieux avant de lire dans son regard tout d’un coup serein, l’angoisse d’un créateur qui sait que le monde est une multitude et qu’il lui faudra suivre l’envol du pipirite, l’écouter chanter afin de traduire avec justesse les présages du volatile tourmenté par une aube dérobée…
Gary Victor ? Son nom était régulièrement murmuré par ses pairs. Sa réputation le précédait donc : il comptait déjà parmi les auteurs les plus connus et les plus lus dans son pays avant de conquérir et de séduire plus tard l’arène littéraire français - comme le témoigne le portrait exceptionnel de l’hebdomadaire Télérama qui le qualifia de « King créole », ajoutant au passage qu’«il sublime la détresse du peuple haïtien, dans des contes où le fantastique débridé côtoie l’humour au vitriol. » C’est cet humour qui fit le succès de ses sketches dont certains ont été rassemblés dans Chronique d’un leader haïtien comme il faut , diffusés jadis par Radio Métropole à Port-au-Prince et aujourd’hui, plus que jamais ancrés dans la mémoire collective de son île…
Cet humour, disais-je ? Le lecteur le retrouvera dans l’atmosphère à la fois angoissante et burlesque de ces Treize nouvelles vaudou – la magie du titre, cette fois-ci, s’opère à travers le chiffre. Jusqu’où l’homme peut-il aller dans le dessein d’assouvir son appétit du pouvoir ? Les sacrifices nocturnes, la pratique de la sorcellerie et des rites du vaudou susciteront des frissons. Dans Pilon, par exemple, l’inspecteur Dieuswalwe Azémar qui rêvait jadis d’être Hercule Poirot, Sherlock Holmes ou Maigret raconte à un jeune collègue une des affaires criminelles qui lui fut autrefois confiée : trois meurtres dans lesquels les victimes passées au marteau pilon étaient réduites « en une bouillie d’os, de chair et de sang ». Les mobiles ? Il faut repousser les ténèbres, questionner la lune, se résoudre « aux réalités du pays ». C’est ainsi que plane dans ce livre l’ombre d’Edgar Allan Poe et ses contes funestes (Meurtre à la rue Morgue, pour ne citer que ce conte « extraordinaire »). Que dire aussi, dans une autre nouvelle, Le Souffle – clin d’œil à Birago Diop ? - de ce meurtrier acquitté pour avoir argué qu’il n’avait pas abattu un homme mais… un animal ? Nous le savons tous, et je serais mal placé pour le rappeler : nous naissons chacun avec notre « double » animal…
Dans ce recueil, Gary Victor a réussi le pari de convoquer le mystère sans tomber dans le piège de la sensation ou de l’exotisme. Si la peur et l’angoisse nous encerclent de nouvelle en nouvelle, c’est sans doute parce que l’auteur nous rappelle que la nature humaine est un puits sans fond. En réalité, ce n’est pas seulement de la « détresse du peuple haïtien » dont parle Gary ici, mais de la longue épreuve qui nous conduit vers l’humanisme. Quoi d’étonnant que cela passe par l’évocation de nos travers les plus sombres ?
A lire : Gary Victor, Treize nouvelles vaudou, Ed. Mémoire d’encrier (http://www.memoired’encrier.com), Montréal 2007, avec notre préface.

(25) Commentaires
Kidi Walaï-faforo ! Qu’est-ce que ça rend intelligent ce que tu écris !
Je suis très amusé par ces jeux autour des titres d’ouvrage que l’on retrouve dans une phrase. On retrouve cet exercice chez A. Waberi ou chez Alain… C’est drôle.
Merci, pour cette présentation de Gary Victor. Cela fait plusieurs fois que je suis tenté par cet auteur que j’ai suivi cette année au Bateau livre du sieur Ferney.
Je suis extrêmement encouragé par ta note.
@+
ce rire contagieux avant de lire dans son regard tout d’un coup serein, l’angoisse d’un créateur qui sait que le monde est une multitude et qu’il lui faudra suivre l’envol du pipirite, l’écouter chanter afin de traduire avec justesse les présages du volatile tourmenté par une aube dérobée…
ca me rapelle quelque chose ces mot mis bout a bout , un melange d oeuvre standart et de pensée singuliere .. comme le regard indiscret d un lecteur a travers une porte dérobée , tenté violé l intimité d un auteur c est périlleux ... meme facheux ...
Kidi wanda,
tu écris : “ Tu devrais être missionné pour relancer la lechture. “
je le fais déjà de manière très active. Rien que cette année, j’ai fait vendre 200 livres, même si je ne suis pas payé pour le faire. Je m’efforce de partager ma passion pour les livres autour de moi. Ma prochaine cible ce sont les enfants.
A l’angle des rues parallèles, empruntant La piste des sortilèges, je vis comme par enchantement, Le Diable dans un thé de citronnelle ! Pris de peur, pour le repousser, je lui lançai : Je sais quand Dieu vient se promener dans mon jardin… »
on va jouer on va inventer la suite avec des titre des que nous on ecrira jamais !!
donc ...
A l’angle des rues parallèles, empruntant La piste des sortilèges, je vis comme par enchantement, Le Diable dans un thé de citronnelle ! Pris de peur, pour le repousser, je lui lançai : Je sais quand Dieu vient se promener dans mon jardin parfumé pour s enivrer de cette création qu il eut tant aimé créer , le voila preferant la souillure a l eternité et te voila satisfait de ton oeuvre sublime que meme les anges se dispute avidemment ô maitre ! ..
bon pas sa sonne pas tip top comme dira kidi au suivant de faire mieux ! un livre gratos dédicacé par l hote de ses lieux pour qui trouve le mot de la fin
Belle littérature haïtienne,
Je découvre actuellement un magnifique roman d’Evelyne Trouillot, Rosalie l’infâme.
Ton commentaire sur Gary Victor m’a encouragé à m’attaquer à ce roman qui a longtemps patienté le temps que je me décide à l’éplucher. Très belle histoire, très belle écriture. J’ignore si Evelyne est la soeur de Lyonel, mais la plongée qu’elle propose dans l’ile de Saint Domingue avant la grande révolte est prenante. Atmosphère pesante, amour, esclavage...J’espère qu’elle va tenir la cadence jusqu’à la fin de son livre.
Cette littérature gagne à être connue. Vers quels autres auteurs vont vos préférences : Stephen Alexis? Franketienne? Maximin? Roumain?
Dalembert? etc. Ce serait intéressant d’avoir des pistes pour explorer ces mornes et vallées de prose et de vers.
@+
Au fait Alain, pourquoi n’as-tu pas fait un papier sur les fruits du cyclone de Maximin ?
J’ai lu le bouquin. Je le trouve délicieux. Mais il faut surtout écouter le papa-là yécri ! Yécra !
Gary Victor et avec Louis-Philippe D’Alamabert sont des enfants du gouverneur de la rosée. Ils ont pour oncle Depestre !
Je n’ai rien lu de Gary Victor, excepté la nouvelle qu’il a écrite en contribution à Dernières Nouvelles du Colonialisme (Vents d’ailleurs). Sans être une fan du récit où on se demande comment répondre à la demande de l’éditeur, je me demande encore si cette histoire d’emprisonnement est vraie ou fausse, elle est tellement plausible et bien relatée… Qui connait la vérité ? Alors, l’ONU, grand colon ?
Vous avez du remarquer les nombreuses attaques que subit notre site ces derniers. Des publicites indecentes sont en effet systematiquement postees sous chaque sujet. Nous sommes en train de travailler avec le webmaster Richard afin d’installer un systeme de commentaires plus fiable. Toutes nos excuses pour ce desagrement !
Bien a vous
y a rien d indecent a promouvoir un medicamment que les autorité sanitaire ont validé ! , bander mou c est un drame pour “eux” les hommes lol ! nous les femmes ca fait des decennie qu on a notre viagra , l Aspirine ... l indecende c est de le faire en dehors des espace reserver a cet usage ! .. donc je reclame une place ou faire ma pub svp pour eviter de polluer .. chui une Bot intelligente le coup des chiffre a tapé ca va pas m arretez ! ....
bon apres fernande je vous propose une explication pour l abscence de cata , c etais dimanche dernier un rdv dans les bois entre lui et moi entre 4zyeu…
interditOmineur
hcar31
Merci Kidi,
j’ai aimé l’hommage à Brassens. Mais Dieu qu’elle est belle la bandaison de Carla qouique je préfère de loin les coquins d’abord.
Alain c’est quoi le tatouage que l’on se doit désormais de faire figurer sur les post (type 99, c’est pour les pingouins ou les étrangers).
non c est un test ajeun.. c est just pour savoir si le parcticipant on un cerveau ... tu peux etre rassurer now
chief79
Il etait necessaire de proceder a ce filtre. Les ataques sont monnaie courant sur le net…
Bien a vous
mince zé loupé les attaques pirates cochonnes from nowhere.
Donc je comprend alors le code pour dissuader les robots pollueurs de l’espace, virtuel…
cold26
et ça c’est intentionnel contre moi?
medical93
...faisait pas chaud ds ce bois, lors de ce rendez vous nocturne pour un sabbat, en sol mineur (près de Lille).
Dans une brume violette je vis se dessiner une silouhette altière. Sa texture fantômatique dansant plus qu’elle ne marchait, condensée dans ce port de reine. La fumée qu’exhalait mon souffle se trouva comme aspirée vers elle, en veloutes vaporeuses et déliquecsentes. Le vent joueait une valse funéraire dans les branches écorchées par la rudesse de l’hiver. Je m’approche, succombant à l’attraction de ce brouillard, qui au fur et à mesure de mes pas, m’étreint dans une ouatte chauffée à blanc. A ce moment, qui sonna comme l’oraison du monde, elle se tourna laissant glisser mon regard sur sa croupe vagabonde. Puis… ah flute ...
cold ?
http://fr.youtube.com/watch?v=9IV9an1EE9M
violet violet comme c’est étrange…
“ Pure méditation pourtant, en haut, vit l’Ether. Mais d’argent
Les jours clairs
Est la lumière. Comme signe de l’amour
Violette la terre. “
Hölderlin, Grèce [1]
Catharsis es-tu sorcier?
Bonjour,
Est-ce que quelqu’un peut me renseigner sur le prix des cinq continents 2008? Sur le site, il n’est question que de 2007. Les candidatures avaient commencé en octobre 2006. Cette année, rien n’est affiché d’actuel sur ce prix.
J’ai envoyé un message à l’adresse indiquée il y a 3 semaines, toujours rien.
Que se passe-t-il?
Merci d’avance.
C’est sympa ton truc eh Kidi.
tu nous remets ça s’il te plaît !
papa papa papa papa
nana nana nana nana
C’était des coquin d’abord
des coquins d’abord !
Tu nous sers un coup à boire
ça fera plus convivial.
Moi au lieu d’avoir un cent cent pour mes déplacement, je suis obligé de prendre la ligne cent 46. Avant c’était couleur 66. J’ai cru que c’était le chiffre de la bête sauvage dans la bible à un 6 près !
Kidi,
tu crois que l’on pourrait traduire les coquins d’abord en lingala, en wolof, en bamiléké, xosa, en kinyarwanda, en sésoto…
Merc alain pour les 51 ans que tu me donnes, c’est un peu tôt hein !
Une amie Haïtienne, m’a fait l’éloge de ce Gary
Victor. Très bon à ce qu’il parait.
13 nouvelles Vaudou, voilà un livre à ne pas lire le soir avant le coucher. de quoi faire des cauchemars.
.. en l abscence de figure palpable je tracai les contours de son sombre désire morbide qui la suspend toujours a cet ivresse eternelle , ce fragile désir ou glisse la conscience , the sense of right and wrong dit il avant d emerger doucement face a mes crocs , joie et desespoir sont les seules atout d une violette qui ouvre toute grande le sanctuaire ou repose sa cervelle qui eclate , d orient pointe une lueur disait novalis …
True27
Ajouter un commentaire