Laferrière et Beigbeder font leur rentrée chez Grasset
Posté dans: Événements | Par Alain Mabanckou | le 01 Jul 2009 à 16h06 | Lu 1269 fois
Paris. Café « Le Bonaparte »…
J’ai rendez-vous avec un producteur de cinéma, son assistante, le réalisateur et Joelle qui s’occupe des droits cinématographiques aux éditions du Seuil. Il fait très chaud, la chaleur semble provenir du macadam. Les embouteillages n’arragent pas les choses. Il vaut mieux marcher que de s’emprisonner dans une automobile. Prendre place sur la terrasse c’est un peu accepter d’aller en enfer. Nous choisissons de nous attabler à l’intérieur. Pendant que je passe entre les tables, je remarque un type aux longs cheveux, la barbe de séducteur. C’est lui, Frédéric Beigbeder (photo). Je le reconnais. Nous nous saluons. Je sais qu’il se passe quelque chose. De grave ? N’exagérons pas. Rien de grave ne se passe au Bonaparte. C’est un lieu pour élaborer des stratégies. Une dame est assise en face de Beigbeder et prend des notes. Il me la présente comme une journaliste des Echos. Tout d’un coup je me rends compte que la rentrée littéraire commence déjà quelques mois avant la sortie de tous ces livres qui viendront livrer une guerre sans merci sur les tables libraires. On le sait : on ne parlera en gros que d’une vingtaine de livres. Une dizaine d’entre eux se tailleront la plus grande place. Cinq d’entre eux seront couronnés par les prix littéraires les plus importants d’automne. Beigbeder est déjà sur le terrain. Je l’appelle souvent le « saltimbanque des lettres françaises ». Il en rigole toujours - la journaliste note la blague. Ses chroniques dans Lire sont d’une intelligence rare. C’est lui qui a inventé la formule de “la critique apothicaire”. Cette critique qui ne s’occupe que du classement des ventes, de ce que l’écrivain gagne ou va gagner et non de l’importance du livre dans le paysage littéraire…
Beigbeder va publier son roman en aout. Avec un titre qui est tout un programme à lui seul : Un roman français. Il y a quelque chose de Jean-Paul Dubois dans ce titre, lui qui écrivit Une vie française, roman couronné par le Fémina. Le livre de Beigbeder je l’ai reçu il y a quelques jours. L’auteur est étonné. Je lui dit que deux grands livres vont se démarquer. Que les deux sont publiés chez Grasset. Son roman et celui de Dany Laferrière, le très étrange Enigme du retour auquel je vais consacrer un article dans les pages littéraires du Figaro à la rentrée. Beigbeder acquiesce. Il l’a lu. Il est tombé sous le charme de cette écriture inventive et originale. De cette forme hardie. Beigbeder et Laferrière ont presque regardé dans la meme direction : la quête de leur être. Avec l’humour qui est le sien, Beigbeder dit que son livre c’est l’histoire d’un pays qui a réussi à perdre deux guerres en faisant croire qu’il les avait gagnées, et ensuite à perdre son empire colonial en faisant comme si cela ne changeait rien à son importance. Ce pays c’est la France. Mais il y a son enfance, son passé – ce qu’on n’avait jamais lu jusqu’alors. Du moins de façon très prononcée comme dans Un roman français. Il y a le père. Il y a le frère. Il y a la nostalgie. Comme chez Laferrière. Deux « fausses » autofictions. Parce qu’en lisant ces livres on est contaminé par leur élan. Les itinéraires échappent aux auteurs et deviennent notre univers. Deux grands livres chez un même éditeur, cela promet du remue-ménage. Les paris sont ouverts. Pour notre bonheur, nous les lecteurs…
Un roman français, de Frédéric Beigbeder, Grasset, parution, aout 2009
L’Enigme du retour, de Dany Laferrière, Grasset, parution, aout 2009






(13) Commentaires
Interessant de constater que la France ait perdue deux guerres en faisant croire qu’elles les avait gagnées. Dans l’hemisphére Sud nous avons souvent des guerres oú les deux cotés se disant vainqueurs: Congo-Ruanda; Sudan-Tchad, reccemment. Dans les années 80 Iran-Irak et dans les années 30 Bolivie-Paraguay. Mais ce sont des guerres oú tout le monde a perdu.
En général une nation qui crie trop victoire cache nécessairement une honte, une déculottée. La France en Inde. L’Amérique au Vietnam. Je trouve intéressant que cet auteur français parle de ces choses. Je vais lire ça de très près…
M. Mabanckou,
Je ne comprends pas très bien le sens de votre propos.Êtes-vous en train de faire la promotion de la rentrée littéraire, je veux dire celle marchande du grand public? Pourquoi ne pas porter le débat sur des terres moins connues, sur des écrivains sans doute plus discrets moins médiatiques mais plus talentueux à certains égards? Après tout, n’est-ce pas votre rôle en tant qu’enseignant et chercheur de se départir de lieux communs? Car ce que vous dites là sera de toute façon rabâché par les médias, ceux-là même qui entendent imposer en littérature le “standard”, “l’incontournable”, tout comme la mode le fait déjà très bien.
De surcroît, je trouve personnellement que vos billets tournent de plus en plus autour de votre personne et de vos amis.Est-ce là la représentation unique du monde littéraire francophone? Je ne sais plus très bien finalement si votre blog entend se complaire dans une forme de narcissisme autour de votre personne et de vos amis écrivains ou s’il a pour ambition de susciter des débats littéraires, politiques à partir de sources éclectiques ( y compris celles que vous n’appréciez peut-être pas) et originales… Ou peut-être n’ai-je pas compris finalement l’ambition de ce blog auquel cas, je m’en excuse d’avance.
N’y voyez surtout de ma part ni méchanceté ni taquinerie ou mauvais esprit mais simplement quelques suggestions critiques dans le but de conduire à quelque chose de “mieux” à mon sens.
Bien à vous,
Kidi,
Merci pour ce lien. L’Histoire de France pour les nuls ? Il n’y pas que Bbgbd qui s’y attele, souvenez-vous de Max Gollo dont les textes d’Histoire sont à la discipline ce que les compléments alimentaires sot à la médecine. Et pour faire plus fort, il fait équipe avec Lyne Renaud pour raconter l’histoire de France à travers ma cabane au Canada chez Drucker ! C’est chose dangereuse que ce mélange des genres qui débouche sur la création des clubs d’admirations mutuelle qui tournent aux sectes de biens pensant. Maintenant que l’on a fermé la scientologie, nous allons avoir droit à la copinothèque.
je n’ai rien contre, tout contre ! Méfions-nous de la lecture à SENS unique ! Ces livres que l’on nous recomande avant sortie, ils seront dans quel rayon chez Leclerc ? Rayon copain d’abord ou copain d’avant ? Libérons le SENS. Libérons le SENS et la lecture !
Arrêtez de fatiguer les gens ! Un Blog est un lieu personnel et Mabanckou nous donne de ses nouvelles, c’est tant mieux. Si vous voulez des critiques de tous livres il y a des sites au monde et au figaro. Ici moi je viens me défouler. Et puis, il y a toujours des gens qui critiquent. Beigbeder il n’a pas le droit d’écrire un chef-d’oeuvre ? Il n’y a pas que les mauvais écrivains qui passent à la télé. La discrétion n’est pas synonyme de talent. Et c’est pas parce qu’un auteur ne vend pas ses livres qu’il est un génie. Arrêtons !
Alors mettez en place votre propre Blog et parlez de VRAIS livres au lieu de fatiguer les gens. On n’est pas obligé de fréquenter un Blog qu’on n’aime pas. Il y a des gens qui viennent ici avec des intentions nocives, et vos intentions on les lit bien : la haine feutrée dans le but d’une destruction… Vous amusez certes, mais je suis convaincu que vous serez plus à plaindre. On sent des blessures qui vous marquent. Et c’est pas à nous de vous les cautériser !
Cher J.R,
Pourquoi tant d’animosité de votre part? Franchement je ne comprends pas très bien. Est-ce que le droit à la critique est possible? Arrivez-vous à vous figurez cela? Mais passons, puisque vous dites que ce blog n’est pas fait pour discuter de littérature, alors soit; j’en prends bien acte et je m’en retire.Sachez cependant que mes intentions n’étaient en aucun cas nocives loin de là.
Vous concèderez toutefois que la question suscitée n’est pas “d’aimer” ou de ne pas “aimer”: elle est plutôt de savoir simplement de quoi faut-il parler. C’est très important je crois afin de satisfaire tout le monde.
Remarquez enfin qu’un blog est un endroit d’échange et non pas d’exposition narcissique de soi. C’est en tout cas de cette manière que je le conçois et je conçois aussi à l’inverse de votre démarche que certaines personnes telles que vous, puissent ne pas partager mon avis. C’est un minimum pour au moins “communiquer”.
Bien à vous,
B.
Votre disparition sera une grande perte pour l’humanité. Je pleure, je pleure… Bonne route !
Au risque de “fatiguer” certains, comment vous dire, Bonaparte, combien il est bon de lire ici des avis comme le vôtre. Le post 6 m’a fait un grand bien, vraiment. Car voyez-vous, ici comme ailleurs, les gens comme moi n’osaient même plus faire valoir leur modeste opinion, tant l’époque est marquée. Prise en tenaille par la foule innombrable, l’immense majorité de ceux qui ne veulent plus que se “défouler”. Et qui nous emportent dans leur torrent. Et gare désormais, à quiconque se met en travers de leur chemin.
Vous vous demandez si ce blog n’aurait pas aussi pour visée, ”de susciter des débats littéraires, politiques à partir de sources éclectiques et originales…”. Mais mon cher Bonaparte, quelle folie vous pique donc, de croire qu’une telle ambition est encore possible de nos jours? Vous écrivez : ”De surcroît, je trouve personnellement que vos billets tournent de plus en plus autour de votre personne et de vos amis”. Mais voilà bien l’horizon ultime d’aujourd’hui : un goût très prosaïque pour la somptuosité - luxe, suavité et bien-être; le désir permanent d’épater la galerie; tout cela mâtiné de petit copinage et d’un narcissisme bien ennuyeux. Il y a pourtant en effet, des penseurs originaux à nous faire découvrir, des écritures singulières à nous suggérer, des débats neufs et utiles vers lesquels nous porter. Des défis nombreux auxquels nous atteler ensemble. Hélas! Nous l’avons souvent dit : trois fois hélas!
Il y a quelque temps, sur un autre sujet, quelqu’un soulignait combien ceux d’hier, écrivains et penseurs (Senghor, Césaire, Fanon, Anta Diop, Nkrumah) avaient su imposer une Présence Africaine et Nègre dans le monde principalement par le biais d’une pensée novatrice. Chacun mesurera je crois, l’écart entre ceux-là, et ceux que nous avons hérités dans notre époque.
Mais comme dirait l’autre, laissons les blogs aller vers où bon leur semble. J’avais pris l’habitude de fréquenter celui-ci. Et, par habitude aussi probablement, j’ai tendance à dire de temps en temps ce que j’en pense. Que ceux qui veulent “se défouler” me le pardonnent. Mais en tout cas moi, ici comme ailleurs, j’exhorte Bonaparte et tous ceux qui pensent comme lui, à ne jamais se taire. Vous n’êtes que trop peu nombreux; et ma foi, nous avons besoin de vous entendre, pour nous convaincre que le torrent, grossissant, effrayant, ne nous emporte peut-être pas encore tous.
Triste journée pour les lettres :
Taty Loutard vient de faire son passage à l’âge de 70 ans !
Yep,
Salut à toi Kidi!
Et non, s’il vous plaît, ne taisez surtout pas vos points de vue. Particulièrement lorsqu’ils sont, sans aucun doute, dans le vrai.
Ne nous a-t-on pas dit que cet espace était le nôtre? Le considérant comme tel, nous n’avons jamais hésité à dire notre enthousiasme lorsque nous étions enthousiastes, et notre désenchantement chaque fois qu’il nous est arrivé d’être déçu.
L’ordinaire des choses en somme.
J’avoue que le billet d’Alain ne me déplaît pas même si son but semble clairement la promotion du livre de son ami. Cela fait partie de l’actualité littéraire et des coups de main aux amis.
Je ne suis pas de ceux qui lisent les livres primés. Etant essentiellement lecteur d’essais, j’ai plutôt tendance à suivre les avis des lecteurs de romans et à prêter beaucoup d’attention au thème du livre. Le fait que le billet d’Alain M. présente brièvement le sujet du roman me donne envie de l’ouvrir à sa sortie afin de découvrir le style de l’auteur et éventuellement l’acheter.
C’est plutôt sympa de te lire ici St Ralph. Dis quel mal il y’a à faire de la promo à un ami ? Et moi qui croyait bêtement que les amis étaient faits pour s’entraider, mais peut-être que c’est interdit aux écrivains ? C’est pas cool. Alors comme çà, si tu avais un ami essayiste qui avait fait un bouquin que t’aime bien, tu écrirais rien dessus juste pour pas lui faire de promo ? waoh ! heureusement que j’écris pas et que j’ai pas d’amis écrivains.
Caro qui percute jamais très vite....
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