Littérature sans frontières

Posté dans: Général | Par Alain Mabanckou  | le 03 Jul 2009 à 18h13 | Lu 2119 fois

C’est la première fois que je mets les pieds en Algérie. L’aéroport International Boumedienne grouille de monde. On me dit qu’il y a un charter qui vient d’atterrir et qui a transporté plusieurs ressortissants d’autres pays africains pour le Festival panafricain auquel nous avons été plusieurs à être invités : Sami Tchak, Louis-Philippe Dalembert, Yahia Belaskri, Anouar Benmalek… C’est le deuxième Congrès de ce genre en Algérie. Le premier a eu lieu il y a quarante ans. Comment ne pas applaudir l’initiative des éditions APIC – une maison algérienne – qui a eu l’idée de demander l’impression de nos livres en poche en Algérie. Ce qui permet une diffusion plus large et à un prix abordable. C’est toujours ce paradoxe : l’Afrique qui écrit des livres qui n’arrivent pas aux Africains. Des écrivains qui ne rencontrent pas ceux que certains appellent « les lecteurs naturels ». Cette expression m’horripile. Il n’y a pas de lectorat naturel. Autrement c’est la mort de la littérature. Nous avons rêvé des univers lointains, nous avons voyagé grâce aux livres. Cela n’aurait pas été possible si nous nous étions cantonnés à cette notion nationaliste et grégaire de « lecteurs naturels ». Nous ne lirions alors que les auteurs de notre espace et gâcherions nos chances de devenir des “écrivains japonais”. Il s’agit de rendre la littérature sans frontières. Ces frontières sont infranchissables à cause de l’écart entre le Nord et le Sud. Mais aussi du monopole de l’Hexagone sur l’édition - les grandes maisons d’éditions sont basées dans les capitales des anciens pays colonisateurs et aucun pays d’Afrique noire francophone n’arrive jusqu’à présent à installer une maison d’édition de référence dans le continent.

Les Institutions ne bougent pas ? A nous de renoncer à nos droits sur les livres destinés au Sud et donc de permettre aux éditeurs locaux de réimprimer les ouvrages parus en France et de les écouler sur place. C’est ce que nous avons fait en Algérie. Sans regrets. Nous l’avions déjà fait pour Haiti - et nous le referons pour ce pays l’année prochaine. Notre verre est petit, mais nous buvons dans notre verre. Et s’il faut vider la mer à l’aide d’une fourchette pour que les livres arrivent en Afrique ou dans les autres pays du Sud, nous le ferons. Sans geindre. Parce qu’il s’agit d’une question vitale…

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