Monsieur Begag, votre chauffeur est là !

Posté dans: Événements | Par Alain Mabanckou  | le 27 Oct 2007 à 18h55 | Lu 3671 fois

Azouz Begag, écrivain, ancien ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances (2005-2007) sous le gouvernement de Dominique de Villepin nous rend visite actuellement pour une série de conférences sur « l’ethnicité, la diversité, les minorités et l’égalité des chances en France ». Outre le fait que j’ai toujours apprécié son côté iconoclaste, j’ai constaté que c’est un être comblé par une liberté de parole. Qu’on le prenne pour un des « anti-sarko » des premières heures, notamment avec sa fameuse formule «Je ne suis pas Azouz Sarkozy», cela l’amuse. Il en rit, regarde le plafond avec ce sourire malicieux dont il a seul le secret. Sarkozy, il l’a rencontré « tous les mercredis » au Conseil des ministres. Il ne partage certes pas ses points de vue, mais salue l’homme politique qui maîtrise les arcanes du pouvoir et sait mettre tout de son côté pour arriver à ses fins.  L’adhésion qu’il a suscitée auprès du public ordinaire et des étudiants de UCLA l’enchante, il exulte, parle dans un anglais maîtrisé, manie l’humour à la grande satisfaction de l’audience.

Les soirs, je lui fais visiter les quatre coins de Santa Monica et de Los Angeles. Nous nous sommes d’ailleurs perdus plusieurs fois du côté de Sunset Boulevard, non loin de Bel-Air. Je le verrai bien prendre de la hauteur – pourquoi pas venir enseigner chez nous pendant un semestre, voire une année, le temps de terminer son prochain roman et de donner un autre sens à sa carrière politique (encore qu’il ne veuille jamais entendre parler de cette histoire de « carrière politique ». La fois dernière je suis allé le prendre au Luxe Hotel. Le réceptionniste, un jeune américain roux comme un soleil exténué de tourner en rond sur la terre lui annonce carrément : « Monsieur Begag, votre chauffeur est là ! » Et c’est ainsi que l’ancien ministre à l’égalité des chances a appris que le monde est encore gouverné par les préjugés et qu’il lui faudra sans doute continuer son action gouvernementale par d’autres moyens…

Photo : Azouz et Alain, par Erin Cooney, Los Angeles, octobre 2007

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