Quand Jean Reno remplace Julien Courbet… pour le plaisir des Anglophones

Posté dans: Général | Par Alain Mabanckou  | le 06 Oct 2009 à 8h47 | Lu 1250 fois

Il est parfois curieux de voir comment certains films français sont sous-titrés en anglais pour le public américain – ou anglophone en général. Certes beaucoup de ces films ne traverseront que rarement les frontières de la Gaule et on ne les verra jamais dans les salles américaines. Le sous-titrage consiste alors à dénicher ce qui pourrait parler le mieux au public qui n’est pas accoutumé à cette cuisine “franco-française” ou à cet humour qui met en scène des personnages publics français que l’Amérique entière ignore.

Quelques exemples ? Si vous prenez un vol Air-France Paris-Etats-Unis ces derniers temps vous tomberez certainement sur le film français « Incognito » réalisé par Eric Lavaine, avec Bénabar, Franck Dubosc, Jocelyn Quivrin. Dans ce long métrage lorsque les personnages évoquent Julien Courbet – animateur à la télé française –, le sous-titrage en anglais le remplace par un nom plus évocateur pour les Américains : Jean Reno ! Et voilà donc l’animateur télé supplanté par un acteur plus connu dans le monde anglophone. Même chose lorsqu’on évoque le nom d’un écrivain qui n’est connu que dans la Gaule – je ne le cite pas –, le sous-titrage le remplace immédiatement par Proust ! Et, lors qu’on évoque le film Le père Noel est une ordure (ou La Grande Vadrouille, si me souvenirs sont bons), le sous-titrage anglais le remplace par… Stars Wars, la Guerre des Etoiles !

A ce train-là on finira un jour ou l’autre par remplacer la France par un des Etats de l’Amérique. De fois que certains anglophones ignoreraient l’existence de ce pays. En réalité ces petits remaniements posent la grande question de l’exportation de la création : certaines œuvres ne peuvent pas traverser les rives de la Seine. Il ne s’agit pas de blâmer une œuvre qui parle de la France mais celle qui s’accommode de l’instant passager, de figures évanescentes. Quid d’un roman qui aurait alors parlé d’Antoine Waechter (le Vert) ou de Jordi (le gamin alors célèbre avant six ans mais aujourd’hui « disparu ») ?  De telles œuvres, si elles ne contiennent pas une dose d’orinalité élevée finissent par disparaître. Pour le bien être de la création, heureusement…

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