VOYAGE EN INDE

Posté dans: Général | Par Alain Mabanckou  | le 20 Mar 2008 à 14h14 | Lu 2793 fois

Depuis une dizaine de jours, invité par les Alliances Francaises pour des conférences et des rencontres, je sillonne l’Inde du nord au sud, de l’est à l’ouest. C’est ma première visite dans ce pays et cela brise toutes les images d’Epinal que j’ai eues jusqu’alors.
Je suis arrivé à Hyderabad, dans le sud, au début de ce mois en transitant par la ville de Bombay.

Le moins qu’on puisse dire est qu’Hyderabad peut à la fois enchanter et choquer. La ville essaye de développer un pôle de technologie extraordinaire au point qu’on la surnomme parfois Cyberabad. La nouvelle ville est située sur la rive du lac artificiel de Husain Sagar ; la vieille ville (Voir photo) est encore plus au sud après la rivière Musi et où j’ai aimé l’atmosphère très insolite – j’étais un véritable objet de curiosité lorsque certains indiens ne riaient pas aux éclats. Mais comment peut-on être Persan ?

LE KLAXON, L’OBJET LE PLUS POPULAIRE

Le choc c’est surtout ces coups de klaxons, ces bruits interminables du matin au jour suivant, des travaux dans toute la ville – et il paraît que l’Inde a toujours été en construction. Un type s’amusait d’ailleurs avec son marteau-piqueur à trois heures du matin en face de mon hôtel tandis que les klaxons à cette heure-là battaient leur plein.
Si vous avez une voiture, le moteur peut tomber en panne, ce n’est pas grave. Mais si votre klaxon ne marche pas, alors évitez de prendre la route. Les chauffeurs s’expriment en décibels dans un véritable nuage de pollution et une conduite dont la priorité est accordée au véhicule au klaxon le plus strident.

LE PAYS DES CONTRASTES

Le contraste est encore frappant lorsqu’on arrive à Trivandrum, toujours dans le sud, dans l’Etat du Kerala. Ici nous sommes dans un bastion communiste – et ne critiquons jamais très vite nos amis marxistes léninistes car ils ont une des villes les plus propres de l’Inde, une activité intellectuelle très intense. Les touristes étrangers abondent – parfois même trop.

A Calcutta, par contre, au Nord-Ouest, le cliché c’est d’imaginer Mère Teresa, la pauvreté, les enfants dans les rues. J’ai très bien aimé cette ville avec ses trottoirs – qui font défaut à Hyderabad au point que les rickshaws ("Vespas 3 roues” qui servent de moyens de transports) viennent slalomer entre les piétons.  C’était un prélude au périple suivant, toujours au Nord, New Delhi. De grands boulevards, ville très administrative que je découvre ces jours avec plaisir…

UN RACISME INDIEN ?

A Hyderabad j’ai croisé deux Ivoiriens qui tous se plaignaient d’un certain racisme « indien ». A la fac où ils sont étudiants, ils sont, semble-t-il, exclus, regardés d’un mauvais œil. J’ai eu un témoignage identique à Calcutta : une Congolo-gabonaise est souvent victime de ces ricanements dans les rues. Le moins qu’on puisse dire c’est que l’Indien et l’Africain ne se connaissent pas encore. Peut-être que dans son « ignorance » l’Indien prend-t-il l’Africain pour membre d’une classe en dessous de celle des Intouchables ? N’extrapolons pas toutefois car certaines personnes de couleur blanche se plaignent de la « distance » indienne, de son réflexe à ne pas vouloir aller vers l’autre. Sans doute qu’il nous faudra percer ce mystère et voir si les « effets » des castes n’expliquent le comportement de celui que nous incriminons sans doute à tort. En revanche certains Indiens se ruent vers moi pour une séance de photos. Je n’ose pas croire que c’est pour aller rire entre compatriotes de même caste une fois que j’aurai pris mon avion pour le bercail. J’aime l’Inde et je veux la comprendre. Je ne m’arrêterai pas à cette idée. Ce pays sera la destination de mes prochaines vacances…

77 Commentaires | Ajouter le vôtre