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    <title>Le blog d&apos;Alain Mabanckou</title>
    <link>http://www.lecreditavoyage.com/</link>
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    <dc:language>fr</dc:language>
    <dc:creator>amabanck@yahoo.com</dc:creator>
    <dc:rights>Copyright 2010</dc:rights>
    <dc:date>2010-01-14T10:51:00+01:00</dc:date>
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      <title>FERMETURE DE CE BLOG, OUVERTURE D&#8217;UN AUTRE.</title>
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      <description>Chers amis,


Dans quelques jours nous procédérons à la fermuture définitive de ce Blog. Vous avez sans doute remarqué les problèmes techniques que nous rencontrions. Nous avons souhaité y rémédier.

Dès aujourd&#8217;hui un autre blog intitulé &#8221;Black Bazar &#45; Le nouveau Blog d&#8217;Alain Mabanckou&#8221; a été ouvert et est déjà opérationnel. Deux textes reviennent sur les le séisme en Haiti. Vous pourrez les consulter à cette adresse :


http://blackbazar.blogspot.com/


Merci pour votre fidélité durant ces cinq années.


AM</description> 
      <dc:subject>Général</dc:subject>
      <dc:date>2010-01-14T09:51:00+01:00</dc:date>
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      <title>Identité nationale et passé colonial : l&#8217;appel du collectif « Pour un véritable débat »</title>
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      <description>« Un grand débat sur l’identité nationale. » Des centaines de milliers de connexions, des rencontres en province dans les préfectures et 50.000 contributions (dont de nombreux « dérapages ») sur le site du ministre Éric Besson… 


Un succès selon l&#8217;analyse du ministre début janvier 2010. Les critiques virulentes à gauche, les demandes répétées de mettre fin à ce dangereux débat, et les doutes à droite se multiplient depuis quelques jours et donnent, déjà, un sentiment contraire. Des intellectuels, des chercheurs, des écrivains, des journalistes qui travaillent sur le colonial, l’immigration et le postcolonial proposent ici (et dans un texte diffusé initialement le 24 décembre 2010 sur le site http://www.rue89 et repris sur de nombreux sites) tout en refusant depuis le début de participer à cette manipulation, une alternative au faux débat actuel.


Disponibles sur le site http://www.debatidentitenationale.fr, des contributions de toutes sortes, des extraits et citations de personnalités, une centaine d’extraits d’articles et de déclarations soigneusement choisis, mais aussi une rubrique éclairante, sous le titre : « Bibliothèque. » Les ouvrages contemporains sont triés sur le volet et une vingtaine d’auteurs sont mis en exergue avec quelques retouches depuis la première semaine de mise en ligne. 


Observons cela de plus près : aux côtés des classiques (Claude Nicolet, Maurice Agulhon, Marc Bloch, Dominique Schnapper, Eugen Weber…), des ouvrages souvent anachroniques (Léopold Sédar Senghor, mais pas Aimé Césaire ; François Mitterrand, mais pas Pierre Mendès France ; Simone Weil, mais pas le spécialiste de l’immigration Patrick Weil ; Léon Blum et Théodore Zeldin pour faire bonne figure ; Pierre&#45;Jakez Hélias et Jacques Julliard pour que le tour d’horizon soit complet).


On peut surtout distinguer les piliers sur lesquels doit reposer le débat et les « bonnes lectures » proposées par Éric Besson à l’attention des internautes : Luc Ferry (Luc pas Jules), Max Gallo (et son Fiers d’être français), Daniel Lefeuvre (héraut de l’« anti&#45;repentance »), Gaston Kelman (son nouveau conseiller), De Gaulle et André Malraux (deux références pour ce dernier !) et pour finir, au milieu des ouvrages et des « penseurs », l’hebdomadaire Marianne (retiré depuis du site). Un peu juste pour que nos concitoyens aient une vue d’ensemble d’une problématique aussi vaste. Mais le but n’est pas là, il est dans l’incroyable manipulation de l’opinion à laquelle invite le ministre.


Nous savons tous que la manière de poser une question et d’en présenter le contexte et ses présupposés déterminent souvent la réponse. Il faut donc lire soigneusement les discours du ministre, de ses collègues et des députés qui soutiennent le gouvernement, et analyser les références proposées par le ministère pour « guider » les débats. Les réponses des internautes ou des personnes qui participeront au débat n’y changeront pas grand&#45;chose, les dés sont pipés, la réponse est déjà là : les Français doivent honorer la France, son drapeau, ses grands hommes, son hymne national, son passé glorieux, mais les Français doivent aussi respecter ses valeurs de générosité et d’ouverture… bref le retour à un nationalisme de symboles, étriqué, excluant, qui ne répondra pas aux questions les plus contemporaines.


De toute évidence le débat, sans le nommer, ne cesse de tourner aussi (à la veille des élections régionales) autour du thème de l’immigration (en particulier postcoloniale) et de ses conséquences sur l’« identité nationale », même si de nombreuses personnalités de l’UMP et d’anciens premiers ministres commencent à sentir le « vent mauvais » et s’écartent de la démarche. Pourtant, sur le site, pas une référence sur l’immigration, sur la colonisation ou sur l’esclavage ! Le véritable débat est toujours dans l’ombre. Le message est clair : évitons ces sujets qui fâchent et revenons aux principes fondamentaux des « pères fondateurs » de la Nation, actualisés par les thuriféraires de la fierté nationale.


On aurait, en effet, pu s’attendre à trouver en matière d’immigration des références larges ouvrant au débat dans toute sa complexité, avec les ouvrages de Pascal Blanchard, Ahmed Boubeker, Suzanne Citron (en lien avec la Nation), Éric Fassin, Piero Galloro, Yvan Gastaut, Vincent Geisser, Nancy Green, Nacira Guénif&#45;Souilamas, Alec G. Hargreaves, Hervé Le Bras, Pierre Milza, Pap Ndiaye, Gérard Noiriel, Abdelmalek Sayad, Ralph Schor, Patrick Simon, Émile Temime, Patrick Weil, Michel Wieviorka… 


Sur l’esclavage, on aurait pensé lire les noms de Myriam Cottias, Marcel Dorigny, Benoît Falaize (en lien avec la pédagogie), Hubert Gerbeau, Michel Giraud, Frédérique Régent, Nelly Schmidt ou Françoise Vergès… 


Et, sur la période coloniale, ceux de Charles&#45;Robert Ageron, Nicolas Bancel, Yves Benot, Catherine Coquery&#45;Vidrovitch, Marc Ferro, Raoul Girardet, Mohammed Harbi, Daniel Hémery, Sandrine Lemaire, Claude Liauzu, Gilles Manceron, Achille Mbembe, Elikia M’Bokolo, Gilbert Meynier, Alain Ruscio, Benjamin Stora ou Sylvie Thénault, comme ouverture à toutes les analyses. Et bien non. Tout prétend, sur le site du ministre, que depuis vingt ans il n’y aurait eu aucun débat dans ce pays, ni réflexion, ni analyse.


Pas une référence sur les contributions des populations des outre&#45;mers qui se sont longuement exprimées sur la culture, l’identité, la mémoire et l’histoire au cours des États généraux de l’outre&#45;mer ces derniers mois. Pas une référence sur le questionnement dans nos quartiers, les expressions culturelles urbaines ou les combats de l’immigration. Est&#45;ce à dire que le ministre considère ces contributions comme sans intérêt, d’autres souhaitent dans le même temps que l’histoire quitte les classes de Terminale S ? Pourquoi demander une nouvelle fois aux populations des outre&#45;mers ou à celles des « banlieues » d’aller s’exprimer sur l’identité alors qu’elles l’ont déjà fait, en 2005 ou en 2009 ? Cela révèle&#45;t&#45;il que finalement ces consultations n’ont aucune importance ?


De nombreux auteurs ont pourtant travaillé, indirectement le plus souvent, à la complexité des transformations des identités, irriguées par les expériences outre&#45;mer et les flux diasporiques, permettant d’éclairer dans toutes leurs dimensions ces questions. Et bien non, sur le site mis en ligne, toute cette recherche semble nulle et non avenue, il ne nous reste plus qu’à relire Max Gallo, Daniel Lefeuvre, Gaston Kelman, de saupoudrer le tout d’un peu de Malraux, d’un zeste du Général, d’une pincée de Blum&#45;Mitterrand et pour donner un ton « diversité » de quelques lignes de Senghor, et de recouvrir le tout de classiques comme Bloch&#45;Braudel pour que tout soit dit !


Pourtant, derrière le « débat sur l’identité nationale » se tapit un autre débat, omniprésent, sur le passé colonial de la France et ses héritages dans le présent (immigration, connaissance de cette histoire, guerre des mémoires, place de l’islam, pseudo&#45;repentance…). Le Président de la République, dans une tribune, mélange les notions d’intégration et d’assimilation, renvoyant à une dialectique qui risque de provoquer des amalgames. La question est moins en effet « Qu’est&#45;ce qu’être Français ? » mais bien, dans ce « grand débat », qui ne dit pas son nom : « Peut&#45;on être Noirs, Arabes, Asiatiques, ultramarins et Français ? », car nous sommes encore, comme le rappelle très justement dans une tribune Yazid Sabeg, « hantés souterrainement » par l’histoire coloniale (Le Monde, 7 novembre 2009).


Cinq ans après le coup&#45;de&#45;feu sur la « colonisation positive » (fin 2004) qui va aboutir à la loi de février 2005 (et notamment à son article premier sur la reconnaissance de l’œuvre coloniale de la France), nous est proposé un second round sur un retour à l’« identité de la France », qui s’annonce d’ores et déjà comme une entreprise réactionnaire. En toile de fond, les immigrés, leurs enfants (et petits&#45;enfants). Mais pas n’importe lesquels. Ceux qui sont plus « colorés » que les autres. Ceux qui sont les « héritiers » du temps des colonies, ceux qui seraient avides de « communautarisme », ceux qui ne s’assimilent pas (comme nous l’explique la pasionaria Élisabeth Lévy chez Yves Calvi ou dans les colonnes du Figaro Magazine). En un mot « ceux qui n’aiment pas la France », sifflent l’hymne national ou manifestent lorsque l’Algérie se qualifie pour la Coupe du monde, terrorisent les banlieues, détruisent l’économie de « nos » paradis exotiques, et veulent diversifier la République tant « ethniquement » qu’en terme de religion. Ils nous font perdre « notre âme », notre « essence » et obligent leurs « sœurs » à porter la burka.

À ignorer, et pire, à stigmatiser ces composantes de la société française en parlant « d’assimilation », le débat sur l’identité est piégé : à la recherche d’une essence nationale, il exclut du champ du « national » les formes d’altérité qui sont la marque de notre société mondialisée et de sa constante créolisation.


Ce passé et ses conséquences sont aujourd’hui au cœur du véritable débat. Or, débattre sur « l’identité nationale » a toutes les chances d’aboutir à réifier de nouveau un « roman national » mythique, tout en volant la vedette à une extrême droite chancelante à la veille d’une élection stratégique, à mi&#45;mandat, pour la majorité en place. Signe des temps, il faut maintenant ne plus faire référence au « colonial » : c’est la leçon du semi&#45;échec de 2005 pour les tenants du « statu quo mémoriel » après l’abrogation de l’article 4 par le président Jacques Chirac, un an plus tard. Pour autant, la résonance médiatique de l’opération (qui doit connaître son point d’acmé début février 2010) est en phase avec l’un des discours majeurs de Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007 prononcé à Toulon.


En quelques lignes il donnait le ton de ce que devait être la « France éternelle » : « Le rêve européen a besoin du rêve méditerranéen. Il s’est rétréci quand s’est brisé le rêve qui jeta jadis les chevaliers de toute l’Europe sur les routes de l’Orient [les Croisades], le rêve qui attira vers le sud tant d’empereurs du Saint&#45;Empire et tant de rois de France, le rêve qui fut le rêve de Bonaparte en Égypte, de Napoléon III en Algérie, de Lyautey au Maroc. Ce rêve qui ne fut pas tant un rêve de conquête qu’un rêve de civilisation. Cessons de noircir le passé […]. » Et de conclure : « Je veux leur dire : de quel droit les jugez&#45;vous ? Je veux leur dire : de quel droit demandez&#45;vous aux fils de se repentir des fautes de leurs pères, que souvent leurs pères n’ont commises que dans votre imagination ? […]. » 


Dans la même perspective, l’initiative sur l’identité nationale du ministre Éric Besson veut faire croire que ceux qui s’attachent à une lecture plus critique du passé colonial seraient des « repentants », et ne seraient pas dignes de participer à la réflexion sur nos mémoires collectives.

Comment réagir face à ce tsunami identitaire lancé par le ministre et appuyé par le Président de la République : y participer selon le cadre posé et accepter la manipulation, refuser de contribuer à ce débat tronqué en période électorale et rester silencieux, recadrer le débat sur les véritables enjeux et entrer en résistance ?


On l’aura compris, nous penchons depuis plus d’un mois vers la seconde option, tant le « débat » est biaisé et joué d’avance (ce qui explique notre silence jusqu’alors). En même temps, le silence et le refus du débat laissent nos concitoyens face à la seule machine gouvernementale, c’est d’ailleurs ce que vient de souligner avec justesse Yves&#45;Charles Zarka dans une tribune publiée par  Le Monde sous le titre « Pour en finir avec le piège de l&#8217;identité nationale » (le 11 décembre 2009). C’est pourquoi nous n’aurons de cesse, dans les prochains mois, de recentrer la réflexion vers d’autres enjeux et de proposer de façon concrète des outils de compréhension pour les Français. En même temps, nous avons conscience de la saturation relative de l’opinion sur ces questions, du refus de la grande majorité des médias d’aborder cette problématique, et du manque d’intérêt des politiques pour un « débat » qui serait peu électoral. Pour autant, nous avons choisi d’agir, pour aller au&#45;delà du seul appel à l’interdiction du « ministère de l’ambiguïté » ou à l’auto&#45;interdiction de toute prise de parole qui risque de faire croire que nous n’aurions plus rien à dire sur nos « identités » en France.


Dans un premier temps, il faut revenir à l’essentiel et comprendre l’histoire. Il faut faire connaître ce passé colonial/esclavagiste et l’histoire de l’immigration des Suds dans notre pays, dont nos contemporains ignorent presque tout. Cette histoire et ses « apports » (comme le demande le ministre) ne feront plus « débat » lorsque la connaissance aura transcendé les fantasmes. C’est ce que montre, par exemple, l’exposition Générations. Un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins qui vient d’ouvrir à la CNHI, c’est ce que proposent sous forme de comparatisme franco&#45;américain les rencontres à l’ENS autour des « Minorités visibles en politique » ou le coffret de huit livres Un siècle d’immigration des Suds en France. Il faut enseigner, comparer, transmettre et non débattre avant d’avoir acquis un savoir.


Dans un second temps, certains d’entre nous ont pris l’initiative (dès juin 2009) de lancer le 20 janvier 2010 (un an après le mouvement social dans les outre&#45;mers et pour le 50e anniversaire des indépendances africaines) un appel rassemblant une centaine de contributeurs reposant sur des propositions concrètes pour une « République multiculturelle et post&#45;raciale » capable d’être le reflet de nos histoires et de la diversité de notre pays.


Enfin, pour replacer ce débat franco&#45;français dans les enjeux internationaux, une partie d’entre nous, en mars 2010, proposera l’ouvrage Ruptures postcoloniales avec une quarantaine d’auteurs de tous horizons, références dans plus d’une dizaine de pays des questions postcoloniales, pour analyser les mutations de notre temps et expliquer pourquoi les « enjeux identitaires » doivent être appréhendés en même temps « ici » et « ailleurs ». Dans la même perspective, plusieurs ouvrages (dont Enjeux politiques de l’histoire coloniale, Les immigrés algériens en France ou L’histoire bling&#45;bling), rencontres et colloques ont déjà proposé cette année ou proposeront « d’autres débats » tout au long du premier trimestre 2010, avec pour point d’orgue début février 2010 où des contre&#45;colloques viendront en réponse de celui annoncé par le ministre.


Ces initiatives, parmi beaucoup d’autres, sont les armes de l’intelligence et du savoir, face aux fantasmes et à l’émotion. Nous croyons dans la force de la connaissance pour une autre participation citoyenne au « véritable débat », pour éviter que «  le piège du débat consiste à réifier l&#8217;identité nationale, à la chosifier, pour la faire passer pour une identité permanente dont on pourrait facilement exclure un certain nombre de gens en raison de la couleur de leur peau, de leur culture, ou de leur religion, ou n&#8217;importe quoi d&#8217;autre &#8220; comme l’écrit le philosophe  Yves&#45;Charles Zarka.


Il ne faut donc pas se tromper de perspective. L’identité est faite d’éléments durables et de strates nouvelles, et l’histoire brasse les identités pour en construire d’autres, dans un mouvement permanent. Il faut expliquer aussi que les transformations très rapides de notre pays, ses métissages anciens, font peur et que ces peurs doivent être éclairées et vaincues, et non valorisées et manipulées. Il faut sortir des guerres de mémoire sur le passé colonial, pour enfin entrer dans le temps postcolonial. Il faut valoriser les mémoires autour de l’esclavage parce que c’est notre patrimoine commun. Il faut sortir des faux débats sur le déclin de « l’identité nationale » et de la France, comme si le changement de nos identités collectives n’était que péril et reniement. Il faut lutter contre les diatribes violentes qui ne voient que « communautarisme » ou « repentance » lorsque l’on parle de diversité des origines et des cultures.

Enfin, il faut rappeler que lorsqu’une société a rendu son passé inaudible (colonisation, esclavage…), a marginalisé une partie de ses histoires (immigrations, luttes ouvrières…), a ignoré la diversité de ses mémoires et ses zones d’ombre (par l’absence d’un grand musée de l’esclavage et de la colonisation par exemple), cette même société, incapable d’affronter le réel, ne peut qu’être en crise avec son non&#45;concept d’« identité » au singulier.


Après avoir commémoré la destruction d’un mur à l’Est (1989&#45;2009), il convient d’en abattre un autre : celui de nos imaginaires collectifs qui, à l’égard des populations des Suds ou ultramarines, n’a pas encore été déconstruit. C’est un des enjeux majeurs auxquels notre génération est confrontée et nous devons relever le défi avant que d’autres crises ne traversent nos outre&#45;mers ou nos quartiers. Alors oui, il faut choisir « son » débat et ce n’est pas celui de « l’identité nationale », mais bien celui de la manière dont se construisent nos identités collectives et nos valeurs communes, républicaines, dans la France postcoloniale, cinquante ans après les indépendances africaines.


Le collectif « Pour un véritable débat » qui a écrit et signé ce texte est composé de  : 


Nicolas Bancel (historian, University of Lausanne), Esther Benbassa (Senior Researcher, EPHE), Pascal Blanchard (historian, Laboratory for Communication and Politics, CNRS), Florence Bernault (historian, University of Wisconsin), Ahmed Boubeker (sociologist, University of Metz), Marc Cheb Sun (Editor&#45;in&#45;Chief, Respect mag), Catherine Coquery&#45;Vidrovitch (historian, Professor Emerita, University of Paris VII), Didier Daeninckx (writer and novelist), François Durpaire (historian, associate&#45;researcher, University of Paris I), Charles Forsdick (School of Languages, University of Liverpool), Yvan Gastaut (historian, University of Nice), Vincent Geisser (sociologist&#45;political scientist, IREMAM CNRS), Alec G. Hargreaves (Department of Modern Languages, Florida State University), Didier Lapeyronie (sociologist, University of Bordeaux 2), Gilles Manceron (historian, LDH), Achille Mbembe (historian, University of Witwatersrand/Johannesburg), Elikia M’Bokolo (historian, EHESS), Fadila Mehal (President, Mariannes de la diversité), David Murphy (School of Languages, University of Stirling), Christiane Taubira (Deputy, French National Assembly), Dominic Thomas (Department of French and Francophone Studies, UCLA).</description> 
      <dc:subject>Général</dc:subject>
      <dc:date>2010-01-12T17:06:00+01:00</dc:date>
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      <title>&#8220;Cinquante ans de décolonisation africaine&#8221; texte d&#8217;ACHILLE MBEMBE</title>
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      <description>Alors que nous entrons dans la période de la célébration des cinquante ans de décolonisation africaine, Achille Mbembé nous livre en exclusivité son analyse. Une façon de démarrer cette année et de voir un peu plus clair dans ces soleils si éblouissants des indépendances. 


&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;


Nous voici donc en 2010, cinquante ans après la décolonisation. Y&#45;a&#45;t&#45;il vraiment quoi que ce soit à commémorer ou faut&#45;il au contraire tout reprendre ? 


Restauration autoritaire par&#45;ci,  multipartisme administratif par là, ailleurs maigres avancées au demeurant réversibles et, à peu près partout, niveaux très élevés de violence sociale, voire situations d’enkystement, de conflit larvé ou de guerre ouverte, sur fonds d’une économie d’extraction qui, dans le droit fil de la logique mercantiliste coloniale, continue de faire la part belle à la prédation – voilà, je dirais, le paysage d’ensemble.&amp;nbsp; 


Dans la plupart des cas, les Africains ne sont toujours pas à même de choisir librement leurs dirigeants. Trop de pays sont toujours à la merci de satrapes dont l’objectif unique est de rester au pouvoir à vie. Du coup, la plupart des élections sont truquées. On sacrifie aux aspects procéduraux les plus élémentaires de la concurrence, mais l’on garde le contrôle sur les principaux leviers de la bureaucratie, de l’économie, et surtout de l’armée, de la police et des milices. La possibilité de renverser le gouvernement par la voie des urnes n’existant pratiquement pas, seul l’assassinat, la rébellion ou le soulèvement armé peuvent contredire le principe de la continuation indéfinie au pouvoir. Globalement, les choses sont donc plutôt bloquées, surtout en Afrique francophone où, les manipulations électorales et les successions de père en fils aidant, l’on peut dire que l’on vit, de facto, sous des chefferies masquées.


Où allons&#45;nous ?


Quatre tendances lourdes me frappent aussi. La première est l’absence d’un réel projet démocratique, d’une pensée de la démocratie qui constituerait une véritable alternative au modèle prédateur en vigueur à peu près partout. 


La deuxième est le recul de toute perspective de révolution sociale radicale sur le continent. La troisième est la sénilité croissante des pouvoirs nègres – le fait que plus ils sont vieillissants, plus ils deviennent hystériques et carnassiers, et plus les successions deviennent des affaires de famille. 


La troisième est  l’enkystement de pans entiers de la société et l’irrépressible désir, chez des centaines de millions, de vivre partout ailleurs sauf chez eux – le désir généralisé de défection et de désertion.&amp;nbsp; 


À ces dynamiques structurelles vient s’ajouter une autre – l’émergence d’une culture du racket, de l’émeute sanglante et sans lendemain et qui, à l’occasion, tourne facilement à la guerre de pillage. Cette sorte de lumpen&#45;radicalisme, à la vérité violence sans projet politique alternatif, n’est pas seulement porté par les « cadets sociaux » dont « l’enfant&#45;soldat » et le « sans&#45;travail » des bidonvilles constituent les tragiques  symboles.&amp;nbsp; Cette sorte de populisme sanglant  est aussi mobilisé,  lorsqu’il le faut,  par les forces sociales qui sont parvenues à coloniser l’appareil d’État.


Il faut craindre que cette violence sans projet politique alternatif ne se généralise. Elle provoquerait en retour le raidissement d’un État qui, bien qu’illégitime ou amputé de la plupart de ses prérogatives classiques, bénéficie du soutien d’une classe qui en a fait l’instrument de son enrichissement personnel ou, simplement, une ressource privée ou encore une source d’accaparements en tous genres, dans le contexte de la lutte quotidienne soit pour l’accumulation, soit pour la survie pure et simple. Quitte à détruire l’État, l’économie et les institutions, cette classe est prête à tout pour conserver le pouvoir, la politique n’étant d’ailleurs à ses yeux qu’une manière de conduire la guerre civile ou la guerre ethnique par d’autres moyens. 


Ces brusques observations ne signifient toutefois pas qu’il n’existe aucune saine aspiration à la   liberté et au bien&#45;être en Afrique. Ce désir peine cependant à trouver un langage, des pratiques effectives, et surtout une traduction dans des institutions nouvelles et une culture politique neuve où le pouvoir n’est plus un jeu à somme nulle. 


La violence des « sans&#45;parts »


Pour que la démocratie puisse s’enraciner en Afrique, il faudrait qu’elle soit portée par des forces sociales et culturelles organisées ; des institutions et des réseaux sortis tout droit du génie, de la créativité et surtout des luttes des gens eux&#45;memes et de leurs traditions propres de solidarité. Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi une Idée dont elle serait la métaphore vivante et absolue. Ainsi, en réarticulant par exemple le politique et le pouvoir autour de la critique des formes de vie, ou plus précisément de l’impératif de nourrir les  « réserves de vie », on pourrait ouvrir la voie à une nouvelle pensée de la démocratie dans un continent où le pouvoir de tuer reste plus ou moins illimité, et où la pauvreté et la maladie rendent l’existence si précaire. 


Au fond, une telle pensée devrait etre utopique. Elle devrait etre, de nécessité, une pensée de l’émergence et du soulèvement. Mais ce soulèvement devrait aller bien au&#45;delà de l’héritage anti&#45;colonialiste et anti&#45;impérialiste dont les limites, dans le contexte de la mondialisation et au regard de ce qui s’est passé depuis les indépendances, sont désormais flagrantes. 


En attendant, deux facteurs décisifs constituent des freins à une démocratisation du Continent. D’abord une certaine économie politique. Ensuite un certain imaginaire du pouvoir, de la culture et de la vie. 


D’une part, la brutalité des contraintes économiques dont les pays africains ont fait l’expérience au cours du dernier quart du XXe siècle &#45; et qui se poursuit sous la férule du néo&#45;libéralisme – a contribué à la fabrication d’une multitude de « gens sans&#45;part » dont l’apparition sur la scène publique s’effectue de plus en plus sur le mode de la tuerie lors de bouffées xénophobes ou à l’occasion de luttes ethniques, surtout au lendemain d’élections truquées, dans le contexte des protestations contre la vie chère, ou encore dans le cadre des luttes pour les ressources de base. 


Ce sont des gens qui n’ont strictement rien à perdre, qui de surcroit sont totalement livrés à l’abandon – condition de laquelle ils ne peuvent souvent échapper que par la migration,  la criminalité et toutes sortes d’illégalismes. C’est une classe de « superflus » dont l’État (là où il existe), voire le marché lui&#45;meme, ne savent que faire. Ce sont des gens que l’on ne peut guère vendre en esclavage comme aux débuts du capitalisme moderne, ni réduire aux travaux forcés comme à l’époque coloniale et sous l’apartheid. Du point de vue du capitalisme tel qu’il fonctionne dans ces régions du monde, ils sont complètement inutiles &#45; des rebuts humains livrés à la violence, à la maladie, à l’évangélisme nord&#45;américain, aux croisés de l’Islam et à toutes sortes de phénomènes d’illumination. 


D’autre part, la brutalité des contraintes économiques a aussi vidé de tout contenu le projet démocratique en réduisant celui&#45;ci à une simple formalité – un rituel sans contenu ni symbolique, et plus grave encore sans conséquence réelle sur la vie quotidienne des gens ordinaires. Puis, comme je le suggérais à l’instant, l’incapacité à sortir du cycle de l’extraction et de la prédation dont l’histoire, d’ailleurs, prédate la colonisation. Ces facteurs, pris ensemble, pèsent énormément sur les formes que prend le politique dans nos pays.&amp;nbsp; 


À ces données fondamentales s’ajoute l’événement qu’aura été la grande diffraction sociale commencée au milieu des années 80. Cette diffraction de la société a conduit à peu près partout à une informalisation des rapports sociaux et économiques, à une fragmentation sans précédent du champ des règles et des normes, et à un  processus de dés&#45;institutionalisation qui n’a pas épargné l’État lui&#45;même. 


Cette diffraction a également provoqué un  grand mouvement de défection de la part de nombreux acteurs sociaux, ouvrant dès lors la voie à de nouvelles formes de la lutte sociale – une lutte sans pitié pour la survie centrée autour de l’accès aux ressources. Aujourd’hui, le bidonville est devenu le lieu névralgique de ces nouvelles formes d’affrontements souvent sans tete apparente. Il s’agit d’affrontements de type moléculaire et cellulaire qui combinent des éléments de la lutte des classes, de la luttes des races, de la lutte ethnique, des millénarismes religieux et des luttes en sorcellerie. 


Pour le reste, la faiblesse des oppositions est connue. Pouvoir et opposition opèrent en fonction d’un temps court marqué par l’improvisation, les arrangements ponctuels et informels, les compromis et compromissions diverses, les impératifs de conquête immédiate du pouvoir ou la nécessité de le conserver à tout prix. Les alliances se nouent et se dénouent constamment. Mais surtout, l’imaginaire du pouvoir ne s’est guère transformée. L’imaginaire structurant de la politique en Afrique reste celui de la guerre civile permanente. Et tant que l’on ne découplera pas la politique et la guerre, le potentiel de violence restera explosif.


Décolonisation et internationalisation


Ce cinquantenaire de la décolonisation n’est pas seulement une affaire africaine. On me dit que la France, en particulier, veut faire de 2010 une « Année de l’Afrique ».&amp;nbsp; La France, justement, donne l’impression de n’accepter que du bout des lèvres la démocratisation du Continent. Dans son pré&#45;carré, elle s’y est opposée farouchement depuis 1960, n’hésitant pas, le cas échéant, à recourir à l’assassinat et à la corruption. 


Aujourd’hui encore, elle est connue, à tort ou à raison,  pour son soutien le plus tenace, le plus retors et le plus indéfectible aux satrapies les plus corrompues du continent et aux régimes qui, justement, ont tourné le dos à la cause africaine. 


Il y a une raison simple à tout cela – les conditions historiques dans lesquelles s’est effectuée la décolonisation et le régime des capitations qu’ont cimenté les accords inégaux « de coopération et de défense » signés dans les années 1960. 


On ne le sait peut&#45;etre pas assez, l’objet de ces accords secrets, ce fut non pas de liquider le rapport colonial, mais justement de le contractualiser. C’est au nom de cette contractualisation des vieux rapports coloniaux que la France continue, de facto,  d’exercer un droit de propriété sur le sol, le sous&#45;sol et l’espace aérien de ses anciennes colonies. 


Lors de son dernier voyage officiel en Afrique du Sud, le Président Nicolas Sarkozy avait promis de rendre public ces accords. Je ne sais s’il l’a déjà fait. 


Les États&#45;Unis ne s’opposent peut&#45;être pas activement à la démocratisation de l’Afrique. Cynisme et hypocrisie suffisent largement – encore que de nombreuses institutions privées américaines apportent une aide multiforme à la consolidation des sociétés civiles africaines. C’est par exemple le cas des nombreuses fondations américaines. Mais le caractère moralisateur et évangélique de leurs interventions laisse à désirer.


Un fait majeur des cinquante prochaines années sera la présence de la Chine en Afrique. Cette présence est sinon un contrepoids, du moins un expédient à l’échange inégal si caractéristique des relations que le Continent entretient avec les puissances occidentales et les institutions financières internationales. Il est vrai que pour le moment, la relation avec la Chine ne sort pas du modèle de l’économie d’extraction – modèle qui, ajouté à la prédation, constitue la base matérielle des tyrannies nègres. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que la Chine soit d’un grand secours dans les luttes à venir pour la démocratie.


L’influence de l’autre puissance montante, l’Inde,  est pour l’instant marginale.


Quant à l’Afrique du Sud, elle ne peut pas, à elle toute seule, promouvoir la démocratie en Afrique. Elle n’en a ni les moyens, ni la volonté, ni les ressources de l’imagination. Du reste, elle doit d’abord approfondir la démocratie chez elle avant de penser à la promouvoir chez d’autres. Il est dommage que des forces externes continuent de faire pression sur elle pour qu’elle exerce sur le Continent un role de gendarme  qui ne lui sied pas du tout et pour lequel elle est si mal équipée.


Ce à quoi il faudrait arriver, c’est à une sorte de « New Deal » continental collectivement négocié par les différents États africains et  par les puissances internationales  – un « New Deal » en faveur de la démocratie et du progrès économique qui viendrait compléter et clore une fois pour toutes le chapitre de la décolonisation. 


Survenant plus d’un siècle après la fameuse Conférence de Berlin qui inaugura la partition de l’Afrique, ce « New Deal » serait assorti d’une prime économique pour la reconstruction du continent. Mais il comporterait également un volet juridique et pénal, des mécanismes de sanction, voire de mise au ban, dont la mise en oeuvre serait nécessairement multilatérale, et dont l’inspiration pourrait etre trouvée dans les transformations récentes du droit international. Ceci impliquerait qu’à l’occasion, des régimes coupables de crimes contre leurs peuples pourraient légitimement etre déposés par la force et les auteurs de ces crimes poursuivis devant la justice pénale internationale. La notion de « crimes contre l’humanité » devrait elle&#45;meme faire l’objet d’une interprétation étendue qui inclue non seulement les massacres et les violations aggravées des droits humains, mais aussi des faits graves de corruption et de pillage des ressources naturelles d’un pays. Il va de soi que des acteurs privés loaux ou internationaux pourraient également etre visés par de telles dispositions.


C’est à ce niveau de profondeur historique et stratégique qu’il importe désormais d’envisager la question de la démocratisation et du progrès économique en Afrique.&amp;nbsp; 

La démocratisation de l’Afrique est d’abord une question africaine, certes. Mais elle a aussi des dimensions internationales.


Ré&#45;ouvrir le futur


Pour le demi&#45;siècle qui vient, une partie du role des intellectuels, des gens de culture et de la société civile africaine  sera justement d’aider à « internationaliser » la question de la démocratisation de l’Afrique, dans le droit fil des efforts des dernières années visant à mutualiser le droit international et qui ont vu l’apparition d’instances juridictionnelles supra&#45;étatiques.


Encore faut&#45;il aller au&#45;delà de la conception traditionnelle de la société civile, celle qui est étroitement dérivée de l’histoire des démocraties capitalistes. D’une part, il faut tenir compte du facteur objectif qu’est la multiplicité sociale – multiplicité des identités, des allégeances, des autorités et des normes – et, à partir d’elle, imaginer de nouvelles formes de mobilisation et de leadership. 


D’autre part, la nécessité de création d’une plus&#45;value intellectuelle n’a jamais été aussi pressant. Cette plus&#45;value doit etre réinvestie dans un projet de transformation radicale du continent. La création de cette plus&#45;value ne sera pas uniquement l’oeuvre de l’État. Elle est, à mes yeux, la nouvelle tache des sociétés civiles africaines. Pour y parvenir, il faudra à tout prix sortir de la logique de l’urgence et de la logique des besoins immédiats qui a, jusqu’à présent, colonisé le débat sur l’Afrique.&amp;nbsp; 


Tant que la logique de l’extraction et de la prédation qui caractérise l’économie politique des matières premières en Afrique n’est pas brisée, et avec elle les modes existants d’exploitation des richesses du sous&#45;sol africain, nous n’irons pas loin. La sorte de capitalisme que favorise cette logique  allie fort bien mercantilisme, désordres politiques et militarisme. Cette sorte de capitalisme, on en voit déjà les prémisses à l’époque coloniale, avec le régime des sociétés concessionnaires. Tout ce dont il a besoin pour fonctionner, ce sont des enclaves fortifiées, des complicités souvent criminelles au coeur des sociétés locales, le minimum possible d’État et l’indifférence internationale.


Si les Africains veulent la démocratie, c’est à eux d’en payer le prix. Personne ne le paiera à leur place. Ils ne l’obtiendront pas non plus à crédit. Ils auront néanmoins besoin de s’appuyer sur de nouveaux réseaux de solidarité internationale, une grande coalition morale en dehors des États – la coalition de tous ceux qui croient que sans sa part africaine, notre monde décidément sera plus pauvre encore en esprit et en humanité.


ACHILLE MBEMBE</description> 
      <dc:subject>Événements</dc:subject>
      <dc:date>2010-01-04T10:06:00+01:00</dc:date>
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    <item>
      <title>MERCI</title>
      <link>http://www.lecreditavoyage.com/article/merci/</link>
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      <description>Ami(es) du Crédit a voyagé,


Une nouvelle année commence, l’occasion de souhaiter tous les vœux et d’espérer qu’ils se réalisent. Notre Blog a désormais cinq ans d’existence. Pendant cette période, grâce à votre fidélité, nous avons vécu des aventures extraordaires et assisté à des joies incommensurables. Nous avons célébré des écrivains de talent &#45; les meilleures voix francophones de ces dix dernières années : Dany Laferrière, Léonora Miano, Anouar Benmalek, Yahia Belaskri, Abdourahman Waberi, Sami Tchak, Ananda Devi, Pia Petersen, Louis&#45;Philippe Dalembert,  Natacha Appanah, Gilbert Gatore, Wilfried Nsondé, Gabriel Okoundji, Jean Divassa&#8230; 

Nous avons donné la parole aux plus grands intellectuels africains qui comptent  actuellement et dont la pensée est traversée à la fois par une courtoisie de l’échange et une analyse constructive et sans concessions : Achille Mbembé, Célestin Monga, Christian Eboulé. Ces intellectuels tracent les sillons de la pensée ouverte au monde. Et c&#8217;est en cela que leur voix est portée par une originalité et une intelligence humaine. 

A toutes ces personnalités un seul mot de ma part : MERCI.</description> 
      <dc:subject>Général</dc:subject>
      <dc:date>2010-01-02T12:50:00+01:00</dc:date>
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      <title>&#8220;L’art d’être un homme : Afrique, Océanie.&#8221;</title>
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      <description>En cette fin d&#8217;année, permettez&#45;moi de vous conseiller un beau livre, un vrai cadeau qui pourrait faire plaisir à votre entourage. Voici la chronique que j&#8217;ai écrite à ce sujet et qui a été publiée jeudi dernier dans Le Figaro Littéraire.


On ne naît pas homme, on le devient. Et pour le devenir « l’apparat » joue parfois un rôle capital, voire incontournable. L’art d’être un homme, Afrique, Océanie explore ainsi les « identités masculines » en Afrique et en Océanie grâce aux objets portés, aux bijoux, aux vêtements, aux accessoires et aux emblèmes. A travers l’histoire et le comportement « esthétique » dans ces deux continents on note que le corps est, dans certains cas, le lieu de l’expression d’un contexte social ou historique. 


L’ouvrage est composé d’iconographies, de dessins, de photographies, d’œuvres appartenant à des musées ou à des collections privées. Comment décrypter le message caché derrière un corps « embelli » sans tomber dans l’analyse exotique ? Comment expliquer certains rituels liés à la beauté sans songer aveuglement à une pratique « barbare » ? Pourquoi tant d’explorateurs et de navigateurs ont insisté sur l’importance des parures dans leurs récits de voyages, nous offrant ainsi des  témoignages ethnographiques d’exception ? Et qu’en est&#45;il de la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes), avec ces dandys – originaires du Congo –  qui ont fait du culte de l’habit leur « religion » au point de séduire désormais les grands couturiers d’Europe ? 


Cet ouvrage plaide en somme pour un autre regard de l’Afrique et de l’Océanie. Un regard essentiel en ces temps où, plus que jamais, les rencontres définissent notre humanisme.


Alain Mabanckou (Le Figaro, 17 décembre 2009)


L’art d’être un homme : Afrique, Océanie. Ouvrage collectif sous la direction de Christiane Falgayrettes&#45;Leveau et d’Anne Van Cutsen&#45;Vanderstraete. Ed. Dapper, Paris 2009, 300 pages, 32 euros (édition brochée) ; 42 euros (43 euros, édition reliée sous jaquette).</description> 
      <dc:subject>Général</dc:subject>
      <dc:date>2009-12-20T13:29:01+01:00</dc:date>
    </item>

    <item>
      <title>&#8220;Présence Africaine&#8221;, vedette du musée du Quai Branly. Madame Diop répond à &#8220;Jeune Afrique&#8221;&#8230;</title>
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      <description>Jusqu’au 31 janvier 2010, le musée du Quai Branly, à Paris, salue soixante&#45;deux ans de combat en faveur de la littérature africaine. À travers une exposition dédiée à la revue et à la maison d’édition fondée par le Sénégalais Alioune Diop. 


Christiane Yandé Diop, directrice de Présence africaine. (Photo : Vincent Fournier pour Jeune Afrique)


Jeune Afrique : L’exposition sur Présence africaine au musée du Quai Branly est un événement trop rare pour ne pas être souligné. Qu’est&#45;ce que cela vous inspire ?


CHRISTIANE YANDÉ DIOP : Enfin on reconnaît l’importance de la littérature et de l’Afrique ! Pour moi, c’est beaucoup d’émotions. Chaque fois qu’il est question de Présence africaine, je pense à Alioune Diop, à Aimé Césaire, à Léon Gontran Damas, à Cheikh Anta Diop, à tous ceux qui sont encore vivants. Cette reconnaissance est surtout pour eux. Moi, je n’ai été là que pour aider Alioune Diop, mon mari, à poursuivre son combat pour la reconnaissance de l’Afrique dans ce monde.


Soixante&#45;deux ans après, cet idéal est&#45;il atteint ?


Beaucoup a été fait, mais beaucoup reste à faire, surtout auprès des jeunes, qui n’ont pas connaissance des luttes que nous avons dû mener. Pour y parvenir, aujourd’hui, nous avons besoin des médias. Ils peuvent nous aider à véhiculer cette littérature, cette culture, cette nécessité de penser à l’Afrique, car elle aide à l’évolution du monde moderne. Nous avons beaucoup de choses. Mais je ne sais pas pourquoi nous n’arrivons pas à réaliser correctement nos rêves. Peut&#45;être que nous ne faisons pas assez appel à la société civile… 


Vous avez pris la relève de ce qui a été commencé par Alioune Diop et ses amis. Comment faites&#45;vous pour tenir dans un contexte difficile pour l’édition ?


Je tiens grâce à la foi, à mon éducation, issue d’une mère camerounaise qui avait beaucoup de caractère et de ténacité, et d’un père sénégalais. Et grâce à l’admiration que je portais à cet homme, Alioune Diop, beau, intelligent, exigeant. Je me suis toujours dit : « Non, je ne peux pas abandonner, même si c’est difficile. » Je suis très fière qu’un de mes enfants ait accepté de travailler avec moi, car les choses sont tellement difficiles aujourd’hui. Et je vieillis… Il faut un regard neuf. Il y a aussi beaucoup de jalousie. On me demande parfois pourquoi je ne vais pas m’installer en Afrique ! Je réponds que l’Europe, Paris, la rue des Écoles nous appartiennent à tous. Nous gênons, malgré nos très faibles moyens. 


Vous qui sillonnez le continent africain, pensez&#45;vous que les débats actuels valent ceux de votre époque ?


Non ! Car les gens ne lisent plus. C’est tout à fait différent. Il y avait certes des injustices de notre temps, mais c’est beaucoup plus dur aujourd’hui. 


Qu’en est&#45;il aujourd’hui de la solidarité entre les Africains et les Noirs de la diaspora, très active jadis ?


On vit aujourd’hui dans un autre monde. Chacun veut gagner sa vie et personne n’est prêt à se sacrifier pour un idéal. De temps en temps, je regrette ce passé où l’on œuvrait ensemble en taisant nos différences. Alioune Diop, qui était chrétien, avait autour de lui des athées, des musulmans, des juifs. Aujourd’hui, il faut être d’un clan. 


Vous sentez&#45;vous trahie quand des auteurs qui ont commencé chez vous rejoignent d’autres maisons d’édition ?


Non, pas du tout. Je suis un peu déçue, évidemment. Mais je comprends qu’ils aillent chercher ailleurs ce que Présence africaine, à cause de ses faibles moyens, ne peut pas leur apporter. Je pense, par exemple, à Alain Mabanckou, que j’aime beaucoup et qui, je crois, reste fidèle à Présence africaine. Je suis très heureuse qu’il ait eu le prix Renaudot [en 2006, pour Mémoires de porc&#45;épic, éditions du Seuil, NDLR]. Présence africaine n’aurait pas pu le lui apporter puisque nous ne faisons pas partie du sérail, des grosses maisons d’édition. Mais, Dieu merci, beaucoup reviennent ensuite auprès de nous. 


Dans quels pays du continent avez&#45;vous réussi à vous imposer ?


Nous vendons très bien les livres, les classiques africains, sur l’ensemble du continent. C’est d’ailleurs surtout avec l’Afrique que nous travaillons. Notre seul regret est que le livre reste cher. Mais comment faire ? Il faudrait une aide des gouvernants. Je crois qu’il faut une réunion à un très haut niveau sur le livre en Afrique. 


Vous avez traduit des auteurs anglophones. Qu’est&#45;ce que cela a apporté à Présence africaine ?


Beaucoup ! Cela veut dire que notre maison d’édition n’est pas uniquement francophone. Présence africaine est au cœur du mouvement de l’émancipation, dans toutes les langues, et se retrouve partout. Mais ce n’est pas facile, car nous ne sommes pas aidés. Or tout n’est qu’une question de réseaux. 


Vous n’êtes pas une femme de réseaux ?


Non. C’est pourquoi je me retire pour laisser les jeunes organiser ces fameux réseaux. Cela nous manque. 


Qu’est&#45;ce qui vous a le plus marquée dans l’aventure de Présence africaine ?


D’abord, le choix d’un homme. Je crois que je ne me suis pas trompée et j’en suis heureuse. Je n’ai pas pu aller à l’université. Mais j’ai rencontré de grands intellectuels qui venaient voir Alioune. Il y a eu aussi le premier Festival mondial des arts nègres, à Dakar, en 1966. Nous étions tous inquiets, mais ce fut un succès. Et comment oublier le premier Congrès des écrivains et artistes noirs, à La Sorbonne, en 1956, puis le suivant, à Rome, en 1959 ? C’était merveilleux ! Aujourd’hui, il n’y a plus d’élément fédérateur. 


Que pensez&#45;vous du débat actuel, en France, sur l’identité nationale ?


La France est multiculturelle. Nous sommes condamnés à vivre ensemble. Il faut essayer de voir comment gérer nos différences. C’est dès l’école qu’il faut apprendre à vivre ensemble. 


Vous avez fréquenté de nombreux Africains&#45;Américains qui se battaient pour leurs droits civiques. L’élection d’Obama est&#45;elle l’aboutissement de ces combats ?


Barack Obama est président des États&#45;Unis. Qu’il soit noir ou pas, c’est un problème américain. Mais si cela nous fait plaisir, à nous qui sommes noirs, si cela nous donne la force de faire ce que nous devons faire dans nos pays, tant mieux. 


Quand comptez&#45;vous passer le flambeau à la jeunesse ?


Mais la jeunesse est déjà là, autour de moi. Ma fille, ma petite&#45;fille, et bien d’autres… 


Ce qui ne vous empêche pas de venir à Présence africaine presque tous les jours ! Est&#45;ce vraiment difficile de partir ?


Je dois tout de même faire travailler ma tête ! On ne s’en va pas comme ça, même s’il faut passer la main. On n’est pas éternel. Je suis fatiguée. Vous savez, Présence africaine est un fardeau. Mais continuer à être là me fait du bien. Et puis, les jeunes ont aussi besoin de moi. 


Exposition « Présence africaine, une tribune, un mouvement, un réseau », jusqu’au 31 janvier 2010 au musée du Quai Branly (Paris). Renseignements sur http://www.quaibranly.fr</description> 
      <dc:subject>Général</dc:subject>
      <dc:date>2009-12-18T14:54:00+01:00</dc:date>
    </item>

    <item>
      <title>Mabanckou et Miano face à l&#8217;identité nationale.&amp;nbsp; Par Laurent Martinet.</title>
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      <description>Alain Mabanckou et Léonora Miano (photo), écrivains français d&#8217;origine étrangère, nous confient leur sentiment sur &#8220;l&#8217;identité nationale&#8221;.


Que vous inspire le débat actuel sur l&#8217;identité nationale?


Alain Mabanckou : J&#8217;ai presque envie de dire que le gouvernement pratique la politique de la diversion au moment où les grandes questions sont celles de l&#8217;emploi, du logement, de la crise économique, de la pauvreté, des sans&#45;abris, bref de ce qui préoccupe directement chaque Français, de ce qui rend délicate la vie quotidienne. Je ne pense pas que la France est actuellement en pleine guerre civile pour agiter la question de &#8220;l&#8217;identité&#8221; &#45; terme très prisé par les nationalistes et souvent utilisé par les régimes totalitaires qui conduisent le monde dans des aventures sinistres. Parler de l&#8217;identité nationale au moment où il faudrait proner l&#8217;ouverture au monde relève de l&#8217;idéologie, et ma pratique du marxisme léninisme me fait dire que pour mieux analyser une société il vaut mieux se fonder sur l&#8217;infrastructure (économie, moyen de production etc.) et non la superstructure (l&#8217;idéologie &#45; donc la question de l&#8217;identité nationale).


En somme le gouvernement semble gouverner par la superstructure afin de camoufler les urgences de l&#8217;infrastructure. Les dérapages d&#8217;un élu de L&#8217;UMP &#45; qui a prétendu qu&#8217;il y avait trop d&#8217;immigrés, que les Français allaient etre avalés &#45; montrent que ce débat a réveillé ce que nous repoussons par le sens de la courtoisie et de l&#8217;échange : la haine, la suspicion, la xénophobie.


Léonora Miano: Il me dérange, comme d&#8217;ailleurs, le concept de nation, avec lequel je compose parce que je n&#8217;ai pas vraiment le choix. Je ne crois pas aux identités nationales. L&#8217;identité n&#8217;est pas un domaine administrable comme la santé ou l&#8217;éducation, qui peuvent, elles, être régies par des ministères.


Les individus sont le fruit d&#8217;éléments divers, n&#8217;ayant pas nécessairement à voir avec l&#8217;histoire d&#8217;un seul territoire. Ils sont, surtout à notre époque, attachés à des cultures et à des lieux différents. Je parle de mon identité comme frontalière, et définis la frontière comme le lieu où les mondes se touchent sans cesse.


Y voyez&#45;vous des résonnances avec vos thèmes favoris?


Alain Mabanckou: J&#8217;ai critiqué dans mon roman Black Bazar (Seuil, 2009) plusieurs travers de ces idéologies par le biais de l&#8217;ironie. Mon personnage qui s&#8217;appelle Hippocrate est sans doute celui qui colle à la réalité actuelle : il preche l&#8217;intolérance, écarte l&#8217;Autre et agite le spectre de la xénophobie. Je ne pensais pas que ce que j&#8217;avais écrit aurait eu un tel écho dans la réalité&#8230; Je continuerai à traquer ces idées, à leur mener une guerre sans merci car j&#8217;attends de la France qu&#8217;elle reconnaissance qu&#8217;une identité est mobile, indéfinissable et qu&#8217;elle est la somme des éléments les plus disparates de notre humanité.


Léonora Miano: Aucunement. Ce débat vise à évoquer l&#8217;immigration récente, subsaharienne et maghrébine, par des voies détournées. Il s&#8217;agit d&#8217;un procédé bassement électoraliste. Ma démarche est plus profonde, plus sérieuse. Mon roman, Tels des astres éteints (Plon 2008), était dédié aux &#8220;identités frontalières&#8221;. Il s&#8217;agissait pour moi de réfléchir, à travers des personnages subsahariens et afro&#45;descendants enfermés dans une vision close de l&#8217;identité, à la possibilité d&#8217;habiter sereinement la frontière. C&#8217;est ce que je fais. Mon pays est avant tout intérieur. 


Alain Mabanckou est né à Pointe&#45;Noire, en République du Congo, en 1966.&amp;nbsp; Il a obtenu en 2006 le Prix Renaudot pour Mémoires de porc&#45;épic. Il vient de publier Black Bazar (Seuil).


Léonora Miano est née à Douala, au Cameroun, en 1973. Son premier livre, L&#8217;intérieur de la nuit, a été choisi comme meilleur roman français de l&#8217;année 2005 par Lire. Elle vient de publier Les Aubes écarlates (Plon).


Sources : L&#8217;EXPRESS (http://www.lexpress.fr/culture/livre/mabanckou&#45;et&#45;miano&#45;face&#45;a&#45;l&#45;identite&#45;nationale_833630.html)</description> 
      <dc:subject>Événements</dc:subject>
      <dc:date>2009-12-10T13:13:00+01:00</dc:date>
    </item>

    <item>
      <title>Extraits de  &#8220;L&#8217;EUROPE DEPUIS L&#8217;AFRIQUE&#8221; d&#8217;Alain Mabanckou</title>
      <link>http://www.lecreditavoyage.com/article/extraits-du-texte-qui-vient-de-paraitre-aux-editions-naive-leurope-depuis-l/</link>
      <guid>http://www.lecreditavoyage.com/article/extraits-du-texte-qui-vient-de-paraitre-aux-editions-naive-leurope-depuis-l/#When:08:17:01Z</guid>
      <description>EXTRAITS DU TEXTE QUI VIENT DE PARAITRE AUX EDITIONS NAIVE, &#8220;L&#8217;EUROPE DEPUIS L&#8217;AFRIQUE&#8221;


&#8220;L&#8217;Europe va mal, on le sait. Elle est alitée, entourée de médecins dont les panacées aggravent son état plus qu&#8217;elles ne la guérissent. Elle est victime de l&#8217;effet boomerang de sa propre civilisation. De son incapacité à gérer l&#8217;immédiat. De ses tergiversations à se mirer. Fière d&#8217;elle à tort, elle n&#8217;ose prendre le taureau espagnol par les cornes et le coq gaulois par la crête. Elle a été le théâtre de guerres impliquant d&#8217;autres continents&#8212;qui n&#8217;avaient d&#8217;ailleurs rien à voir avec ses querelles de voisinage, ses différends de frontières, ses appétits de Grande Puissance. Les circonstances de la mobilisation d&#8217;autres peuples venus aux côtes de l&#8217;Europe importaient peu : la cause à défendre était noble.


L&#8217;héritage de cette expérience commune ? Un tableau qui s&#8217;assombrit de décennie en décennie : politique d&#8217;immigration draconienne ici, reconduite à la frontière là, les vieux soldats africains qui attendent toujours leurs pensions. Les pauvres vétérans n&#8217;ont pour consolation que le statut creux de tirailleurs sénégalais, d&#8217;anciens combattants et le port de médailles le dimanche dans les conseils de quartier. Parce que, eux, ils peuvent au moins arguer qu&#8217;ils ont fait l&#8217;Europe. On dirait des personnages sortis tout droit de Pas de lettre pour le colonel de Gabriel Garcia Marquez. Ou même du Désert des Tartares de Dino Buzzati ...


Je ne ferme pas les yeux à la montée des nationalismes, à la recrudescence de l&#8217;antisémitisme, Celui&#45;ci vient de la bouche de certains Africains qui s&#8217;imaginent que la solution adéquate serait de mettre sur la balance de Roberval les peines de l&#8217;humanité. Ils les quantifient alors, les dosent avant de décréter du haut de leur crétinisme grégaire que telle douleur est &#8220;plus douloureuse&#8221; que telle autre ! A y bien regarder, aucun continent n&#8217;a le monopole de l&#8217;épreuve, des souffrances, des injustices.


L&#8217;Europe va mal. Aimé Césaire l&#8217;avait dit en 1955 dans son Discours sur le colonialisme. Cinquante ans déjà. La moitié d&#8217;un siècle. Qui l&#8217;avait écouté ? Ni l&#8217;Europe, ni l&#8217;Afrique. On n&#8217;écoute pas les poètes. On fait semblant de s&#8217;émouvoir, de célébrer la puissance de leurs vers. Et on regarde ailleurs, parce que, pour beaucoup, la poésie ne sera jamais cette &#8220;arme miraculeuse&#8221; dont parle ce même Césaire. La vérité de son Discours  est bouleversante. Le livre n&#8217;a pas pris une seule ride. Le constat principal est le suivant : &#8221;Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.&#8221;


L&#8217;Europe a&#45;t&#45;elle toujours choisi de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux ? L&#8217;Europe a&#45;t&#45;elle lu Aimé Césaire ? A cette Europe&#45;là, il s&#8217;agit de montrer qu&#8217;elle ne pourra plus faire l&#8217;économie d&#8217;une autocritique. Qu&#8217;elle ne pourra plus repousser ceux qui frappent à sa porte. Qu&#8217;elle ne pourra plus accabler ceux&#45;ci de la présomption de mauvaise foi. L&#8217;Histoire nous a mis face à face. La rencontre s&#8217;est déroulée de manière frontale, avec le bilan inscrit (ou à inscrire) dans les livres que liront les nouvelles générations.&#8221;



Extraits de L&#8217;Europe depuis l&#8217;Afrique, court texte d&#8217;Alain Mabanckou, illustré par Christophe Merlin (éditions Naïve) qui se termine par ces mots :



&#8221;L&#8217;identité européenne ne sera pas façonnée sans l&#8217;apport de ceux qui ont contribué à sa grandeur.

Nous autres originaires d&#8217;Afrique regardons l&#8217;Europe et espérons, pour son salut, qu&#8217;elle nous regarde aussi ...&#8221;


L&#8217;Europe depuis l&#8217;Afrique, d&#8217;Alain Mabanckou. Illustrations Christophe Merlin, Ed. Naïve, Paris, 2009, 44 pages, 8 euros.</description> 
      <dc:subject>Général</dc:subject>
      <dc:date>2009-12-10T08:17:01+01:00</dc:date>
    </item>

    <item>
      <title>Le meilleur roman français de 2009 : &#8220;L&#8217;Enigme du retour&#8221; de Dany Laferrière.</title>
      <link>http://www.lecreditavoyage.com/article/le-meilleur-roman-francais-de-2009-lenigme-du-retour-de-dany-laferriere/</link>
      <guid>http://www.lecreditavoyage.com/article/le-meilleur-roman-francais-de-2009-lenigme-du-retour-de-dany-laferriere/#When:14:08:00Z</guid>
      <description>L’année littéraire 2009 aura été riche en publications.

Je me souviens que lorsque dès le mois d’aout sur ce Blog et le 10 septembre dans les colonnes du Figaro j’avais signalé L’Enigme du retour de Dany Laferrière parmi les grands livres de la rentrée, quelques intervenants avaient crié ici au « coup d’Etat », à l&#8217;allégeance amicale. Ils se fondaient sans doute sur ma proximité notoire avec cet écrivain de talent que je connais depuis bientôt deux décennies. Devais&#45;je m&#8217;excuser d&#8217;avoir pour ami quelqu&#8217;un qui vient de commettre un chef&#45;d&#8217;oeuvre ? Devais&#45;je me taire et laisser les adeptes du &#8220;bruit et de la fureur&#8221; alimenter leurs caquètements de basse&#45;cour ?

 

Voilà que L’Enigme du retour a fait son chemin, s’imposant de plus en plus comme une œuvre d’exception, écrasant toute géographie, élevant son auteur au rang des plus grands : il vient d’être élu MEILLEUR ROMAN FRANÇAIS 2009 par la rédaction du magazine Lire fondé par Bernard Pivot et dirigé aujourd&#8217;hui par François Busnel.&amp;nbsp; Rappelons que le roman a été distingué par le Prix Médicis 2009 en France,  le Grand Prix de la ville de Montréal 2009, le Prix Metropolis Bleu 2009. Au Québec il est toujours en lice pour d’autres distinctions dont le Prix des collégiens et le Prix des libraires, et il se classe désormais parmi les meilleures ventes en France, au Québec et au Canada.


Nous avons également évoqué dès le début de la rentrée littéraire Un roman français de Frédéric Beigbeder qui a remporté le Prix Renaudot 2009. Il reste toutefois un regret : Le Rapt, roman d’Anouar Benmalek qui, à mon avis, a été sous&#45;estimé par la critique et dont on n’a pas perçu la force et la bravoure. Je ne désespère pas que la France comprendra un jour que cet écrivain algérien bâtit une œuvre indépendante, foisonnante et pleine d’humanisme. C&#8217;est un livre que je ne quitte plus depuis quelques mois. Faites l&#8217;expérience, vous me donnerez raison&#8230;</description> 
      <dc:subject>Général</dc:subject>
      <dc:date>2009-12-02T14:08:00+01:00</dc:date>
    </item>

    <item>
      <title>Le rappeur Hamé pousse un coup de gueule dans &#8220;Le Monde&#8221; (14/11) : Etre Français ???</title>
      <link>http://www.lecreditavoyage.com/article/le-rappeur-hame-pousse-un-coup-de-gueule-dans-le-monde-etre-francais/</link>
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      <description>Voici le texte du rappeur Hamé sur la question des débats sur l&#8217;identité nationale initiés par le ministre Eric Besson. Nous avons jugé utile de mettre en ligne ce texte saisissant au regard du climat suspicieux qui règne ces derniers temps sur &#8220;l&#8217;identité française&#8221; &#45; question toujours risquée et susceptible de masquer un élan de nationalisme absolu et aveugle. Il est vrai que le ministre Eric Besson en charge de &#8220;l&#8217;immigration, de l&#8217;intégration, de l&#8217;identité nationale et du développement solidaire&#8221; (ouf !) étonne plus d&#8217;un au moment où la plupart des nations fondent leur richesse sur la culture de la rencontre et de l&#8217;échange. Un gouvernerment qui se lance dans une politique aussi &#8220;diverstissante&#8221; ne peut donner à l&#8217;opinion que des signes d&#8217;essoufflement. Bref, écoutons la voie judicieuse et pleine de lucidité de Hamé (photo) :

&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;&#45;


Etre français, c&#8217;est avoir sa vie en France, et rien de plus


Dans la prose marécageuse de l&#8217;ineffable Ministre de l&#8217;identité nationale et de l&#8217;immigration patauge une créature aux élans de camarde. Tous les quinze ou vingt ans, depuis les indépendances et l&#8217;éclatement de l&#8217;empire colonial, et au gré des cycliques désastres économiques et sociaux, elle s&#8217;extirpe de la vase pour venir se rappeler au bon coeur du commun des Français. Plus que jamais la voilà, armée d&#8217;un rameau de ronces au bout d&#8217;une main sèche, flagellant &#8220;l&#8217;éparpillement identitaire&#8221; et éructant dans tout le pays des mots vieux, épris et pétris d&#8217;haleine chauvine.

Cette créature se met à traîner dans tous les plis de nos vies et menace : &#8221;Nous allons une bonne fois pour toutes fixer ce qu&#8217;être français veut dire.&#8221; Lancée comme une ogive aveugle à fragmentation &#45; qui cependant sait parfaitement où elle doit frapper &#45;, la grande &#8220;consultation&#8221; de l&#8217;Etat sarkozyste sur l&#8217;&quot;identité nationale&#8221; est partie pour n&#8217;épargner personne.


Et désigner à la vindicte en particulier celles et ceux qui, une fois le débat clos, une fois réaffirmées aux frontispices de la nation les &#8220;valeurs républicaines&#8221; et la &#8220;fierté d&#8217;être français&#8221;, auront l&#8217;insigne déshonneur d&#8217;en être jugés étrangers ou réfractaires, incompatibles ou inaptes. Car c&#8217;est une frontière intérieure, un cordon de salubrité identitaire, désormais labélisée avec l&#8217;assentiment de l&#8217;opinion qui va nous être infligée de mains d&#8217;experts.


Ce n&#8217;est hélas pas faire preuve d&#8217;imagination folle que d&#8217;anticiper l&#8217;issue du &#8220;débat&#8221;. Tant celle&#45;ci se lit et s&#8217;entend déjà partout dans les médias de grande audience. Il y a de très fortes chances que nous assistions d&#8217;une part, au redéploiement d&#8217;une conception mythique, essentialiste, ethnocentrée de ce qu&#8217;est la France &#45; avant tout un pays européen de race blanche, de culture gréco&#45;latine et de tradition chrétienne, point barre.


Et d&#8217;autre part, à la mise au ban de ce qui n&#8217;est pas et ne sera jamais la France en des termes aussi peu neutres que rebattus. Les bandes ethniques causent de toutes les insécurités, les familles polygames, leur marmaille circoncise et leur barbarie importée, les femmes qui se voilent, &#8220;s&#8217;emburqaïsent&#8221; et les hommes qui les y obligent entre deux inaugurations de mosquées, ou encore ce rap qui tambourine les refrains criards de &#8220;la haine de la France&quot;&#8230;


Que sais&#45;je encore ? Les historiens et philosophes de la cour sauront, à n&#8217;en pas douter, enrichir cette liste de nouvelles catégories. Le clivage aura en tous les cas la clarté de l&#8217;eau pure et le sens de la nuance des partitions d&#8217;extrême droite : d&#8217;un côté, la France, de l&#8217;autre, l&#8217;anti&#45;France. Le corps sain, et l&#8217;appendice pathogène à oblitérer. Ceux qui méritent d&#8217;aller et venir d&#8217;une part, ceux qui doivent être frappés d&#8217;invisibilité d&#8217;autre part.


Le débat sur l&#8217;identité nationale n&#8217;en est pas un. C&#8217;est une injonction à l&#8217;affirmation ethniciste de soi. Un blanc&#45;seing collectif à l&#8217;apartheid qui vient.


Etre français, c&#8217;est avoir sa vie en France et rien de plus. Cela ne s&#8217;interroge pas, mais se constate comme un botaniste constaterait la poussée d&#8217;un bourgeon. Ce qui devrait se questionner en revanche, et de la plus forte des manières avant de le congédier, c&#8217;est l&#8217;identité de ce pouvoir qui nous mène au mur, son irrépressible cynisme, sa brutalité, sa morgue, lorsque dans les mêmes semaines, il aligne blagues racistes, rafles et expulsions d&#8217;Afghans dont il occupe le pays, relaxe pure et simple des policiers en cause dans la mort de Laramy et Moushin à Villiers&#45;le&#45;Bel. Deux adolescents niés et invisibles jusque dans la qualification des causes de leur mort.


C&#8217;est d&#8217;ordinaire le sacerdoce des anges et des démons que de se mêler à la vie des hommes sans être vus. C&#8217;est la honte de cette République que de nous offrir, à nous enfants d&#8217;immigrés, cette affriolante perspective donc : vivre comme des démons, mourir comme des anges. Nous ne sommes pourtant ni l&#8217;un ni l&#8217;autre.


Hamé


Hamé est  rappeur au sein du groupe La Rumeur.</description> 
      <dc:subject>Événements</dc:subject>
      <dc:date>2009-11-27T21:01:00+01:00</dc:date>
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