Suggeres par Alain

LE RAPT

Quand il comprend que sa fille n’a pas fugué mais a été enlevée, Aziz pense d’abord aux islamistes radicaux qui ont égorgé un jeune homme sous ses yeux quelques jours auparavant. Il maudit son pays, ses haines fratricides, ses fanatiques, son pouvoir raidi par la peur et sa police incompétente. Cet employé d’un drôle de zoo algérien n’imagine pas que ce rapt puisse être une vengeance, dont l’origine remonte à un demi-siècle ! Il s’avoue volontiers lâche et cynique, mais il n’a jamais rien fait à quiconque qui mérite qu’on séquestre sa fille ! Le ravisseur se manifeste par téléphone. Bien entendu, Aziz est sommé de ne rien révéler à la police. De coup de fil en coup de fil, qui sont autant d’étapes d’une longue torture psychologique, Aziz va finir par comprendre que ce n’est pas lui qui est visé mais Mathieu, le second mari de sa belle-mère, le beau-père de sa femme, un Français demeuré en Algérie après l’indépendance. 

(1) Avis | Ajouter le vôtre

  (1) Avis

  • #1) Posté par rachid mokhtari  on  10/21  at  01:00 PM

    Archéologue des blessures de l’histoire ancienne et contemporaine du Maghreb, de l’Algérie en particulier, Anour Benmalek se plait, dans un univers romanesque sédimenté de cratères historiques, à en expulser les laves dormantes. Ce qui lui vaut d’être un spéléologue des scandales tus, détournés, assagis ou tout bonnement étouffés.

    Faisant écho à O Maria,par son syle alerte et sa forme de “roman fleuve” Le rapt participe de cette entreprise littéraire de la “gestalt” qui va fouiller, creuser les revers de l’histoire, ses immondices, sans se prendre au piège du pamphlet, ni même construire un nouveau “mythe” du anti-héros. Aziz, le personnage_narrateur, n’a, d’emblée, aucun signe ostentatoire des héros littéraires préfabriqués. Ce n’est pas non plus un “anti-géros”, une figure neutre, neutralisée, insignifiante, anonyme comme il y en a des milliers de petites gens de l’ombre dans le grouillement quotidien de la vie, de la survie. Il vit dans une Algérie qui peine à se relever des tragédies de Malaparte (Kaputt). Fonctionnaire au Zoo d’Alger, père de famille tranquille ( selon l’expression algérienne de “pauvre bougre”, Aziz est un citoyen “hors jeu”. Mais peut-on être un “citoyen hors-jeu” voulu ou à son corps défendant dans un pays où les tracas, les fracas du présent et du passé sont autant de démons qui hantent les demeures d’hommes.

    Aziz ne devient à proprement parler un “personnage” que par une tragédie “intime”. Le rapt de sa fille. Ejecté de sa quiétude relative, entrainé malgré lui dans une spirale de la violence, le ravisseur - une identité vocale- menace de tuer sa fille s’il ne devient pas lui-même un tueur en série, choisissant ses victimes au hasard. Un terrorisme sans idéolgie? Se peut-il? D’autant que cette “voix” ne demande ni rançon ni ne se proclame de la “chria’â. Juste tuer à l’emporte pièce pour sauver sa fille. L’énigme d’un massacre annoncé construit la solitude démoniaque de Aziz qui devient un “animal” d’un zoo, enfermé dans une cage hérissé de pièges pour le simple plaisir des visiteurs et de cette “voix” anodite qui se fait pressante, harcelant Aziz où qu’il se trouve. Comme l’Oiel qui “était dans la tombe et regardait Caïen”.

    Le grand piège se referme sur Aziz. La commande, cette fois, est claire. POur éviter les supplices à sa fille, il devra éliminer le beau-père de son épouse, Mathieu, un ancine soldat de l’armée française. L’identité de ce témoin de la “sale guerre” suggère de la part du ravisseur un “rançon morale, éthique”. Du rapt “événementiel”, Aziz devient la victime d’un rapt “historique”, d’un crime qui, pour n’avoir pas été condamné au moment des faits, ressurgit par la “Voix” de ses victimes, par la voix du ravisseur. Mathieu, victime potentielle, raconte “sa” guerre, comme un “aveu in extremis”, celle de Tahar, ancien combattant de l’ALN pris dans le traquenard du massacre de Melouza, un village “messaliste” décimé par l’ALN.La voix sort de l’ombre et se fait en quelque sorte un “Zorro”, l’infaillible justicier de ce pan d’histoire. La voix est celle d’un “vieux monsieur” surgit de l’amnésie de Mélouza dont une fille de l’âge de celle de Aziz a été victime de ce massacre.
    Ce double rapt - événementiel et historique- construit et emboite trois récits: Aziz et ses relations professionnelles devenues inquiétantes pour les responsables du zoo; le rapt de sa fille dont il a des bribes d’appels au secours désespérés et, pour une grande part, cette voix qui le harcèle, le traque, comme pour se venger en le jetant dans une “orgie de sang”.

    Toutes les victimes se trouvent réunies dans une chambre, en une atmosphère rocambolesque; une petite pièce kafkaïenne où la théâtralité de la mort l’emporte sur une simple tragédie de l’histoire.
    La recherche d’une esthétique du texte pavé qui tient en haleine le lecteur ne oeut donc être réduite à un simple pamphlet historique.

  Ajouter votre avis

Nom ou pseudo (requis):

Email (requis, mais ne sera pas visible sur le site):

Votre site web ou blog:

Commentaire:

Se souvenir de mes infos personnelles

Veuiller écrire le texte ci-dessous:


Livres Populaires